Billet du 27.06.2026

De GrandTerrier

L'évolution de la population dans le recensement de 1921


Grâce à la techno disponible en 2026, on peut numériser avec beaucoup plus de facilités un document manuscrit aussi complexe que le recensement de 1921 : 488 maisons, 591 ménages et 2690 habitants.


CachetEG.png
En 1921 le recensement d'Ergué-Gabéric rassemble les infos d'identification (nom, prénom), de rattachement familial (avec incrément Maison-Ménage-Individu), de localisation dans les quartiers (l'info de lieu-dit n'est pas indiquée précisément, d'âge (avec année et lieu de naissance) et de profession (avec la précision de l'employeur).

La dernière colonne du formulaire donne la nouvelle image économique de la commune après le premier conflit mondial de 1914-18, ce avec un double choix : « Pour les patrons, chefs d'entreprise, ouvriers à domicile, inscrire : patron. Pour les employés ou ouvriers, indiquer le nom du patron ou de l'entreprise qui les emploie ».

Ainsi, si l'activité est majoritairement agricole - presque 500 « cultivateurs/trices » de profession et une centaine de « domestiques/journaliers » -, avec le rattachement à leur employeur on note que le personnel de ferme n'habite plus forcément dans l'exploitation de leur patron.

RenéBolloré.png
Un gros foyer d'emploi ni agricole, ni commerçant-artisan, apparaît en cette année 1921 : 187 employés papetiers, dont 150 ouvrières et ouvriers, avec comme indication d'employeur « R. Bolloré », tous domiciliés dans les quartiers d'Odet, Lestonan et St-Guénolé.

Le territoire communal est réparti sur 14 quartiers dont la population a évolué au profit des quartiers du nord-ouest, celui du bourg n'étant qu'au 3e rang  : Lestonan (346 habitants), St-Guénolé (292), Bourg (290), Odet (281), Sulvintin (214), St-André (181), Kerdévot (158), Kerellou (156), Kervéguen (146), Bossuzic (144), Squividan (131), Kerdiles (124), Quilihuec (122), Kergonan (105).

Par ailleurs on peut noter ces autres points économiques et géographiques :

  • Le personnel communal, avec le libellé « Commune » comme employeur, est composé d'un secrétaire de mairie, Alain Lennon, et de trois cantonniers.
  • Les instituteurs/institutrices sont au nombre de 12 : 4 aux écoles communales du bourg, 4 à l'école privée du bourg, 3 à l'école publique de Lestonan, et une préceptrice au service des enfants d'Yves Charuel, ingénieur à la papeterie d'Odet.
  • Les débitants et débitantes de boissons sont relativement nombreux, à savoir 15 dont 9 femmes : un seul débitant au bourg, mais aussi 9 commerçant(e)s pouvant servir à boire, 4 à Lestonan, 3 dans le quartier de Sulvintin, 2 à St-Guénolé, 2 à St-André, 1 à Kergonan, 1 à Quilihuec.
  • Les métiers un peu plus rares : deux tisserands dans le secteur de St-André, une rentière à Odet (Léonie Bolloré mère), une dactylo et une sténo dactylo à Odet, un cocher et deux gardes travaillant pour Bolloré, deux sabotiers près de Kerdévot et de St-Guénolé, trois tailleurs d'habits sur Quilihuec, St-André et St-Guénolé ...
  • Et page 63 la seule personne de nationalité non française, en l’occurrence belge : Renée Le Gallès, née en 1900 à Merbes-le-Château épouse de mécanicien à Odet.
PyramideEG1921.jpg

En termes de démographie, si l'on reporte les informations d'âge et de sexe sur un histogramme, on obtient une pyramide des âges en forme en sapin :

  • Un sommet étroit témoignant d'une faible espérance de vie, avec une légère surreprésentation féminine aux âges avancés. La doyenne est âgée de 89 ans, Marie Jeanne Le Naour du quartier de St-Guénolé, veuve, née en 1832 à Ergué-Gabéric.
  • Des classes grignotées des hommes de 20-44 ans : trace directe des pertes militaires de la drôle de guerre de 1914-18.
  • Des classes pleines des 10-19 ans à forte natalité, nées avant le conflit.
  • Une base écornée due au déficit durable des naissances : le creux des 5-9 ans (nés en 1912-1916) lié à l'effondrement des conceptions pendant la guerre, et le nombre réduit des 0-4 ans (nés en 1917-1921), car beaucoup d'hommes en âge de procréer sont morts ou revenus diminués, ce qui a mécaniquement limité le nombre de couples féconds dans l'immédiat après-guerre.
* * *

Il faut également ajouter que notre projet de dépouillement du recensement a été motivé par l'initiative SocFace de l'Institut national d'études démographiques (INED) utilisant les facilités d'Intelligence Artificielle pour transcrire automatiquement l'ensemble des listes nominatives de recensement de 1836 à 1936 (soit 20 recensements) pour produire une base de données de la population française.

En fait c'est la pauvreté des résultats SocFace disponibles qui nous a remis sur le chantier IA des recensements communaux (on avait déjà fait l'exercice "manuel" il y a 15-20 ans pour 1790 et 1836) : actuellement les généalogistes peuvent saisir "NOM" "PRENOM" "COMMUNE" sur le site France-Archives et se faire confirmer qu'un individu est détecté dans SocFace en telle année, avec quelques infos complémentaires (page, âge ou année de naissance, profession, lieu de conservation du document manuscrit), mais aucune précision d'adresse, ni village, ni quartier, et avec beaucoup de ratés sur les patronymes, les professions et les noms de communes (même quand il s'agit du lieu de résidence !).

Les données de SocFace sont décevantes, alors qu'a priori on pourrait faire mieux. Nous avons utilisé les mêmes méthodes IA de reconnaissance automatique, et, grâce à quelques corrections de certaines erreurs et de la technologie php/SQL/Excel complémentaires, nous avons moins d'erreurs et plus de visibilité. Nous proposons sur le site GrandTerrier un formulaire de recherches multi-critères sur les bases de données des recensements gabéricois de 1790, 1836, 1901 et 1921. Et maintenant qu'on sait faire, on traitera aussi toutes les autres années.


Liasse.jpg
En savoir plus : « 1921 - Les 90 pages du recensement de la population », espace Archives.




Right.gif Retour à la liste des billets