Le procès des apaches de la bande de « l'As de Pique », bagne et journaux locaux 1909
Le sort de deux apaches, c'est-à-dire des petits malfrats, arrêtés pour avoir blessé au revolver un agriculteur à Kerourvois en Ergué-Gabéric : suicide en prison pour l'un, et condamnation aux travaux forcés pour l'autre.
Sources : Journaux La Dépêche de Brest, Le Finistère, Le Progrès du Finistère, et la base Bagne des Archives nationale d'outre-mer.
Autres lectures : « Arsène Lupin et sa bande au Stangala, Le Progrès du Finistère 1909-1910 » ¤ « 1882 - Condamnation d'un jeune tailleur délinquant d'Ergué-Gabéric au bagne » ¤ « Le meurtre de Jean Lozac'h à Meouet Vihan, Police Magazine, Ouest-Eclair et Dépêche 1937 » ¤
Présentation
D'où vient tout d'abord ce terme d'apaches ? Les Apaches étaient un gang du Paris de la Belle Époque composé de très jeunes membres de moins de vingt ans. En 1902, deux journalistes parisiens, Arthur Dupin et Victor Morris, nomment ainsi les petits truands et voyous de la rue de Lappe et marlous de Belleville, qui se différencient de la pègre et des malfrats par leur volonté de soigner leur apparence vestimentaire (bottines, pantalon patte d'éph et casquette à pont). Le terme s'est très vite répandu dans toute la France.
En basse-Bretagne, la justification du qualificatif d'apaches tient dans l'origine urbaine des délinquants - Douarnenez et Brest -, leur âge et leur allure : « Il n'était âgé que de 20 ans », « Deux individus, paraissant âgés de dix-huit à vingt ans, assez bien vêtus et parlant français », « C'est un petit jeune homme assez bien vêtu ». Et bien sûr les apaches formaient des gangs, et nos jeunes voyous avaient aussi cet instinct grégaire : « Tous deux sont des apaches qui font partie de la bande de l'As de Pique », « la tristement célèbre bande brestoise de l'As de Pique ».
L'as de pique donne lieu à ce signe de ralliement : « Ses membres, tous repris de justice des plus dangereux, se reconnaissent entre eux au point de tatouage qu'ils portent sous l'oeil droit. ». Et d'ailleurs le survivant des agresseurs de Kerourvois se verra attribué ce signe particulier sur sa fiche de dépôt : « Tatouage un as de pique ».
La bande de Brest est presque entièrement démantelée en 1908 : après un cambriolage et agression dans le quartier de Recouvrance sept membres sont arrêtés en juin et cinq d'entre eux sont condamnées aux travaux forcés à perpétuité [5].
Les circonstances exactes de l'affaire gabéricoise sont les suivantes : début août 1909 deux jeunes malfaiteurs, essaient de cambrioler la maison de ferme à Kerourvois en Ergué-Gabéric, et l'un d'entre eux, surpris par le propriétaire des lieux, sort son revolver et tire.
La victime se remettra de sa blessure : « Prévenus par un jeune pâtre témoin de la scène, des voisins accoururent et l'un deux transporta le blessé à Quimper, où il reçut les soins du docteur Renault qui procéda à l'extraction de la balle. »
Les deux cambrioleurs prennent la fuite immédiatement. Si la brigade mobile de Nantes a pu retrouver les deux cambrioleurs en cavale, c'est sans doute grâce à un inspecteur bretonnant : « M. Le Gall, qui parle la langue bretonne, se mit en campagne et il apprenait bientôt qu'un individu répondant au signalement ci-dessus avait été vu. »
Le procès d'assises se déroule à Quimper en octobre. Le plus jeune, François-Joseph Pouliquen de Brest-, s'est suicidé dans sa cellule de prison : « Un des apaches brestois, le nommé Pouliquen, qui tira sur le malheureux M. Péron un coup de révolver, a été trouvé pendu dans sa cellule, au moyen de la couverture de son lit. ».
