Jean-Louis Bihannic (1890-1915), soldat du 116e RI

De GrandTerrier

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Un jeune soldat de 24 ans mort à Tahure dans la Marne le 25 septembre 1915, le jour même de la toute première offensive lors de la seconde bataille de Champagne [1].

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On trouvera ci-dessous la relation de cette journée dans le Journal des Marches et Opérations du 116e Régiment d'Infanterie, ainsi que les infos généalogiques et biographiques du soldat Jean-Louis Bihannic.

Autres lectures : « Portail des Poilus de 1914-18 » ¤ « Jean-Marie Le Bras (1894-1915), soldat du 64e RI » ¤ « René-Marie Le Bihan (1888-1915), soldat du 2e RIC » ¤ « Corentin Le Gall (1893-1915), soldat du 116e RI » ¤ « 1915-1919 - Les combats de Pierre Tanguy en Marne, Somme, Aisne, Meuse et Allemagne » ¤ « DOUGUET Jean-François - Etienne Le Grand, un regard breton dans la Grande Guerre » ¤ « DOUGUET Jean-François - Ergué-Gabéric dans la Grande Guerre T1 » ¤ « DOUGUET Jean-François - Cornouaillais dans la Grande Guerre T2 » ¤ 

Résumé biographique

Fiche de poilu mort en 1915 [2] :

  • Naissance le 16 avril 1890 à Fouesnant.
  • Fils de Jean-Marie Bihannic et de François Rannou.
  • Soldat 2e classe dans le 116e Régiment d'infanterie.
  • Matricule 09735 au Corps.
  • Matricule 95 au recrutement de Quimper.
  • Tué à l'ennemi le 25 septembre 1915 sur le champ de bataille de Champagne à Tahure (51).
  • Tombe 6560 à la nécropole nationale « La Crouée » de Souain-Perthes-Lès Hurlus (Marne).
  • Jugement du tribunal de Quimper du 11 décembre 1918.
  • Registre de décès Ergué-Gabéric n° 56 le 24 décembre 1918.
  • Inscrit sur le portail Mémoires des Hommes.
  • Mention « BIHANIC J. Créac'hergué » sur le Monument aux Morts d'Ergué-Gabéric.

Compléments généalogiques :

En 1890-1897 Les Bihannic étaient domiciliés à Prat-Moullac en Fouesnant.

Avant d'être mobilisé, Jean-Louis devait probablement être employé dans une ferme du village de Créac'h-Ergué en Ergué-Gabéric. Deux de ses sœurs, Marie Louise et Marie-Josephe se sont mariées à Ergué-Gabéric en 1917 et 1920.


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Tué à l'ennemi

Le généralissime Joffre, chef de l'armée française, en lançant les grandes batailles de Champagne de 1915 [1], se justifiait par une formule : « Je les grignote ». Cette stratégie eut comme conséquence un bilan humain terrifiant : plus de 320.000 morts du côté français.


La description de l'assaut du 25 septembre 1915 dans le Journal du 116e est terrifiant : « À 9H15, le signal est donné et brusquement dans un élan magnifique, une marée humaine, précédé de tirs de batterie, se dresse, sort des tranchées, se soude, marche sans hâte, sans crainte, sûre du succès et aborde la première tranchée allemande qu'elle submerge et dépasse pour aborder ensuite les deuxième et troisième tranchées distantes les unes des autres de 50 à 100 mètres ».

Pour cette offensive les poilus avaient reçu un équipement spécial : « La tenue des officiers et de la troupe est une capote avec deux bidons remplis de café additionné d’eau-de-vie, deux musettes contenant deux jours de vivres de réserve, deux grenades, un jour de vivres du jour, 250 cartouches et deux grenades par homme ». Et au final les pertes humaines pour cette journée : « 700 caporaux ou soldats mis hors de combat ».

On peut voir sur la carte ci-dessous (source chtimiste.com) que, le 25.09.1915, le front français le plus avancé et le plus exposé aux tirs ennemis est bien près de la butte de Tahure, cette dernière étant la cible du régiment de Jean-Louis Bihannic : « Le 116e Régiment d'Infanterie avait comme objectif final la butte de Tahure qu'il devait aborder par l'ouest en évitant le village de Tahure qu'il devait laisser à l'est »..

