Christophe Crédou, alias Kristoc'h Du, agriculteur conseiller et paroissien
Un agriculteur à la mauvaise réputation après des petites gens travaillant pour lui, mais très versé par ailleurs dans la religiosité, ceci agaçant également l'anti-clérical Déguignet.
Sources : mémoires de Jean-Marie-Déguignet, journal paroissial, compte-rendus de conseils municipaux.
Autres lectures : « Le jeune Jean-Marie Déguignet au château de Lezergué en 1848 » ¤ « Vente de façade de vieux château, Ouest-Eclair et autres journaux 1924-1930 » ¤ « Choses et gens de Basse-Bretagne, le chateau de Lezergué, l'Ouest-Eclair 1929 » ¤ « BABONNEAU Christophe et BETBEDER Stéphane - Mémoires d'un paysan bas-breton Tome 1 » ¤ « 1862-1870 - Journal paroissial du recteur Guillaume Jézéquel » ¤ « Conseil 1851-1879 - folio 001 » ¤ « 1840 - Un tract d'opposition au déplacement du Bourg Chef-lieu » ¤ « Jérôme Crédou, maire (1812-1815 1816-1820) » ¤
Présentation
Le jeune Jean-Marie Déguignet passe avec ses parents l'année 1848 dans un pennti près du manoir de Lezergué et il présente ainsi dans ses mémoires le propriétaire des lieux : « On ne l'appelait que l'homme noir : Christoc'h Du. Et il était en effet noir partout dans sa figure comme dans l'âme, s'il en avait une. Il ne parlait jamais que pour commander, et cela, avec un air méchant et colère, qui donnait le froid au cœur ; il ne permettait pas de rire ni de causer en travaillant, ni même dans la maison quand il y était. »
Ce personnage bourru et caractériel est Christophe Crédou, né le xx 1797 à Creac'h-Ergué et décédé le 17 septembre 1873 à Lezergué [1]. Son père Jérôme est maire de la commune de 1812 à 1820. Christophe Crédou aura 5 enfants (4 filles et 1 garçon) avec son épouse Marie Barbe Le Roux, et il transmettra sa propriété de Lezergué à son gendre Jean-Marie Nédélec.
Déguignet décrit avec passion deux évènements notable concernant « l'homme noir »:
- son enterrement
- la séance d'exorcisme
Et sa pratique religieuse était austère :
Originaire de Creac'h Ergué, il achète les lieux en 1838.
Très engagé dans la paroisse ... et le conseil municipal ...
Sa pierre tombale ...
Et un dernier mot sur son prénom : le prénom Christophe est porté en français sur ta tombe avec l'omission de la deuxième lettre "h" ; et en breton Déguignet le prénomme « Christoc'h ». La terminaison c'h (comme une jota bretonne c'est un "r" raclé du fond de la gorge) est courante comme l'atteste le linguiste Francis Favereau (qui donne aussi une variante avec un F). Par contre on lui préfére une initiale en K plus compatible avec l'alphabet breton officiel.
Sources, références
Pages 91-95 de l'Intégrale des Mémoires de Déguignet :
Le propriétaire de ce château, de notre temps, était un paysan, de ceux dont j'ai donné quelques portraits en commençant ces récits. On ne l'appelait que l'homme noir : Christoc'h Du [4]. Et il était en effet noir partout dans sa figure comme dans l'âme, s'il en avait une. Celui-là aurait bien fait comme l'ancien seigneur de ce château, s'il en avait eu le droit. Il ne parlait jamais que pour commander, et cela, avec un air méchant et colère, qui donnait le froid au cœur ; il ne permettait pas de rire ni de causer en travaillant, ni même dans la maison quand il y était. Aux repas, il se mettait toujours au haut bout de la table, et personne ne devait s'asseoir avant lui, et avant qu'il n'eût dit le Bénédicité. Quand il avait fini de manger et qu'il s'élevait, il fallait que tout le monde s'élève, tant pis pour celui qui n'avait pas mangé son content. Aussitôt après la soupe du soir, il disait les prières, les grâces, et tout le monde devait aller se coucher, excepté les femmes qui, en hiver, devaient rester filer jusqu'à onze heures. Il avait cinq enfants : quatre filles et un garçon. Les deux aînées des filles ressemblaient en tous points au père, et on les appelait aussi les deux têtes noires (diou pen du [5]), le fils et les deux autres filles ressemblaient au contraire à la mère qui était la meilleure des femmes, bonne, douce et charitable. Les deux bonnes filles, quand elles pouvaient s'échapper le dimanche venaient rire et jouer avec nous, mais si les noires les voyaient, elles rapportaient au père, et les deux pauvres filles étaient tancées rudement. Pendant la saison des foins, j'étais appelé aussi à aider, car dans ce travail j'en faisais autant et même plus que les vieux. Là, les deux bonnes filles s'arrangeaient toujours de manière à se trouver à faire la même tâche que moi et un autre garçon de mon âge, et lorsque nous avions pris de l'avance sur les autres, et quand Christoc'h Du ne nous voyait pas, on allait faire une partie de lutte. Et pendant cette saison des foins et de la moisson, elles quittaient souvent furtivement et pieds nus le château après souper, pour venir passer la nuit avec nous dans les tas de foin ou de paille, où, pour ma part, je me trouvais infiniment mieux que dans mon pauvre grabat plein de vermine.