Le second, Michel Le Bihan, né à Brest-Lambezellec, écope d'une peine de 6 ans de travaux forcés. Sur ce dernier, dit « le grêlé » dans les articles de journaux, on en sait un peu plus grâce à sa fiche de dépôt au bagne : « Embarqué le 8 juillet sur Le Loire à destination de la Guyane. ». Outre son tatouage à l'as de pique sur l’œil droit, il est décrit comme borgne de l’œil gauche et doté d'un 2e tatouage, un « coeur traversé par une épée ».
Et surtout qu'il est le chef de la fameuse bande de Brest et que son métier d'ébéniste cache d'autres activités illicites : « Ivrogne, libertin et débauché. Était le chef de la bande de voleurs dite "l'as de Pique". N'avait que le produit du vol et celui de la prostitution de sa femme.. » Au bout de 6 ans il est de retour en métropole, comme « 1ère classe en 1915 » et meurt à La Tronche en 1958 à l'âge de 75 ans [6].
Transcriptions
La Base Bagne des Archives d'Outre-Mer :
Dépôt des condamnés aux travaux forcés. Numéro matriculaire de la commune : 38685.
Taille d'un mètre 691 millimètres, cheveux ch, sourcils ch, front r yeux ch.cl, nez r, bouche m, menton m, barbe ch, visage long, teint pâle. Signes particuliers : borgne oeil gauche. Tatouage un as de pique. Tatouage un coeur traversé par épée.
Le nommé Le Bihan Michel écroué sous le n. 6437, fils de Michel et de Marie Corentin Colin, né à Douarnenez, arrondissement de Quimper, département du Finistère, âgé de 26 ans, domicilié à Brest, arrondissement du dit département du Finistère ; ayant exercé, avant son arrivée au dépôt, la profession d'ébéniste, condamné le 27 octobre 1909 par assises du Finistère à six ans de travaux forcés, en vertu des art. 381, 384, 385, 386, 2.19.36.46.52 du C.P. 19 loi du 27 mai 1885 pour vol qualifié à main armée. Commis le 3 août 1909, astreint, à l'expiration de sa peine, à la surveillance de la haute police pendant dix années. Écroué au dépôt le 20 décembre 1909. La peine a commencé le 11 août 1909. Date de rejet du pourvoi : le 29 novembre 1909.
Embarqué le 8 juillet sur Le Loire à destination de la Guyane.
Renseignements.
Condamnations précédentes : 18 mai 1904, C. Rennes, coups et blessures volontaires, 6 mois ; 8 juin 1906, Brest, vol 8 mois ; 26 avril 1907, Brest, coups et blessures volontaires, 6 mois.
Caractère : Était mal noté. Ivrogne, libertin et débauché. Était le chef de la bande de voleurs dite "l'as de Pique". N'avait que le produit du vol et celui de la prostitution de sa femme.
Sait lire et écrire. Profession au bagne : Etoupes. Conduite : Passable.
1e cl juillet 1914. 4e 1e Json n° 12387 le 11 août 1915. Appel de 1937 n'a pas répondu aux appels depuis 1915.
La Dépêche de Brest 1909-08-12 :
La bande de « l'As de Pique »
Les cambrioleurs brestois opèrent à Quimper. — Un cultivateur reçoit un coup de feu. — La brigade mobile de Nantes arrête les coupables
On sait qu'il existe à Brest plusieurs associations de malfaiteurs, dont l'une, la plus dangereuse, porte le nom de bande de l'« As de Pique ». Ses membres, tous repris de justice des plus dangereux, se reconnaissent entre eux au point de tatouage qu'ils portent sous l'œil droit.
Nous avons relaté, différentes fois, les exploits de ces malfaiteurs, qui ne vivent que du produit de leurs attaques à main armée, des vols qu'ils commettent et, aussi, de vagabondage spécial.
Plusieurs de ces apaches, se sachant traqués par la police brestoise, quittèrent notre ville dans les derniers jours de juillet et gagnèrent la campagne, où ils terrorisèrent les cultivateurs.
Après avoir opéré dans le Léon, et surtout dans les environs de Saint-Pierre Quilbignon, le Conquet, Saint-Renan, Lesneven, Plougastel-Daoulas, pourchassés par les brigades de gendarmerie, ils gagnèrent la Cornouaille.
