Billet du 19.09.2026

De GrandTerrier

Pierre Le Floc'h, soldat déporté à Rubenheim en Sarre-Palatinat


Un inédit : un carnet manuscrit de 19 pages où sont consignées les conditions de l'évacuation et du retour d'un camp de prisonnier, un voyage à pied, en train et en camion jusqu'à sa ferme, un voyage qui durera 6 mois de décembre 1944 à mai 1945, ceci après plus de 4 ans dans un stalag de Sarre-Palatinat.

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Pierre Le Floch, né en 1902 à Landudal, mariée en 1927 avec Joséphine Quintin, exploitant agricole de la ferme de Beg-Menez (quartier de Stang-Venn), est mobilisé par décret de mobilisation générale le 6 janvier 1940. Avec le 111e Régiment Régional il participe à la mi-mai aux combats de Château-Bougon près de Nantes, puis à Guidel fin mai, avant de se replier sur Quimper.

Le 25 juin, son régiment reçoit l'ordre de l'occupant allemand de se constituer prisonniers. Il sera considéré comme étant en congés du 27 août jusqu'au 8 décembre, date à laquelle il se rend au camp de prisonniers de Lanniron. Le 13 décembre il part pour Verny en Moselle, qu'il quitte pour rejoindre le 1er août le Kommando 1208 de Rubenheim en Allemagne juste à côté de la frontière.

Ce Kommando où les prisonniers sont presque tous affectés dans des fermes avoisinantes dépend en 1940 du Stalag XII B de Frankenthal (Stalag étant l'abréviation de "Mannschaftsstammlager", camp principal de troupes) qui sera fermé en 1941, avec transfert de ses prisonniers au Stalag XII F de Forbac'h. Tous les courriers de Pierre Le Floc'h seront de ce fait adressés au matricule 3609, Kommando 1208, M.-Stammlager XII F, ce jusqu'à la fin de l'année 1944.

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Début décembre 1944, Pierre Le Floc'h note ses souvenirs dans un petit carnet qui commence par ces mots : « Après avoir passer trois ans et demi chez les paysans nous avons évacués pour Zweibrücken le 9 décembre ». Cette évacuation n'est pas une libération, car les prisonniers partent en convoi vers l'est sous le commandement des forces allemandes, fuyant l'avancée de l'armée française.

D'abord à pied, ils arrivent par le train dans la région de Landau in der Pfalz en Rhénanie-Palatinat, à environ 100 km du point de départ. Sur place les troupes de prisonnier sont chargées de creuser et entretenir des tranchées. Uun des chantiers fait même l'objet d'un paiement en numéraire : « 19 marks 20 ».

À Landau, pendant les mois de février et mars, ce qui domine est l'ampleur des bombardements sur la ville : « des avions de chasse bombardiers toute la journée », « bombardement et mitraille de tous les côtés », « bombardement de Landau par une cinquantaine de bombardiers à deux moteurs, 500 soldats morts et civils ». Jusqu'au jour funeste du 16 mars que Pierre Le Floc'h décrit ainsi : « bombardement terrible sur Landau », cette journée étant qualifiée de « Vendredi noir » par les historiens (1045 tonnes de bombes ont été lancées ce jour-là). Les trois jours suivants les prisonniers français sont affectés aux tâches de déblaiement des rues de la ville détruite.

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Et ensuite les troupes de prisonniers reprennent la route, puis le train, en direction du sud-est jusqu'à Augsbourg, au-delà du Danube qu'ils traversent à Weizingen. À Inningen près d'Augsburg, Pierre Le Floc'h est affecté dans une ferme pour servir de main d’œuvre agricole. Jusqu'à la fin avril où les bonnes nouvelles tombent enfin  : « Le 28 la délivrance par les Américains à 10 heures du matin », « Le 1er Mai mort de Hitler ».

À partir de là, le rapatriement peut commencer : « Le 8 mai départ pour la classe à 7 h ½ du Kommando Inningen avec un tracteur et deux remorques », « la nuit du 11 à 11 h ½ on prend la route en camion de 60 hommes, après avoir fait 250 kilomètres nous sommes arrivés à Mannheim à 3 h ½ du matin ».

Correspondances ferroviaires par Ludwighafen, Landau (de nouveau), Sarrebourg, Paris, Rennes, Quimper. Et le retour à la maison le 17 mai est fêté comme il se doit : « Revenu dans la voiture à Mme Blanchard, Ker-Anna, vers 3-4 heures de l'après-midi. Harmonica et pains d'épices, ayant pour escorte tout Stang-Venn. » Un retour symbolique, car Marie Blanchard est depuis les années 1930 la sage-femme établie dans la cité ouvrière de la papeterie Bolloré à Ker-Anna près du village de Stang-Venn.

Le carnet de Pierre Le Floc'h est avant tout représentatif d'une génération de soldats qui ont été déportés dans des camps de travail en Allemagne pendant presque toute la durée de la guerre et qui n'ont gardé des liens avec leur famille qu'à travers les lettres qu'ils envoyaient et recevaient. Dans les pages de son carnet il n'oublie pas de citer les courriers qu'il continue à recevoir pendant son périple.

Et pour lui laisser la parole, sur la longueur insupportable de cette guerre, voici ce qu'il écrit à sa femme Joséphine en avril 1944 : « je vois que ça ne se termine pas, et c'est le beau temps qui nous donne le cafard, le coucou commence à chanter, c'est la quatrième année que je l'entends chanté, et pourtant toutes les nuits je rêve à la maison familiale, mais ça ne se réalise pas. »


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En savoir plus : « 1944-45 - Le retour de captivité de Pierre Le Floc'h de Beg-Menez », espace Archives.




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