Origine et contexte des quadriskells de deux chapelles gabéricoises
Les chapelles de Kerdévot et de St-André sont ornées de remarquables quadriskells de pierres et de vitrail, dont les origines sont bien plus anciennes que leur émergence en tant qu'hévouds [1] par les mouvements bretonnants du XXe siècle.
Tout comme le triskell qui est fait de trois branches tournantes, le quadriskell/hevoud est composé de quatre amorces de spirales. Il est intéressant de comparer ce type de figuration celtique par rapport à celles - à trois ou quatre branches - des autres chapelles ou églises bretonnes.
Autres lectures : « Le quadriskell ou hevoud de la chapelle de St-André » ¤ « Le quadriskell du chevet de la chapelle de Kerdévot » ¤ « La maîtresse-vitre de la chapelle de Kerdévot » ¤
Présentation
En fait ce type d'ornement passe inaperçu car il est généralement décrit dans les monographies comme une rosace, ou alors représenté avec trois branches à l'instar d'un triskell. Et de plus, le motif ressemble à la croix gammée et est associé aux mouvements autonomistes bretons qui l'ont baptisé Hevoud et arboré de 1925 à 1938.
Or c'est un motif celtique qui date de la nuit des temps. La méthode ci-dessous permet de reconstituer cette forme originale avec ses quatre branches et lobes :
- Reconstitution du quadriskell
Les caractéristiques du quadriskell de la chapelle de Saint-André :
- D'environ 80cm de diamètre et à 1m du sol, il se trouve sur le mur latéral nord de la nef.
- En 2013 la municipalité d'Ergué-Gabéric a fait remonter et restaurer le quadriskell de pierre et ses vitraux incrustés.
- Dans chacune des quatre lobes sont inscrits des fragments de vitraux, avec en leur milieu un losange de couleur plus foncé.
- Les branches, vues de l'extérieur, tournent dans le sens dextrogyre [2] (la figure tourne dans le sens des aiguilles d'une montre).
Quant au quatriskell de Kerdévot on note les points suivant :
- D'une taille d'environ 1m50, soit plus grande que celui de St-André, il est situé au-dessus de la maîtresse-vitre.
- Dans la courbe intérieure de chaque lobe, un rond formé dans la pierre est orné d'une croix en vitrail à cinq branches.
- Au centre des lobes, les quatre vitraux sont composés par des blasons écartelés (cf l'article sur la maîtresse-vitre pour leur identification).
- Les branches ne tournent pas dans le même sens : à Kerdévot, vu de l'extérieur, le mouvement est de type lévogyre [3].
Un certain nombre de chapelles bretonnes présentent le motif du quatriskell : Tremorvezen en Névez, St-Mathieu en Bannalec, Locmaria-an-Hent en St-Yvi, St-Fiace (à l'origine à Kerspen sur la commune de Riec sur Belon, et transportée au Cabellou en 1936), Sainte-Cécile en Briec.
Même s'il n'a pas la célébrité du triskell, on peut aussi le trouver également sur des meubles anciens (lit-clos au musée breton de Quimper) ou sur ce sous-plat en carreaux de mosaïque.Origine du symbole de l'hevoud
Le symbole du quadriskell ou hevoud [1] a été popularisé dans les années 1920 et 1930 par le Parti national breton (PNB). En 1933, il est également utilisé par le mouvement Ar Falz (fondé par le Parti national breton et déclaré proche du Parti communiste français), au-dessus d'une faucille. Le symbole à 4 branches était aussi en entête du journal Breizh Atao d'avant guerre.
Bien sûr le symbole des partis autonomistes bretons de la période 1939-1945 a été associé à la funeste croix gammée du parti nazi allemand. Mais on peut noter néanmoins que la croix nazie est formée de bras angulaires et que leur mouvement est sénestrogyre, c'est-à-dire tournant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.
De plus cette croix n'est qu'une reprise de la croix dite "Svastika", un des plus anciens symboles de l'humanité que l'on retrouve en Europe, Océanie et Inde. Comme son équivalent breton, en langue sanscrit le terme "Svastika" peut se traduire comme « ce qui apporte la bonne fortune, ce qui porte chance » et est très ancrée dans la religion hindoue.
Une autre représentation régionale du symbole à 4 amorces de spirales est le lauburu ou croix basque, croix formée par quatre virgules, chaque virgule étant constituée de trois demi-cercles.