Dès lors, il ne se passa pas une nuit sans que des vols ne soient commis dans cette région : des poules furent étranglées et emportées, des bahuts fracturés, et des fermières molestées et frappées.
Les malfaiteurs ne devaient malheureusement pas se borner à voler.
Le 3 août, à trois heures de l'après-midi, deux d'entre eux arrivèrent au village de Kérourvois, à cinq kilomètres de Quimper, sur la gauche du chemin de grande communication conduisant à Coray.
Ce village se compose de trois fermes appartenant à MM. René Péron, Le Menn et Dénez.
Les deux cambrioleurs, après avoir longtemps rôdé autour des habitations désertes — fermiers et fermières travaillant aux champs — se décidèrent à pénétrer dans l'immeuble de M. Péron.
L'un d'eux, d'un coup de manche d'outil, fit voler une vitre en éclats, tourna l'espagnolette et, d'un bond, sauta dans la maison.
Tandis qu'à l'aide d'un solide couteau et d'une « enclume » de moissonneur, il fracturait armoires, commodes et bahuts, son camarade faisait le guet.
Tout à coup M. Péron arriva. Apercevant le jeune homme qui se trouvait près de la fenêtre de sa chambre, il s'approcha et lui demanda ce qu'il cherchait.
— Du lait, répondit-il.
Mais, au même moment, le cambrioleur qui s'était introduit dans l'habitation en sortit, tenant à la main un revolver qu'il braqua sur le fermier.
— Laisse-nous tranquille, s'écria-t-il. Tiens, voilà deux francs.
Le cultivateur, un moment interdit, voulut appréhender l'apache, mais il fut terrassé et roué de coups par les deux bandits, qui prirent la fuite.
M. Péron les poursuivit. Mais mal lui en prit, car le malfaiteur qui possédait un revolver braqua à nouveau son arme sur le fermier et pressa la détente.
Le cultivateur, atteint à la poitrine, poussa un grand cri et s'affaissa.
Les voisins avisés du drame par le jeune Louis Rannou, 13 ans, pupille de M. Péron, arrivèrent, mais les agresseurs étaient déjà loin.
Les gendarmes, mandés en toute hâte par le maire d'Ergué-Gabéric, procédèrent à une enquête. Ils trouvèrent les meubles de la victime éventrés ; le linge et différents objets de valeur, que le filou s'apprêtait à emporter, gisaient à terre.
Les premières constatations faites, les gendarmes montèrent en selle, battirent la campagne en tous sens, mais ils ne purent découvrir le meurtrier et son complice.
M. le docteur Renault, appelé au chevet du blessé, examina avec soin la plaie béante que portait M. Péron, près de l'aisselle gauche ; il parvint à extraire la balle, du calibre de huit millimètres.
Le praticien n'a encore pu se prononcer sur la gravité de la blessure du fermier ; on craint que le poumon n'ait été perforé par le projectile.
La brigade mobile de Nantes entre en scène
M. Lebel, chef de la brigade mobile de Nantes, avisé de ce drame par le parquet de Quimper, envoya immédiatement sur les lieux deux de ses meilleurs inspecteurs, MM. Chabas et Le Gall.
Ceux-ci interrogèrent longuement la victime, et parvinrent à obtenir le signalement des deux apaches. L'un d'eux, dont le visage était resté marqué à la suite de la variole, avait été particulièrement remarqué par M. Péron. Il se souvint qu'il était borgne de l'œil gauche, et donna la description de ses vêtements.
M. Le Gall, qui parle la langue bretonne, se mit aussitôt en campagne. Il questionna plusieurs cultivateurs des environs, et ceux-ci, qui avaient vu passer les agresseurs et se séparer, le mirent sur la piste de l'un d'eux.
Après une course folle à travers champs, l'homme qui faisait le guet s'était arrêté à l'embranchement de Briec, à 6 kilom. 500 de Quimper. Il avait demandé à cet endroit l'heure du départ de l'express pour Brest, puis avait gagné la gare de Quimper au pas gymnastique.
Les employés de la compagnie d'Orléans avaient heureusement aperçu l'homme, dont M. Le Gall leur donna le signalement. Ils se rappelèrent lui avoir délivré un billet de troisième classe pour notre ville.
