Billet du 16.05.2026

De GrandTerrier

Recensement nominatif de la population d'Ergué-Gabéric en 1901


ADDENDUM pour la souscription à deux livres d'histoire locale :

- Le 1er sur notre passé papetier à Odet-Lestonan, à paraître en septembre, le livre « L'Odet au fil de l'eau » de Roselyne Javry, fille du capitaine de la goélette de Gwenn-Aël Bolloré. Réservation à l'adresse de l'auteure à Combrit, 30 euros expédition incluse.

- Le 2nd sur la collaboration et la résistance en Cornouaille, le livre de Pierrick Chuto « Double jeu » à 18 euros. En souscrivant jusqu’au 3 juin 2026, port offert (cf. site Internet).


Il fut un temps où dépouiller un document d'archives de 88 pages avec 2642 noms aurait pris des mois entiers. Aujourd'hui avec des outils comme la numérisation IA, les requêtes DB SQL, et tout bêtement un tableur, on y est arrivé en 15 jours top-chrono. On trouvera dans l'article détaillé le plein accès aux données brutes et quelques éléments d'analyse.


Faisant suite aux rares dépouillements par feux (par foyers) de l'Ancien Régime, l'administration française du XIXe siècle met en place des recensements nominatifs de la population tous les 5 ans de 1836 à 1936, les années se terminant en 1 ou en 6 (sauf les années de guerre).

En 1901 le recensement d'Ergué-Gabéric rassemble les infos d'identification (nom, prénom), de rattachement familial (numérotation incrémentale en partant du chef de ménage en 1), de localisation par villages regroupés en sections, d'âge et de profession. Le document de 88 pages est signé par le maire de l'époque : Hervé Le Roux de la ferme du Mélennec.

Si l'on reporte les infos d'âge et de sexe (déduit du prénom), on obtient une pyramide des âges en forme en parasol, avec une base très large se rétrécissant progressivement et fortement vers le sommet :

PyramideAges1901.jpg

Cette forme particulière caractérise une société rurale traditionnelle avec une natalité élévée, une forte mortalité à tous les âges (notamment infantile et juvénile) et une espérance de vie faible. On observe notamment :

  • Les trois premières barres sont très larges. Les enfants et jeunes adolescents constituent la part de loin la plus importante de la population. Les familles nombreuses sont la norme à cette époque, les enfants représentent une force de travail indispensable pour les fermes.
  • La forme se creuse rapidement au centre pour la population active des 15-64 ans. Les rétrécissements entre les âges de 10 à 49 ans, surtout côté hommes, peuvent s'expliquer par les épidémies locales ou par les émigrations économiques, ceci pour les creux des 20-24 ans (nés entre 1877 et 1881) et ceux des 40-44 (nés entre 1857 et 1861). Par contre Le creux des jeunes garçons de 10-14 ans est inexpliqué.
  • Les conditions de vie, de travail et le niveau de la médecine ne permettent pas à la fin du XIXe siècle de soigner efficacement les maladies ou infections. En 1881 une épidémie de variole provoque un accroissement important de la mortalité ; plus de 60 décès par rapport aux années précédentes, mais cela touche les adultes aussi bien que les enfants, et donc peut expliquer le creux 40-44 ans de la pyramide.
  • L'exode rural peut expliquer le creux des 20-24 ans, c'est l'âge caractéristique où les jeunes adultes quittent les campagnes pour aller chercher du travail à la ville ou alors au loin comme dans les carrières de région parisienne  : « Le recensement de 1896 révèle une sorte d'invasion de Bretons à Saint-Chéron : 112 personnes, pères, mères et enfants. Dix ans plus tard en 1906, 232 Bretons y sont dénombrés. » (Henri Chauveur).
  • Au sommet, c'est-à-dire les personnes âgées de 65 ans et +, la courbe est extrêmement effilée. Il y a très peu de personnes âgées de 80 ans et plus, et aucun centenaire. Le doyen de la commune est un ancien recteur âgé de 91 ans. Les suivants en âges ont 86 ans : une femme, Françoise Huitric de la Salle-Verte, et deux hommes nommés Jean Horellou, l'un de Pencarn Kerho, l'autre de Lestonan.
  • La règle de la surmortalité masculine, les femmes vivant plus longtemps que les hommes à un âge avancé, n'est observée que partiellement dans les tranches 60-80 ans.
BlogRecensement1901.jpg

