INIZAN Lan - Emgann Kergidu

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INIZAN (Lan), Emgann Kergidu ha traou-all c'hoarvezet e Breiz-Izel epad dispac'h 1793, -, Al Liamm, Brest-Kemper, Kintin, 1877-1878, 1977, ISBN N/A
Titre : Emgann Kergidu ha traou-all c'hoarvezet e Breiz-Izel epad dispac'h 1793
Auteur : INIZAN Lan Type : Livre/Brochure
Edition : -, Al Liamm Note : -
Impression : Brest-Kemper, Kintin Année : 1877-1878, 1977
Pages : 237, 242 Référence : ISBN N/A
Notice Bibliographique

Ce roman dont le titre est traduit en « La Bataille de Kerguidu [1] et autres évènements survenus en Basse-Bretagne pendant la Révolution en 1793 », traite de la Révolution en Léon avec le point de vue d'un prêtre royaliste, et constitue une véritable peinture d'époque, réalisée par un conteur breton hors pair.

Ce qui nous intéresse ici plus particulièrement est le portrait et la mise en scène de Jean-François de La Marche [2], évêque du diocèse de Léon en lutte contre les défenseurs de la Révolution. On trouvera ci-dessous les huit pages qui lui sont consacrées, ainsi que le dialogue relatant sa future fuite en Angleterre, en breton, et en français (traduction d'Yves Le Berre).

Extraits, Transcriptions

Autres lectures : « Espace « Évêque de Léon » : présentation, bibliographie, origines, écrits, in english, e brezhoneg » ¤ 

Extrait bilingue=

Dialogue de préparation [3] de la fuite en Angleterre de Jean-François de la Marche :

E brezhoneg :

« Un dervezh, war-dro teir eur goude kreitsez, an Aotrou de Kermenguy a c'halvas d'e gaout, d'e gambr, e-lec'h n'o nemetañ e-unan, e vab n'en doa ket c'hoazh ugent vloaz echu.

- Va mab , eme an aotrou kozh, oc'h huanadañ !

- Petra eo, va zad ?

- Ha kalon hoc'h eus ?

- Ya, me 'gred, va zad, em eus kalon, ha n'on ket den ha dec'het a-raok va skeud.

- An dud yaouank a vez holl evel-se. Netra ne ra aon dezho a-bell, ha pa vezont dirak ...

Hag an aotrou kozh a blegas ouzh an daol, e benn etre e zaou zorn, en ur dennañ un huanadenn hir.

- Kaout a ra deoc'h, va zad, eme an aotrou yaouank, e vefen den da dec'het n'eus forzh dirak petra, gant ma vezo evit ar mad ? Neuze ne vefen ket mab deoc'h.

- Komz evel un den a rit aze, va mab, ha vad a ra d'am c'halon ho klevet.

- Perak 'ta neuze, va zad, oc'h ken nec'het o komz ouzhin ?

- Abalamour, va mab, ar pezh am eus eus da ginnig deoc'h a zo un dra rust-meurbet.

- Komzit, va zad, m'eus forzh peger rust e c'hellfe bezañ, ho mab a sento, rak n'oc'h evit gourc'hemenn dezhañ nemet traoù mat.

- Va mab, eme an Aotrou de Kermenguy gozh, evel disammet hag en ur sellet ouzh an den yaouank, ma c'houlennfen diganeoc'h ha reiñ a rafec'h a galon vat fenoz, neket war'hoazh, fenoz, ho puhez, mar deo ret, evit ho Toue, ho relijion hag ho pro, hag hen ober a rafec'h ?

Daoulagad an aotrou yaouank a steredennas : mont a reas da gaout e dad, kregiñ a reas en e zorn :

- Ya, va zad, emezañ gant herder, ya, hen ober a rin, hag hen ober a galon vat. Ma ne rafen ket ne dlefen ket dougen ho'ch anv. Gourc'hemennit, va zad ; mall eo ganen klevet ar pezh a dlean da ober fenoz.

- Tridal a ra va c'halon em c'hreiz ouzh ho klevet, va mab. Meulet ra vezo Doue ! Mar chomit e buhez e vezo c'hoazh war ho lerc'h, war an douar, bugale vat hag a galon, bugale a zoujañs Doue.

Setu amañ, va mab, ar pezh am eus da ginnig deoc'h : Gouzout a rit emañ an Aotrou de la Marche kuzhet e maner ar Gernevez. Fenoz e tle mont kuit arc'hano. Ni a zo en em glevet gant ur vag floderezh a zo hirio e Porzh ar Beskont, e-tal Santez Barba Rosko, hag e dle mont, e-berr, en he hent war-zu Bro-Saoz en ur gas ganti an Aotrou de la Marche. Gouzout a rit, hon Aotrou 'n Eskob ne c'ell ket mont kuit e-unan eus ar Gernevez : ne c'hell kennebeut fiziout e kement hini a zo, hag em eus soñjet ennoc'h, va mab, evit mont e-ber da vaner ar Gernevez da gerc'hat an Aotrou de la Marche ha d'her c'has betez ar vag, pe da vervel en hent, mat bez ret, evit hen difenn [...] An Aotrou 'n Eskob ne gaso ket kalz a draoù gantañ, mes evelato e vezo un dra bennak. Amañ, hon eus ur mevel, Job Postik, a Roslan, e Plougasnou, mab hor merour, hag a c'heller fiziout ennañ. Hennezh a yelo ganeoc'h evit dougen lod eus ar samm, c'hwi a zougo lod all [...].