Il ne restait aux inspecteurs qu'à venir poursuivre leurs recherches à Brest. C'est ce qu'ils firent.
Leur premier soin, lundi, en débarquant du chemin de fer, fut de rendre visite à M. Le Mazurier, commissaire central, qui mit à leur disposition le sous-brigadier Cornec et l'agent Bayon, précieux auxiliaires, grâce auxquels ils purent mener à bien la mission délicate dont M. Lebel les avait chargés.
Si la présence d'étrangers ne peut passer inaperçue en pleine campagne, il n'en est en effet pas de même dans une ville aussi importante que la nôtre.
M. Cornec fouilla immédiatement toutes les maisons où les repris de justice ont l'habitude de se donner rendez-vous et, mardi soir, il était fixé. Les agresseurs du fermier Péron étaient : Michel Le Bihan, dit « le grêlé », 28 ans, domicilié 25, rue Suffren, et François Pouliquen, 20 ans, demeurant 6, rue Sébastopol.
La Dépêche de Brest de la 1909-10-28 :
Assises de Bretagne
FINISTÈRE
4ᵉ SESSION DE 1909
Présidence de M. le conseiller Delcour
Audience du 27 octobre
TENTATIVE DE VOL QUALIFIÉ
Le 3 août dernier, M. René Péron, cultivateur à Kérourvois, en Ergué-Gabéric, revenant des champs vers 3 h. 30 de l'après-midi, arrivait près de sa maison, lorsque son attention fut attirée par le bruit de coups de marteau paraissant venir de l'intérieur de l'habitation ; il pressa le pas et en entrant dans la cour, il aperçut un individu debout contre la barrière placée à l'angle de la maison. Péron s'avança vers cet homme qui n'était autre que Michel Le Bihan, âgé de 26 ans, ébéniste à Brest et le saisit en lui demandant ce qu'il faisait là ; Le Bihan répondit qu'il cherchait du lait. Au même instant un autre individu du nom de Pouliquen, sortait de la maison par la fenêtre, portant un revolver à la main et cherchait à s'échapper par la barrière. Péron le saisit à son tour, mais les deux hommes se dégagèrent. Pouliquen poussa Péron vers Le Bihan qui s'était accroupi derrière lui pour le faire basculer et le fit tomber sur le dos. Le Bihan se releva, lui mit le pied sur la gorge et les deux malfaiteurs prirent la fuite ; Pouliquen, poursuivi par Péron, se retourna et lui porta presque à bout portant et en pleine poitrine un coup de revolver qui lui brisa la clavicule.
Les malfaiteurs avaient été surpris avant d'avoir rien pu soustraire dans la maison, mais l'examen des lieux montra qu'après avoir brisé un carreau et escaladé la fenêtre, on avait fouillé deux armoires et un buffet, la serrure d'une des armoires avait été fracturée et l'un des panneaux défoncé.
Pouliquen et Le Bihan furent arrêtés à Brest. Pouliquen se suicida dans sa prison.
Le Bihan reconnaît avoir participé au vol. Il est revenu à l'instruction, sur ses précédents aveux, prétendant avoir ignoré le but que poursuivait Pouliquen en entrant dans la maison dont il se serait lui-même tenu éloigné.
L'information établit de la façon la plus nette qu'il a tout au moins fait le guet pendant que son camarade était dans la maison Péron.
Comme Pouliquen lui-même, Le Bihan est un malfaiteur dangereux, déjà condamné pour vol, affilié à une bande de repris de justice bien connue sous la dénomination de la bande de l'As de Pique.
L'interrogatoire
M. le président fait tout d'abord remarquer que l'accusé a été déjà condamné trois fois et que les renseignements fournis sur lui sont bien mauvais.
Le Bihan, en effet, fait partie de la bande de l'As de Pique, dont il porte d'ailleurs le tatouage et dont il était le receleur ; sa maison était, en quelque sorte, le quartier général de cette association bien connue dans la ville de Brest.
Ceci établi, M. le président aborde immédiatement les faits.
