Billet du 21.02.2026

De GrandTerrier

Une chasse comme point de friction entre Rouges et Blancs


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En juillet 2025 Louis Gildas publie aux Editions du Palémon ses « Faits divers en Cornouaille » (1901-1995) dans lesquels l'année 1930 démarre par ce billet « La chasse continue » se passant à proximité de la papeterie d'Odet sur « les landes du Vrudic » (prononciation locale du toponyme Vrugic, orthographié à tord sans le c final dans le livre).

Comme aucune source n'est indiquée, une enquête s'imposait : le texte de Louis Gildas est la reprise partielle d'une seconde lettre d'un lecteur signant « Un lapin rescapé » dans les colonnes du journal républicain « Le Finistère ». La première datée du 8 février a pour titre « La chasse du Roi » et la seconde « La chasse continue » du 15 mars.

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Dans le premier article à l'humour ciblé et aiguisé, le nom du patron de chasse est désigné explicitement : « le tout puissant M. Bolloré », « patron de dix intrépides disciples de Nemrod » et « seigneur d’Ergué ».

Ce qui est reproché à l'entrepreneur Bolloré est de louer des terres de chasse, en dehors de ses propriétés personnelles, d'y faire des battues bruyantes (plus de 50 coups de feu lors d'un dimanche à Quélennec), alors que, s'il était vraiment un « lieutenant de louveterie » (c'est-à-dire en charge de la régulation de la faune), il utiliserait des méthodes plus silencieuses comme les « bourses » (filets munis d'un cordon coulissant) et les furets.

Le journaliste ne manque pas de relever les antagonismes politiques de cette affaire cynégétique : les chasseurs de la papeterie opèrent sur une terre de Quélennec dont le fonds appartient à un « adversaire politique de leur patron ». On sait que Squividan un peu plus loin est le pays d'un grand républicain, Louis Guyader décédé en 1920, et des sympathisants de ce dernier sont présents parmi les agriculteurs voisins.

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De plus en mars, c'est un accident qui est constaté du coté de Vruguic lors d'une chasse au lapin sauvage : une voisine est surprise par un coup de fusil « tiré à peu de distance d’elle », tombe à terre et a les 2 bras cassés. Son nom n'est pas entièrement révélé, il s'agit de « cette pauvre demoiselle C... » (peut-être de la famille des Cloarec de Beg-Menez ?).

Le bruit de la pétarade, « Pan, pan, pan ! Pan, pan, pan ! », donne l'occasion au journaliste de déclamer deux vers rédigés à la façon du fameux poème de Victor Hugo (grande figure tutélaire de la République) « Après la bataille » : « Un coup passa si près, / Qu’une brave dame tomba ».

En conclusion, cette histoire de chasse illustre bien le climat politique de la Bretagne des années 1930 où s'affrontent deux clans :

  • les « Blancs » (conservateurs, royalistes ou catholiques) : camp de René Bolloré, grand industriel de la région.
  • les « Rouges » (Républicains, laïcs, radicaux ou socialistes) : camp du journal Le Finistère et son fondateur le député Louis Hémon.

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En savoir plus : « Satire de la chasse du Roi René Bolloré, Le Finistère 1930 », espaces Journaux et Papetiers.




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