Pages 103-104 de l'Intégrale des Mémoires de Déguignet :
Mais une autre conjuration eut encore lieu en ce temps-là, d'une espèce qu'on [ n']avait jamais vue avant, ni non plus depuis. C'était la conjuration d'un homme vivant. Et cet homme était le propriétaire actuel de cet ancien château De La Marche , que l'on nommait Christoc'h Du .
Cet homme, si noir de caractère et si méchant, savait qu'on parlait mal de lui partout, et entendait les gens dire que pour sûr il devait avoir le diable dans le ventre (ann diaoul en y voëiou [6] ). À force d'entendre répéter cela, et se sentant peut-être mal à l'aise avec ce vilain caractère, il finit par croire que le diable était logé clans son corps. On sait qu'autrefois, au temps de Jésus, les diables aimaient beaucoup les ventres des hommes et même ceux des femmes pour demeure. Le Nazaréen en avait trouvé sept dans le ventre de Marie de Magdala, et jusque cieux mille clans celui du possédé de Génésareth.
Tombe familiale :
Journal paroissial
Cahier manuscrit n° 3 : [Fichier PDF]
BD "Le Mendiant" tome 1 : BABONNEAU Christophe et BETBEDER Stéphane - Mémoires d'un paysan bas-breton Tome 1
Annotations
- ↑ NAISSANCE - 10/pluv/An05 - Ergué-Gabéric (Creach ergué) - CREDOU Christophe, enfant de Gérome, âgé de 36 ans et de Louise LE MEUR, âgée de 30 ans. DÉCÈS - 17/09/1873 - Ergué-Gabéric (Lézergué) - CREDOU Christophe, âgé de 76 ans. Père : Jérome, décédé. Mère : Marie Jeanne LE MEUR, décédée. Conjoint : Marie Barbe LE ROUX. Témoins : jean guivarch 24a et michel pennanguer 52a;cultivateurs. Le rélevé du CGF mentionne cette note « Dit "Cristof-du" » qui n'est pas présente sur l'acte du registre des Archives départementales : Image:DécèsCrédou1873.jpg.
- ↑ 2,0 et 2,1 Pennty, penn-ti : littéralement « bout de maison », désignant les bâtisses, composées généralement d'une seule pièce, où s'entassaient avec leur famille les ouvriers agricoles et journaliers de Basse-Bretagne (Revue de Paris 1904, note d'Anatole Le Braz). Par extension, le penn-ty est le journalier à qui un propriétaire loue, ou à qui un fermier sous-loue une petite maison et quelques terres, l'appellation étant synonyme d'une origine très modeste. [Terme BR] [Lexique BR]
- ↑ Pièce de théâtre Les Pilules du diable, féerie en 3 actes et 20 tableaux, par MM. Ferdinand Laloue, Anicet-Bourgeois et Laurent. (Paris, Cirque Olympique, 16 février 1839.)
- ↑ Kristoc'h du : Christophe le noir. Surnom de Christophe Crédou, né le 10 pluviose an V (29 janvier 1797), époux de Marie-Barbe Le Roux, cultivateur à Lez-Ergué (où furent journaliers les Déguignet). Il décéda le 17 septembre 1873 à Lez-Ergué.
- ↑ Div benn du. Marie-Barbe Crédou née le 26 janvier 1824, et Marie-Josèphe Crédou née le 5 août 1825. François-Marie, né le 14 novembre 1828. Laurence-Catherine, née le 02 septembre 1830. Alain Christophe, né le 10 septembre 1832, Marie-Louise née en 1834 ou 35.
- ↑ An diaoul en e vouzelloù : le diable dans ses intestins.
- ↑ « Spiritus immundus exito ex corpus Cristoc'h Du » : « Esprit impur, quitte le corps de Cristoc'h du »