Hag an Aotrou de Kermenguy gozh a yoa an dour en e zaoulagad hag en e vouezh.

- Va zad, eme an aotrou yaouank, ma ne gavfec'h ket abeg e kement-se, me a gavfe deoc'h un den yaouank hag a deufe ivez fenoz ganeomp-ni a-greiz e galon.

- Piv eo hennezh, va mab ?

- An Aotrou Salaun de Kertanguy [4].

- Ne c'houlennan ket a well, va mab. Mar bezit tri ez aio muioc'h a draoù ganeoc'h evit hor paour kaezh Aotro 'n Eskob, ha, mar deu bec'h warnoc'h war an hent, e viot unan muioc'h d'hen difenn [...].

- Va zad, lavarit d'an Aotrou de la Marche e vezo gantañ tud a galon. »

En français :

« Ce jour-là, M. de Kermenguy fit venir dans sa chambre son fils âgé de vingt ans à peine.

- Mon fils, dit le vieux seigneur en soupirant.

- Qu'y a-t-il mon père ?

- Avez-vous du cœur ?

- Oui, je pense, mon père, que j'ai du cœur et que je ne suis pas homme à fuir devant mon ombre.

- Les jeunes sont tous ainsi. De loin, rien ne leur fait peur, et quand ils sont en face ...

Et le vieux seigneur se pencha sur la table, tenant sa tête dans ses mains, en poussant un long soupir.

- Pensez-vous, mon père, dit le jeune monsieur, que je serais homme à fuir devant quelque danger que ce soit, si ma cause était juste ? Je serais alors indigne d'être votre fils.

- Vous parlez en homme, mon fils, et vos paroles me réchauffent le cœur.

- Pourquoi donc, mon père, êtes-vous si accablé en me parlant ?

- C'est que, mon fils, ce que j'ai à vous confier est chose bien pénible.

- Parlez, mon père, aussi pénible que ce puisse être, votre fils obéira, car vous ne sauriez lui commander que de bonnes choses.

- Mon fils, dit le vieux M. de Kermenguy, comme soulagé d'un grand poids, si je vous le demandais, donneriez-vous aujourd'hui de bon cœur, pas demain, aujourd'hui, votre vie, s'il le fallait, pour votre Dieu, votre religion et votre pays, le feriez-vous ?

Les yeux du jeune monsieur étincelèrent : il alla à son père, le prit par la main.

- Oui, mon père, dit-il avec feu, oui je le ferais, et de bon cœur. Si je ne le faisais, je n'aurais plus le droit de porter votre nom. Ordonnez, mon père ; j’ai hâte d’apprendre ce que je dois faire en ce jour.

- Vos paroles font tressaillir mon cœur dans ma poitrine, mon fils. Dieu soit loué. Voici, mon fils, ce que j’ai à vous confier : vous savez que Mgr de la Marche est caché au manoir de Kernévez. Il doit en partir ce soir pour rejoindre l'Angleterre. Nous nous sommes entendus avec un bateau de contrebande qui se trouve tout près de Sainte-Barbe, à Roscoff, et il doit ce soir prendre la mer en emmenant Mgr de la Marche. Vous comprendrez que Mgr de la Marche ne peut s’en aller tout seul de Kernévez. J’ai pensé à vous pour aller le conduire au bateau, ou mourir sur le chemin, s’il le faut, pour le défendre [...] Mgr l’évêque n’emportera guère de bagages, mais il en aura cependant un peu. Nous avons ici un domestique, Job Postic, on peut se fier à lui. Il vous accompagnera pour porter une partie du chargement, vous porterez le reste [...].

Le vieux seigneur de Kermenguy avait alors les larmes aux yeux et des sanglots dans la voix.

- Mon père, dit le jeune monsieur, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vous trouverai un jeune homme qui viendra avec nous très volontiers ce soir.

--Qui est-il, mon fils ?

-- M. Salaün de Kertanguy.

-- Je ne demande pas mieux, mon fils. Si vous êtes trois, vous pourrez emporter plus de choses pour notre pauvre évêque, et, s’il survient en route quelque danger, vous serez un de plus pour le défendre [...].

-- Mon père, dites à Mgr de la Marche qu’il aura ce soir des hommes de cœur avec lui.  »

Annotations

  1. Bataille de Kerguidu (24 mars 1793, Pont de Kerguidu en Plougoulm) : les paysans du Léon restant sous les armes, le général Canclaux lance alors une attaque pour débloquer la ville de Saint-Pol-de-Léon. Son avant-garde forte de 300 hommes tombe dans une embuscade au pont de Kerguidu entre Saint-Pol-de-Léon et Lesneven. Toutefois, l'armée de Canclaux arrive en renfort et disperse les insurgés, mettant ainsi un terme aux combats particulièrement meurtriers du Léon. Les estimations de l'époque sur le nombre de paysans tués lors des affrontements dans le Léon parlent de 400 morts et 300 blessés, estimations peut-être surévaluées.
  2. Ergué-Gabéric vit naître le dernier évêque de Léon : [[Jean-François de La Marche (1729-1806), dernier évêque de Léon[Jean-François de La Marche (1729-1806)]].
  3. La version du dialogue entre le père et le fils de Kermenguy est celle du livre Figures de chouans de Job de Roincé, avec quelques allègements et suppressions de texte.
  4. « An Aotrou de Kertangy-se a zo marv dizimez e maner Koarudavel, e parrez Mespaol. »



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Thème de l'article : Fiche bibliographique d'un livre ou article couvrant un aspect du passé d'Ergué-Gabéric Création : Novembre 2009    Màj : 18.08.2023