Par ailleurs on peut noter ces autres points démographiques et géographiques :

  • Le territoire est divisé en section, avec d'une part le chef-lieu, et d'autre par les section dites éparses suivantes : Odet, St-Guénolé, Quilihuec, Sulvintin, Squividan, Bosuzit, Kernaon, Lestonan, Quilihouarn, Kergonan, Kerrellou, Loqueltas, Niverrot-Bohars, St-André
  • Le chef-lieu d'agglomération, à savoir le centre-bourg sans les villages proches comme Pennarun placé en section de Bosuzit (partie ouest jusqu'à la confluence Odet-Jet) ou Kerellou en la section du même nom (partie est jusqu'à Kermoisan), compte 11% de la population (292 habitants, 50 maisons, ménages).
  • Les sections éparses, au nombre de 14 regroupements de villages répartis en nombres similaires d'habitants et de ménages/maisons, sont toujours basées pour certaines sur les anciennes trèves autour des chapelles (comme cela était le cas dans le recensement de 1790), ou sur un nouveau découpage de ces trèves, et avec l'ajout du nouveau territoire de la papeterie d'Odet.
  • Odet, qui n'inclut pas encore Lestonan, est la seule section à dépasser le bourg en maisons/ménages : 57 maisons, 73 ménages pour 277 habitants. La famille Bolloré est bien représentée localement : René Bolloré (1847-1904), son épouse, sa mère, ses enfants, la famille de son co-gérant Charuel de Guérand, et toutes leurs servantes. Et l'on décompte environ 150 ouvrières ou ouvriers papetiers, sans compter les métiers spécifiques de cocher, commis, comptable, contre-maître, cuisinière, femme de chambre, fournier, mécanicien, portière, vacher, valet de chambre,

Quant aux autres métiers traditionnels, on notera ceci :

  • Le secteur agricole est très bien représenté : presque 800 cultivateurs ou cultivatrices (inclus des domestiques de ferme), et presque 150 journaliers ou journalières.
  • Par rapport aux recensements précédents, il y a peu de cabaretiers (trois au bourg dont une cabaretière et un à Keruel-Vian). Mais par contre il y a toujours une variété de métiers d'artisans : cantonnier (2), charpentier (19), charron (1), cordonnier (14), couturière (17), couvreur (3), forgeron (4), menuisier (4), meunier (18), meunière (2), scieur (1), sellier (1), tailleur (1), tailleur d'habits (9), tailleuse (3), terrassier (8), tisserand (6), tonnelier (1).
  • Au niveau du clergé on trouve bien le recteur desservant en titre Jean Hascoët, ses deux vicaires Corentin Bourhis et Louis Nicolas, mais aussi l'ancien recteur de Coray Yves Conan âgé de 91 ans.
  • Les supérieures et religieuses de l'école privée du bourg sont également recensées, ainsi que l'ensemble des instituteurs et institutrices, de l'école confessionnelle et des écoles publiques du bourg et de Lestonan. On notera au bourg aussi la liste des 34 élèves pensionnaires de l'école communale.
  • Et enfin un nouveau métier fait son apparition : dans le recensement qu'elles soient femmes de cultivateur, d'artisans ou autres elles sont généralement qualifiées explicitement de ménagères en colonne « profession », ceci étant sans doute en lien avec la politique d'aide aux familles nombreuses.

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En savoir plus : « 1901 - Les 88 pages du recensement de la population », espace Archives.




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