Billet du 06.07.2024

De GrandTerrier

Un poilu de 36 ans mobilisé dans le "86e Coz"


Cette semaine nous avons finalisé la migration des fiches de poilus sur le nouveau site : cf. Biographies des Soldats. C'est l'occasion d'ajouter le registre matricule du 2e classe Jean-Marie Mocaer, le père de la résistante morte à 33 ans mentionnée dans le billet de la semaine dernière.

Jean-Mocaer est né à Quimper en 1878, son père étant infirmier et sa mère cultivatrice (laquelle sera condamnée au bagne de Guyanne en 1898 pour une raison non élucidée à ce jour). Il se marie en 1903 avec Marie-Jeanne Coathalem, journalière agricole à Quélennec en Ergué-Gabéric, où il déménage pour y être journalier aussi. Ils habitent ensuite dans les villages voisins de Stang-Wenn et Stang-Luzigou. Ils auront 5 enfants dont Marie qui mourra en déportation en 1944 dans un camp prison de travaux forcés pour femmes en Pologne à l'âge de 33 ans.

Ses premières périodes militaires démarrent en 1898 par un premier conseil de révision où il est exempté pour faiblesses, puis accepté en 1900. Il fait son service obligatoire de deux ans avec certificat de bonne conduite. En août 1914 il est rappelé et mobilisé bien qu'âgé de 36 ans et père de famille nombreuse. Il intègre de suite le 86e régiment territorial d'infanterie créé à Quimper qu'on surnomme familièrement « 86e Coz », le "vieux 86e", par référence à l'âge des mobilisés nés avant 1880 (âgés de 34 à 49 ans en 1914).

une gravure de René Quillivic

Dans la Territoriale les tâches prévues sont théoriquement moins exposées que celles des armées d'active et de réserve où les soldats plus jeunes combattent. Dans la Territoriale les soldats assument la logistique, les transports ; ils creusent les tranchées, mais n'y restent pas sous les tirs de l'artillerie allemande.

Jean-Marie Mocaër reste dans le « 86e Coz » jusqu'en mars 1917, ce qui veut dire qu'il participe à la défense de la place de Brest, au camp retranché de Paris Est, au regroupement à Provins, puis à Reins, aux combats dans l'Aisne (1915), la Somme et en Champagne (1916). En 1917 il ne part pas en Flandres avec le 86e, il reste en Champagne et Seine et Marne jusqu'en 1918 au sein du 1er Escadron du Train des équipages militaires.

les 2 médailles de 1914-18

Jean-Marie Mocaer n'aura ni citation militaire, ni croix de guerre honorifique réservées aux combattants du front. Il touchera quand même les 2 médailles données automatiquement à tout soldat et personnel militaire et soignant : la médaille commémorative dite « médaille des poilus » votée en 1920 par la Chambre et le Sénat, et la médaille interalliée dite « médaille de la Victoire » décidée par le maréchal Foch en 1922.

Les combattants de la Territoriale n'ayant pas été honorés, on a presque oublié aujourd'hui le rôle important et l'engagement de ces vieux de plus de 34 ans. Les noms des soldats du « 86e Coz » ne sont généralement pas cités dans les rétrospectives historiques, saut peut-être s'ils y ont laissé leur vie auquel cas ils ont droit à une ligne sur le monument aux morts. Au-delà de Jean-Marie Mocaer, citons au moins trois autres poilus gabéricois incorporés dans le 86e régiment territorial : Alain Jezequel, Jérôme Pierre Daoudal et Jean Louis Taboret.


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En savoir plus : « Jean-Marie Mocaer (1878-1955), soldat du rég. ter. d'inf. 86e Coz », espace "Biographies".




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