- Croix sénestrogyres
Abandonné en 1938 en tant qu'insigne du PNB, l'hevoud à 4 branches est remplacé en 1940 par le triskell, avec le retrait d'une des branches de la croix. Le triskèle avait été adopté dans les milieux druidiques à la fin du 19ème siècle. Dans les années 1970, le renouveau de la musique bretonne et son succès, sous l’influence d’Alan Stivell, a fortement contribué à populariser le symbole.
- Autres symboles
Le symbole et drapeau de l'île de Man, appelé Ny Tree Casyn en mannois, en français « les trois pieds », représente un triquètre (une variété de triskell) en armure et en mouvement dextrogyre [2]. Et pour revenir aux croix celtiques à 4 branches, signalons également la croix de Ste-Brigitte, vénérée comme un des saints patrons d'Irlande.
Recensements de quadriskells bretons
Attachons-nous ici à rechercher et comparer les ornementations similaires qu'on peut trouver dans les autres chapelles ou églises bretonnes, voire même sur d'autres pièces de patrimoine (mobilier ...).
La première d'entre elles est la très belle chapelle en ruines de Ste-Barbe en Berrien. On y voit un oculus formé d'un triskell à trois branches dont chaque courbure est, comme à Kerdévot, ornée d'un rond intérieur.
La chapelle de Saint-Fiacre en Melrand est également doté d'un beau triskell qui est décrit ainsi sur le site Mérimée du ministère de la culture : « Edifice construit à la fin du 15e ou au début du 16e siècle, en granit. La nef est éclairée par un petit oculus au réseau composé de mouchettes rayonnantes ».
Un autre oculus plus simple est celui de la chapelle de Burthulet de la commune de St-Servais dans les Cotes-d'Armor. Un triskell est également signalé sur la chapelle rurale restaurée de Kervréhan en Languidic.
- Triskells
Quant aux quadriskells à quatre branches, on en trouve sur plusieurs œils-de-bœuf de chapelles de basse-Bretagne, notamment à Tremorvezen en Névez, St-Mathieu en Bannalec, Locmaria-an-Hent en St-Yvi.
- Trémorvezen / Névez
- St-Mathieu / Bannalec
- Locmaria-an-Hent / St-Yvi
Et enfin la chapelle St-Fiace, à l'origine à Kerspen sur la commune de Riec sur Belon, et transportée au Cabellou en 1936. Ses vitraux, notamment ce très beau quadriskell du vitrail sud, ont été restaurés en 2001-2004.
- St-Fiacre / Cabellou
Sans oublier, très près d'Ergué-Gabéric, à la chapelle Ste-Cécile en Briec où le panonceau de présentation précise : « Au sud, la nef est éclairée par une petite fenêtre ajourée en triskell à quatre branches très rare ».
- Ste-Cécile / Briec-de-l'Odet
Et bien sûr à Ergué-Gabéric dans un œil-de-bœuf du mur nord de la chapelle St-André, et dans un oculus du chevet de la chapelle de Kerdévot. À noter que Joseph Bigot, architecte diocésain, quand il dessine le pignon oriental de Kerdévot ; il représente un triskell au lieu d'un quadriskell :
On notera aussi que certains meubles ancien bretons peuvent être ornés de motifs celtiques. Ainsi au Musée Breton de Quimper un lit clos avec deux quadriskells ajourés sur la porte coulissante. Henri Waquet, dans sa présentation du musée (Collection Memoranda, Paris, Henri Laurens éditeur, 1926, page 20), signale le meuble : « Un lit clos à banc de 1666 entièrement couvert de dessins au compas ».
Annotations
- ↑ 1,0 et 1,1 Hevoud, ou quadriskell, s.m. : figure géométrique formée de quatre branches et deux spirales entrecroisées. Symbole traditionnel celtique et breton au même titre que le triskell, présent sur des décorations pré-celtiques et en architecture religieuse (œil-de-bœuf, baptistère). Terme en breton signifiant « bien-être » ; l'adjectif hevoudek signifie « qui cause du bien-être, qui porte bonheur ». Dans les années 1920 et 1930, logo du Parti national breton (P.N.B.), et ensuite dès 1933 celui du mouvement Ar Falz pour l'enseignement la langue bretonne. [Terme] [Lexique]
- ↑ 2,0 et 2,1 Dextrogyre, adj. : sens déterminé par les courbures des branches supérieures d'une figure géométrique, inclinées vers la droite et faisant tourner l'ensemble dans le sens des aiguilles d'une montre. [Terme] [Lexique]
- ↑ Lévogyre, adj. : sens déterminé par les courbures des branches supérieures d'une figure géométrique, inclinées vers la gauche et faisant tourner l'ensemble dans le sens contraire des aiguilles d'une montre. [Terme] [Lexique]
