Billet du 21.03.2026
Un moulin blanc et un moulin roux à Kergonan Liziart
Grâce à Geneviève Hypolite qui nous a communiqué ce document notarial conservé aux Archives départementales du Finistère (cote 4E219/40), voici une nouvelle chronique meunière gabéricoise, le nombre de moulins longtemps en activité sur les rivières et cours d'eau de la commune étant particulièrement important.
La dénomination « Kergonan Lysiart » du moulin dans ce document du 18 vendémiaire an 6 (9 octobre 1797) est bien spécifique : Kergonan pour le lieu-dit au bord de l'Odet à la frontière nord-ouest de la commune d'Ergué-Gabéric avec Landudal, et le nom Lysiart d'une famille noble y résidant dans le manoir éponyme aux XVe et XVIe siècles. Le représentant le plus connu est François de Lysiart aux armoiries de croisé et représenté sur les vitraux de l'église St-Guinal. Du temps des Lysiart, en 1540, « les moulins dudit manoir » sont bien déclarés déjà sous une forme plurielle.Ici, dans ce « renable » ou inventaire des biens des meuniers établi aux renouvellements de bail, il est question de deux moulins, l'un blanc, l'autre roux :
- Le « moulin blanc » avec une meule prévue pour broyer finement le froment et le blé noir.
- Le « moulin roux » utilisé pour moudre l'avoine, le seigle et les aliments du bétail.
Pour le moulin blanc, une meule tournante en pierre de Champagne de qualité, siliceuse, extraite du bassin de La Ferté-sous-Jouarre, la "Rolls-Royce" de la meunerie. Très dures et pleines de petites alvéoles coupantes, ces pierres meulières sont les seules capables de "peler" le grain de blé pour récupérer l'amande blanche sans broyer l'enveloppe (le son). Si le son est trop broyé, la farine devient grise.
Pour le moulin roux, une meule tournante en pierre de Rouen, venant de la vallée de la Seine ou de Normandie, en silex ou en poudingue, réputée, mais broyant les céréales de façon plus grossière.
Chaque moulin dispose d'une roue verticale « avec ses ustenciles cinquante sept livres ». L'état récapitulatif de l'état des moulins de la commune adressé au préfet en 1809 par le maire Salomon Bréhier le confirme également : « Moulin de Kergonan, 2 roues perpendiculaires, 12 quintaux par jour ». Chaque roue est placée dans son canal : « les deux canaux ayant chaqu'un neuf pieds de long », et dans celui du moulin blanc on note « la pale de l'eau blanche neuf livres ».
Quatre noms de meuniers/fermiers sont mentionnés dans le renable du moulin de Kergonan Lysiart :
- Les contractants de 1797 : Louis Jacq (entrant) et Yves Perchec (sortant)
- Les précédents : Jean Herveat et Hervé Thalamon (sur l'acte de 1783-84), Talamon étant mentionné en tant que meunier sur l'inventaire de la population en 1790,
Le but du tout renable de moulin est de calculer la souche due par le nouveau exploitant et en 1797 à Kergonan cela semble très compliqué car le notaire s'y reprend à plusieurs fois. La question est de savoir si « les écluses et chaussées » (le barrage en pierres et bois, les vannes principales qui retiennent la rivière pour le moulin) sont incluses : elle l'étaient en 1794, mais pas en 1783. Le notaire de 1797 opte pour l'exclusion.