Il fait remarquer toutefois qu'il devait y avoir deux accusés sur ce banc, mais que l'un des accusés a devancé l'heure de la justice en se suicidant, c'est Pouliquen.
Après avoir expliqué le but de l'arrivée des deux accusés à Quimper, Pouliquen ayant dit qu'il avait de l'argent à toucher, M. le président demande à Le Bihan :
D. — Pourquoi avez-vous accompagné Pouliquen ?
R. — Parce qu'il m'avait demandé d'aller avec lui.
D. — Qu'avez-vous fait dès votre arrivée à Quimper ?
R. — On s'est promené.
D. — Vous n'êtes donc pas allé toucher de l'argent ?
R. — Non.
D. — Vous a-t-il dit où il devait toucher de l'argent ?
R. — Non.
M. le président : Je crois bien que Pouliquen ne le savait pas lui-même.
D. — Enfin vous pénétrez dans la campagne, on vous voit dans les champs, puis on vous voit vous sauver, vous étiez, en quelque sorte, en quête d'une ferme à dévaliser ; vous arrivez à la ferme de Kérourvois.
Le Progrès du Finistère du 07.08.1909 :
Ergué-Gabéric. Exploits d'apaches. Tentative de vol et d'assassinat
La jolie commune d'Ergué-Gabéric vient encore une fois d'être visitée par des malfaiteurs, qui cette fois, en vrais apaches, n'ont pas craint de se servir de leurs armes et de blesser un brave cultivateur.
Voici les faits :
Deux individus, paraissant âgés de dix-huit à vingt ans, assez bien vêtus et parlant français, erraient mardi dernier par les champs et les routes, en quête d'un mauvais coup. Ils passèrent par les fermes de Kerampinsel et de La Salle-Verte.
En ce dernier endroit, ils brisèrent le carreau d'une fenêtre, par laquelle ils espéraient s'introduire dans l'habitation, mais les aboiements furieux et incessants du redoutable chien de garde les obligèrent à déguerpir.
Il était alors 2 heures 1/4. Les deux rôdeurs voulurent ensuite gagner directement la grande route de Coray, mais à la vue de deux petits domestique de ferme, qui s'en revenaient des champs, ils firent un brusque crochet et ne rejoignirent la dite route que plus tard, par un chemin de traverse.
Ce souci de n'être pas reconnu, prouvait suffisamment leurs mauvaises intentions.
En effet, vers 3 heures moins le quart, ils arrivaient à la ferme de Kerourvois, tenue par M. René Péron, lequel était aux champs.
Comme précédemment, le carreau d'une fenêtre fut brisé, ce qui permit d'en fait manœuvrer la barre de fermeture et l'un des bandits, le plus grand, d'un taille d'environ 1m65, blond et louche, sauta dans la maison.
Il visita d'abord une armoire, non fermée à clef et qui ne contenait que des habits. Dédaignant ce maigre butin, il s'en prit ensuite à une autre armoire neuve, fermée à clef celle-là et tenta, à l'aide d'un marteau et d'une petite enclume de faucheur, trouvée sur la fenêtre, d'y pratiquer une ouverture par le fdond.
Pour ce faire, il dut déplacer un vaisselier, brisa un grand cadre et retira une glace qu'il posa sur la table.
Le Progrès du Finistère du 14.08.1909 :
Nouvelles départementales. Ergué-Gabéric.
Les apaches arrêtés. Les deux cambrioleurs qui ont pénétré, comme nous l'avons dit dans notre dernier numéro, dans la ferme de Kerourvois et assailli et blessé d'un coup de révolver M. Péron, ont été arrêtés à Brest, par les soins de la brigade mobile de Nantes.
Ce sont deux apaches brestois, appartenant à la bande de l'As-de-Pique, nommés Le Bihan, Michel, 26 ans, et Pouliquen, Joseph.
C'est ce dernier qui blessa M. Péron. Ils ont, d'ailleurs, passé des aveux.
Le Progrès du Finistère du 21.08.1909 :
Ergué-Gabéric.
Suicide d'un des apaches. Un des apaches brestois, le nommé Pouliquen, qui tira sur le malheureux M. Péron un coup de révolver, a été trouvé pendu dans sa cellule, au moyen de la couverture de son lit.
