Billet du 28.03.2026

De GrandTerrier

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Le millionnaire René Bolloré et le curé des pauvres


Cette semaine une affaire de recel de biens du culte d'une église du centre finistère, et de leur restitution par le fabricant de papier d'Ergué-Gabéric.

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Il s'agit d'une enquête titrée « Mon Curé chez les pauvres » paru en juillet-août 1926 dans 4 numéros successifs du journal brestois « Le Cri du peuple » de l'Organe S.F.I.O. d’Éducation et de Combat socialistes, hebdomadaire dirigé par le député franc-maçon Emile Goude.

Les articles sont signés des initiales L.P., à savoir Louis Pichon, à l'époque l’un des responsables de la section de Chateauneuf-du-Faou du Parti socialiste SFIO. Élu en avril 1930 secrétaire de cette section, il intervient dans les colonnes du journal comme chroniqueur et correspondant local du centre Finistère.

À ce titre il évoque un scandale qui vient de se produire dans la paroisse de Botmeur : dans une église érigée en 1907-1908, des objets sacrés ont été cédés par le curé «  à un de ces pilleurs d'église qui parcourent les campagnes en abusant de l'ignorance, de la bêtise et, parfois — j'ai honte de le dire — de la cupidité de certains desservants ».

Une enquête est diligentée à la demande du maire et du préfet, ceci avec un indice la plaque numérologique d'une voiture Renault 6 CV n° 5945-L7 qui se serait garée devant le presbytère. Le Commissaire spécial de Quimper fournit une première réponse : il s'agit de l'automobile de « M. Le Berre, voyageur de la maison Le Paul, articles religieux, place St Corentin, à Quimper, ce représentant de commerce était venu prendre, pour la réparer, la hampe d'une croix fournie autrefois par la dite maison. »

Et il complète par l'implication d'une autre personnalité dans la détention des statues et des plats de quête : « Deux statues en bois et 4 assiettes bretonnes de Locmaria, provenant de l'ancienne chapelle paroissiale de Botmeur avaient été remises, il y a plus d'un an, moyennant un prix à fixer ultérieurement, à M. Bolloré, fabricant de papier à Ergué-Gabéric, par M. Le Gall, desservant de la paroisse de Botmeur, en reconnaissance d'un don généreux fait par cet industriel pour l'achèvement de l'édifice ».

Bien que la bonne foi du « millionnaire Bolloré » soit avancée par les autorités, le chroniqueur du Cri du Peuple emploie un ton accusateur : « il connaissait la provenance de ce matériel et s'il ignorait la loi, nous demandons à ce qu'on la lui applique ».

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Par ailleurs l'article fait un parallèle hasardeux avec le livre « Mon curé chez les pauvres » de Clément Vautel paru début 1925, en faisant croire que l'affaire de Botmeur y est évoquée explicitement, avec même un procès à la clef et une condamnation des protagonistes.

Ce n'est nullement le cas, le livre en question est une œuvre de fiction se déroulant dans la ville de Sableuse (nom inventé) dans l'évêché de Merville (Lille), avec un scénario complètement différent : recel d'une statue d'un christ du XIIIe siècle par un faussaire parisien, voyage de l'abbé à Paris et au Vatican pour défendre sa vision sociale de l'église. Le roman a été adapté au théâtre et au cinéma en 1925, et plus tard en 1956 dans un film à succès avec Arletty et Pauline Carton.

Ce qui est surprenant c'est que le socialiste Louis Pichon s'insurge contre l'abbé Le Gall de Botmeur et son complice Bolloré dans les colonnes du Cri du Peuple, alors que Clément Vautel dans son roman montre une convergence des luttes du curé des pauvres et des mouvements révolutionnaires ...


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En savoir plus : « Protestations contre le recel de biens du culte à Botmeur, Le Cri du Peuple 1926 », espaces Journaux et Mémoires Papetières.




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