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Les trois autres gabéricois décédés ce même 25 septembre 1915 dans le même secteur de la Marne :

Et quelques jours plus tard : François Cloarec (29.09.1915, Perthes), Yves Riou (04.10.1915, Tahure), Pierre Marie Poriel (06.10.1915, Mesnil-Lès-Hurlus)

Le premier journal des mouvements et opérations du 116e Régiment d'Infanterie pour la journée du 25 septembre 1915 (transcription GrandTerrier) :

« Le 116e quitte le camp de la grand-route à 23 heures pour se poster dans les tranchées de 1ère ligne en vue de l'assaut dont la préparation par l'artillerie se poursuit depuis 3 jours [3].

25 septembre. A quatre heures, le Régiment est en position. 9H15 est l'heure fixée pour l'assaut. Nos troupes bondissent de leurs tranchées avec un élan remarquable. Le colonel préside à l'assaut. Malgré le feu des mitrailleuses demeurées intactes dans les fortins, le Régiment franchit d'un seul élan les premières ouvrages ennemis, et parvient bientôt à la 2e ligne, côte 188, qu'il enlève à la baïonnette, et dépasse comme les premières lignes.

Vers 11H15, les premiers éléments du 116e sont sur le mouvement de terrain à 800m, à l'ouest de Tahure, entre les deux routes de Souain et de Somme-Ty. L'objectif de la Brigade, la butte de Tahure, est là à petite portée de fusil. Mais le 116e est seul, il a perdu plus du tiers de son effectif, plus de la moitié de ses cadres ; le mélange des unités est complet ; des isolés de plusieurs régiments sont dans les rangs du 116e. Tout le monde est à bout de souffle après avoir parcouru près de 5 kilomètres à travers des organisations encore solides, enlevé 13 mitrailleuses, 2 batteries de 77, 1 pièce lourde, 1 canon révolver ; laissé derrière lui un matériel considérable de lance-bombes, d'armes, de cartouches, d'équipement, et fait plus de 600 prisonniers (Voir la suite du récit au livre 2 : les patrouilles de couverture).

[Tir de préparation de l'artillerie ...]
Tirs de préparation de l'artillerie.

La nuit précédent l'assaut avait été assez calme. Le tir de préparation s'était progressivement ralenti pour cesser presque complètement vers minuit. Il durait depuis 3 jours.

Le tir était repris le 25 à 6 heures avec une grande intensité sur les premières tranchées allemandes. L'artillerie lourde et les canons de 58 de tranchées y participaient jusqu'au moment de l'assaut.

Pendant le tir de préparation, il est possible aux officiers d'Infanterie qui doivent commander les premières vagues d'inspecter les tranchées et ouvrages allemands et de s'assurer du degré de leur bouleversement.

*-*-*-*-*

[Préparatifs pour l'assaut ...]
A 8 heures 30, ordre est donné aux commandants d'unité de faire rectifier la tenue, de boucler les sacs et de se tenir prêts. A 9 heures, les hommes étaient placés au coude à coude dans les parallèles de départ ; la baïonnette est fixée au bout du canon et chacun se tint prêt à bondir en avant en silence, sans un cri, au pas, au signal que fera le chef.

*-*-*-*-*

L'Assaut. A 9H15, le signal est donné et brusquement dans un élan magnifique, une marée humaine, précédé de tirs de batterie, se dresse, sort des tranchées, se soude, marche sans hâte, sans crainte, sûre du succès et aborde la première tranchée allemande qu'elle submerge et dépasse pour aborder ensuite les deuxième et troisième tranchées distantes les unes des autres de 50 à 100 mètres. Pendant ce temps la deuxième vague a pris la place de la première dans la tranchée de départ et sort, suivant à 50 mètres, pendant que la troisième vague est amenée à son tour et sort du même élan irrésistible que les deux premières.

En moins de 5 à 6 minutes les trois premières tranchées situées à l'est et à l'ouest de la route de Tahure sont prises et dépassées et les vagues d'assaut marchent maintenant sur la 4e situé à contre-pente au fond d'un ravin à 800 mètres de la 3e et dénommée tranchée de Wiesbaden, prolongé à l'est par les tranchées de Thorn et de Cologne. Des mitrailleuses qui s'étaient révélées sur certains points des tranchées de 1ère ligne et étaient entrées en action après le passage de la première vague, avaient bien creusé quelques vides dans nos rangs et déjà des morts et des blessés jalonnaient glorieusement le terrain parcouru et conquis, mais l'élan de nos troupes n'en est pas ralenti.

