Billet du 20.12.2025
"les familles indigentes sont les plus éprouvées par cette maladie"
Étant pile-poil entre les 2 fêtes de fin d'année, on vous soumet ce proverbe breton : « D’an Nedeleg ec’h astenn an deiz paz ur c’hefeleg. D’an deiz kentañ ar bloaz paz ur waz » (À Noël le jour allonge d’un pas de bécasse, au Jour de l’An d’un pas d'oie ).
Sinon, aujourd'hui on développe un sujet de la semaine dernière, à savoir le dépouillement de quelques délibérations sur les épidémies de varioles dans la commune en 1881 et 1888.
Sur la courbe ci-dessous des chiffres de mortalité pour la commune d'Ergué-Gabéric, on remarque un pic très marqué de 113 décès pour l'année 1881, à savoir un chiffre doublé par rapport au chiffre moyen de 55 des années précédentes, mais en 1888 il est à peine supérieur à 60 morts.
En fait pour ces deux années épidémiques, comme l'ont rapporté les journaux finistériens, les foyers communaux de contagion ont été différents : en 1881 ce sont les régions de Quimper et de Pont-Aven qui ont été touchées les premières, en 1888 la variole s'est propagée sur Brest, Pont-l'Abbé, Douarnenez, Laz et Leuhan.
En 1881, la première délibération du conseil municipal faisant état de l'épidémie date de début juillet, et il n'y est question que de « la répartition d'une somme de cent francs attribuée aux varioleux par M. le Préfet ». La présence de malades de la variole est bien confirmée par la prise en compte de ce secours.
La seconde délibération de septembre se veut plus alarmante, notamment à l'égard des populations indigentes : « L'épidémie de la variole sévit avec intensité dans la commune, les familles indigentes sont les plus éprouvées par cette maladie ...Le Conseil après avoir délibéré, voyant que la commune ne peut rien en faveur de ces malheureux est d'avis d'implorer la bienveillance du gouvernement pour aider les victimes nécessiteuses de la variole dont plusieurs sont dans le plus grand besoin. »
Pour l'année entière 1881 on compte en fait à Ergué-Gabéric plus d'une soixantaine de décès qui sont dus à la variole. Le doublement de la mortalité annuelle constatée est rigoureusement identique à celui de la commune voisine de Kerfeunteun qui a aussi souffert du fléau.
Début avril 1888, le conseil municipal fait état d'une circulaire préfectoral sur la protection contre la variole : « Les membres du conseil municipal s'occupent de la circulaire préfectorale qui donne des conseils et instructions concernant l'épidémie de variole. » Cette circulaire, publiée dans le journal « Le Finistère » du 21 mars, donne des instructions précises aux habitants, à la fois en français et en breton, et découpée en 4 parties : I° Isolement des malades ; II° Désinfection des linges ; III° Isolement des locaux ; IV° Vaccinations et revaccinations.
Dans le journal « Le Courrier du Finistère » on trouve aussi des encarts en langue bretonne où le terme « ar vreac'h » pour désigner la variole semble refléter une angoisse locale face à la pandémie.
Le même conseil gabéricois du 2 avril 1888 préconise que les vaccinations se fassent sur les trois quartiers principaux de la commune : « Tous les membres du conseil voudraient que comme par le passé le médecin veuille bien vacciner au bourg, à l'école de Lestonan et à Kerdévot ». Le terme « comme le passé » fait probablement référence à la campagne de vaccination qui a suivi l'épidémie surprise de 1881.
En ces années-là, la technique du vaccin antivariolique est nouvelle et innovante car la « vaccine » découverte par l'anglais Edward Jenner, n'a été introduite en France qu'à partir de 1820 et devait être fabriquée à partir de souches animales (veaux et génisses). Après ces propagations varioliques de la fin du 19e siècle il faudra attendre presque 100 ans pour que la variole ne soit complètement éradiquée, la dernière épidémie étant celle de Vannes en 1955.
