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La nouvelle « <i>école de hameau près le Moulin de l'Odet</i> », c'est-à-dire l'école communale de Lestonan, est réceptionnée le 20 juillet 1885, prête pour accueillir les élèves pour leur première rentrée scolaire. Le 30 août le conseil municipal, sous la plume du conseiller René-Guillaume Bolloré, entrepreneur papetier à Odet et nommé secrétaire de séance, réagit sur deux points litigieux : | La nouvelle « <i>école de hameau près le Moulin de l'Odet</i> », c'est-à-dire l'école communale de Lestonan, est réceptionnée le 20 juillet 1885, prête pour accueillir les élèves pour leur première rentrée scolaire. Le 30 août le conseil municipal, sous la plume du conseiller René-Guillaume Bolloré, entrepreneur papetier à Odet et nommé secrétaire de séance, réagit sur deux points litigieux : | ||
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Vraisemblablement, l'Inspection académique n'a pas donné son aval pour la pose de crucifix, car l'année suivant un courrier de l'inspecteur révèle que le maire lui-même, Hervé Le Roux agriculteur à Mélennec, était venu en personne poser l’emblème religieux : « <i>Au commencement de cette année, Monsieur le Maire d'Ergué-Gabéric plaçait lui-même des crucifix dans les deux classes de Lestonan. Un rapport fut fait à cette époque.</i> » | Vraisemblablement, l'Inspection académique n'a pas donné son aval pour la pose de crucifix, car l'année suivant un courrier de l'inspecteur révèle que le maire lui-même, Hervé Le Roux agriculteur à Mélennec, était venu en personne poser l’emblème religieux : « <i>Au commencement de cette année, Monsieur le Maire d'Ergué-Gabéric plaçait lui-même des crucifix dans les deux classes de Lestonan. Un rapport fut fait à cette époque.</i> » | ||
Version actuelle datée du 16 janvier 2026 à 14:37
Crucifix, catéchisme et écoles communales en 1885-86
Cette semaine une belle histoire développée par ailleurs dans le livre « Les écoles publiques de Lestonan 1880-1930 » de François Ac'h et Roger Rault : les agissements du maire Hervé Le Roux et l'entrepreneur René-Guillaume Bolloré pour introduire des emblèmes et pratiques religieuses dans les nouvelles écoles communales.
La nouvelle « école de hameau près le Moulin de l'Odet », c'est-à-dire l'école communale de Lestonan, est réceptionnée le 20 juillet 1885, prête pour accueillir les élèves pour leur première rentrée scolaire. Le 30 août le conseil municipal, sous la plume du conseiller René-Guillaume Bolloré, entrepreneur papetier à Odet et nommé secrétaire de séance, réagit sur deux points litigieux :
- l'absence de crucifix dans les salles de classe : « Le conseil municipal constate avec regret que la nouvelle école de hameau n'a pas de crucifix dans les classes : à l'unanimité il prie Monsieur le maire de vouloir bien s'entendre avec Monsieur l'inspecteur d'Académie pour qu'il en soit paré avant la rentrée. »
- la nécessité du catéchisme : « Il émet le vœu qu'il soit permis aux professeurs de faire apprendre le catéchisme en dehors du temps scolaire. L'éloignement du bourg et la difficulté qu'éprouvent les parents après une journée de travail à consacrer une 1/2 heure à leurs enfants rendrait cette mesure nécessaire et très populaire. »
Vraisemblablement, l'Inspection académique n'a pas donné son aval pour la pose de crucifix, car l'année suivant un courrier de l'inspecteur révèle que le maire lui-même, Hervé Le Roux agriculteur à Mélennec, était venu en personne poser l’emblème religieux : « Au commencement de cette année, Monsieur le Maire d'Ergué-Gabéric plaçait lui-même des crucifix dans les deux classes de Lestonan. Un rapport fut fait à cette époque. »
Et l'inspecteur de ne pas mâcher ses mots sur les deux protagonistes : « Je ne vous apprendrai rien, M. le Préfet, en vous disant que M. le Maire d'Ergué-Gabéric est un réactionnaire, poussé dans la question qui nous occupe, par un autre réactionnaire, M. Bolloré. »
L'article 2 de la loi du 28 mars 1882 sur la laïcité de l’enseignement public exclut le catéchisme des matières scolaires enseignées dans les écoles. Les conseillers municipaux le savent car ils précisent bien « en dehors du temps scolaire », mais est-ce légitime de demander aux instituteurs (et non aux recteurs et vicaires de la paroisse) d'assurer cet enseignement religieux ?
Quant à l'affaire des crucifix, elle ne s'arrête pas là car l'année suivante c'est au bourg dans la toute nouvelle école communale des garçons qu'il y a de nouveau une tentative d'ajout de crucifix dans les salles de classe : « Lundi dernier, en entrant le matin dans les nouvelles classes de l'école des garçons du Bourg, l'instituteur trouva des crucifix placés dans les trois classes. »
Ceci malgré l'interdit formel de la circulaire du 2 novembre 1882 : « dans les écoles qui s’ouvrent ou vont s’ouvrir sous le régime de la neutralité, devenu le seul régime légal, nul ne songera à demander l’introduction d’emblème religieux d’aucune nature ».
Et le maire Hervé Le Roux est soupçonné : « Par qui ces derniers crucifix ont-ils pu être placés ? Est-ce par le Maire lui-même ? Je l'ignore, mais il est certain que s'il ne l'a fait lui-même, il l'a fait faire. »
Suite à cette dénonciation, le préfet écrit une lettre au maire pour lui demander des explications : « Je suis informé que des crucifix auraient été placées dans les salles de classe de la nouvelle école des garçons de votre commune ... ». On ne connait pas la teneur de la réponse du maire, et les délibérations du conseil municipal ne mentionnent pas du tout la remontrance préfectorale.