[Cependant, à gauche des entonnoirs ...]
Cependant, à gauche des entonnoirs [4], un peloton de la 6e Cie faisant partie de la 3e vague est arrêté net au moment où il veut aborder la 3e tranchée allemande, dite tranchée de Marmurde par des feux de mousquetons et de mitrailleuses partis de cette tranchée et des pentes ouest du ravin de la Goutte. La 6e Cie perd là plusieurs officiers et chefs de section, et ne peut déboucher qu'à 13 heures 30 après avoir obligé les défenseurs à se rendre. Ces derniers étaient au nombre d'environ 200.

De même, à l'est de la route de Tahure, trois sections de la 12e Cie, rejointes bientôt par un peloton de la 1ère Cie et de la Compagnie des mitrailleuses étaient arrêtées net par les feux de 4 mitrailleuses allemandes de la tranchée de Marmara, et de le mitrailleuse tirant des pentes du ravin et mentionnée plus haut. Le lieutenant mitrailleur Coué prend à portée cette dernière et la réduit au silence après avoir tiré une centaine de cartouches. Une section de nettoyage est appelée qui tente de cerner le fortin, mais les fils de fer sont intacts et les allemands se défendent farouchement à coups de grenades, de fusils et de mitrailleuses. Ce n'est qu'après 3 heures de combat que les défenseurs sortent, enfin, précipitamment de leurs abris en levant les bras. La 12e Cie perdit là le lieutenant Bondu tué et le sous lieutenant Le Floch blessé. En outre nombreuses furent les victimes de ces mitrailleuses boches fanatiques.

Pendant ce temps, les tranchées de Wiesbaden, de Thorn et de Cologne étaient enlevées à leur tour, et leurs défenseurs fuyaient éperdument vers le nord dans la direction de la Croupe à l'ouest de Tahure entre les routes de Souain et de Somme-Ty. Il était à ce moment 9H35.

La tranchée de Wiesbaden bordée de chaque côté d'un réseau de fils de fer barbelé soutenu par des piquets en fer était construite au fond d'un ravin à hauteur de la corne sud du bois de la Pie et orientée est-ouest. Par suite de sa position défilée elle avait peu souffert du tir de l'artillerie et ses défenses accessoires étaient à peu près intactes. Il fallut ouvrir des brèches à la cisaille dans les fils de fer pour passer.

Vers 9 heures 45, un violent barrage d'artillerie nous cause des pertes sensibles à la lisière sud et est au bois du Naon. Le commandant Voisin, chef du 2e Bataillon tombe à ce moment mortellement blessé à la lisière du bois. Le sous lieutenant Degouly est à son tour grièvement blessé mais les vagues d'assaut n'en continuent pas moins leur progression irrésistibles vers leur objectif final.

À 10h45 la route de Tahure-Souain est franchie à l'ouest de la carrière ...

*-*-*-*-*

La nuit du 25 au 26 est mise à profit pour renforcer les travaux de défense sur la croupe, et se passe sans incident. Mais les hommes après les rudes assauts de la journée et transis par le froid de la nuit et la pluie qui a traversé leurs vêtements, restent grelotants sur la position conquise.  ».

Le deuxième journal des mouvements et opérations du 116e Régiment d'Infanterie pour la journée du 25 septembre 1915 (transcription GrandTerrier) :

« Récit complémentaire de l'assaut du 25 septembre 1915

Le 116e Régiment d'Infanterie avait comme objectif final la butte de Tahure qu'il devait aborder par l'ouest en évitant le village de Tahure qu'il devait laisser à l'est.

Deux bataillons en première ligne constituant chacun trois vagues d'assaut. Un bataillon chargé du nettoyage des tranchées, marchant derrière la 3e vague et détachant quelques hommes entre les premières et deuxième vagues pour le nettoyage immédiat des tranchées conquises.

[Le 2e bataillon relié ...]
Le 2e bataillon relié par ses compagnies de gauche au XIVe Corps d'armée devait marcher en liaison avec lui jusqu'à son objectif final. Le 3e bataillon ...

*-*-*-*-*

La tenue des officiers et de la troupe est une capote avec deux bidons remplis de café additionné d’eau-de-vie, deux musettes contenant deux jours de vivres de réserve, deux grenades, un jour de vivres du jour, 250 cartouches et deux grenades par homme, sauf le nettoyant qui en a chacun 10. Ces derniers étaient, en outre, armés de coutelas et de révolvers.

Tout le monde avait le sac avec la toile de tente roulée, sans campement sauf la petite gamelle avec deux jours de vivres et deux seaux en toile par escouade. Les officiers étaient dans la même tenue que leurs hommes, avec le révolver ou le fusil, à l’exclusion du sabre.

L’heure fixée pour l’assaut avait été tenue secrète jusqu’au dernier moment ; mais à 6 h, on informe les unités que les hommes peuvent prendre un repas froid avant le départ. Ce qui est fait. L’assaut doit se déclencher à 9 h 15.

25 septembre (suite). Les patrouilles de couverture rapportent que le ravin boisé qui se trouve au pied de la butte est rempli de fils de fer. Le Régiment ne peut aller plus loin par ses propres moyens. Il se retranche sur place et couche sur ses positions. Mais on se compte et le succès aura coûté au 116e :

[Le Lieutenant Colonel Bourguet ...]
  • Le lieutenant colonel Bourguet, commandant le Régiment a été mortellement frappé de plusieurs balles au ventre ; il a la main droite broyée. Tombé sur le parapet d'un boyau et placé dans une excavation d'obus, il s'oppose à recevoir tout soin ; son pansement est fait contre son gré. La face tournée vers les lignes ennemies, il contemple la marche de sa troupe, mais bientôt sa vue s'obscurcit. S'adressant à ceux qui l'entourent il leur dit : "Demandez pour savoir où nous en sommes". On lui répond que notre progression continue. Alors il gronde : "Je meurs content !". Dix minutes après, le lieutenant colonel Bourguet expirait. Il a été inhumé sur sa demande là il est tombé.

Le 116e a perdu dans cet assaut :

  • 7officiers tués, dont son colonel et un chef de Bataillon : le colonel Bourguet, commandant Sengean, capitaine Limosin, Ficel, lieutenant Bondu, sous-lieutenant Mercier et Lesnentée ;
  • 18 officiers ...

    *-*-*-*-*

et environ 700 caporaux ou soldats mis hors de combat (voir récit complémentaire et plus détaillé en tête du Journal) ».

Annotations

  1. 1,0 et 1,1 La première bataille de Champagne est une offensive des armées françaises contre les armées allemandes en région Champagne lors de la Première Guerre mondiale qui commence le 14 décembre 1914 et se poursuit jusqu'au 17 mars 1915. La seconde bataille de Champagne est une bataille qui oppose du 25 septembre 1915 au 9 octobre 1915, les troupes françaises et les troupes allemandes dans la mêle région de Champagne.
  2. Cahier n° 1 d'Arkae « LEMOINE Marie-Annick & LE GRAND Nicole - Souvenons-nous de nos poilus » ¤ .
  3. Sur la préparation de l'assaut par l'artillerie voir, lire le témoignage du poilu gabéricois Jean-Marie Le Roux dans son carnet de campagne : « Le 22 au matin commencement de l'attaque, c'est à dire bombardement jusqu'au 25, le 25 au matin à 9 heures l'infanterie s'élança en dehors des tranchées ... (« Jean-Marie Le Roux, maréchal des logis mort pour la France en 1918 » ¤ )
  4. Entonnoir, s.m. : généralement employé pour désigner l’excavation, souvent importante, produite par l’explosion d’une mine. Désigne aussi un trou d’obus particulièrement large. On parle de la « lèvre » d’un entonnoir pour désigner rebord qui fait saillie sur le terrain suite à la retomb ée de terre, généralement disputé avec l’ennemi aussitôt après l’explosion de la mine. Source : CRID14-18. [Terme] [Lexique]



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Thème de l'article : Histoire d'une personnalité gabéricoise Création : Février 2014    Màj : 5.07.2024