Il n'était âgé que de 20 ans et originaire de Lambézellec.
Le Progrès du Finistère du 30.10.1909 :
En correctionnelle. 4e affaire. -- Le crime d'Ergué-Gabéric
Nos lecteurs n'ont pas oublié cette malheureuse affaire, qui a causé, principalement dans la région de Quimper, une émotion bien légitime, l'insécurité de nos campagnes devenant, de plus en plus, manifestement inquiétante.
Rappelons succinctement les faits :
Le 3 août dernier, M. René Péron, cultivateur à Kerourvois, en Ergué-Gabéric, revenait des champs, vers 3 h. 1/2 de l'après-midi, et était arrivé près de sa maison, quand son attention fut attirée par le bruit de coups de marteau, paraissant venir de l'intérieur de l'habitation. Il pressa le bas et en entrant dans la cour, il aperçut un individu debout contre la barrière placée à l'angle de la maison.
Péron s'avança vers cet homme - qui n'était autre que l'accusé Michel Le Bihan, âgé de 26 ans, originaire de Douarnenez, exerçant la profession d’ébéniste à Brest, et appartenant surtout à la fameuse bande de « l'As de Pique » - et le saisit en lui demandant ce qu'il faisait là. Le Bihan lui répondit qu'il cherchait du lait. Au même moment, un autre individu, le sieur Pouliquen sortait de la maison par la fenêtre, portant un révolver à la main et cherchait à s'échapper par la barrière. Pouliquen poussa Péron sur Le Bihan, qui s'était accroupi derrière lui pour le faire basculer et le fit tomber sur le dos. Le Bihan se releva alors, lui mit le pied sur la gorge et les deux malfaiteurs prirent la fuite.
C'est alors que Pouliquen, poursuivi par Péron, se retourna et lui tira presque à bout portant et en pleine poitrine un coup de révolver qui lui brisa la clavicule.
Les malandrins avaient été surpris avant d'avoir rien pu soustraire dans la maison ; mais l'examen des lieux montra qu'après avoir fracturé un carreau et escaladé la fenêtre, on avait fouillé deux armoires et un buffet ; la serrure de l'une des armoires avait été fracturée et l'un des panneaux défoncés.
Par la suite, Le Bihan et Pouliquen furent arrêtés à Brest et Pouliquen se suicida en prison. Le Bihan reconnut avoir participé au vol. Il est revenu, à l'instruction, sur ses précédents aveux, prétendant avoir ignoré le but que poursuivait Pouliquen, en entrant dans la maison, dont il se serait lui-même tenu éloigné.
L'information a établi de la façon la plus nette, qu'il a tout au moins fait le guet, pendant que son camarade était dans la maison Péron.
Comme Pouliquen lui-même, Le Bihan, malgré son jeune âge, est un dangereux malfaiteur, déjà condamné pour vol et qui, comme nous l'avons déjà dit, était affilié à la tristement célèbre bande brestoise de « l'As de Pique ».
C'est un petit jeune homme assez bien vêtu, borgne de l’œil gauche, très peu intimidé, et qui se défend assez bien, niant effrontément contre toute évidence.
Reconnu coupable, sans circonstances atténuantes, il est condamné à 6 années de travaux forcés et à 10 ans d'interdiction de séjour. Défenseur : Me Trémintin. Ministère public : M. le substitut Brunier.
Le Finistère du 07.08.1909 :
Ergué-Gabéric.
Deux filous dangereux - Dans l'après-midi de mardi, le sieur René Péron, cultivateur au village de Kerourven, regagnait son domicile revenant des champs, lorsqu'il aperçut sur le seuil de sa porte un jeune homme brun qui semblait faire le guet. A peine lui avait-il demandé ce qu'il faisait là, qu'un autre jeune homme, un blond celui-ci, qui était occupé à forcer une armoire, sortait de la maison par la fenêtre et tous deux s'élançaient sur Péron qu'ils terrassèrent, cherchant à l'étrangler. Ils s'en allèrent ensuite la menace aux lèvres.
Péron fit mine de les suivre ; mais à peine avait-il fait quelques mètres que l'un des deux malandrins, le brun, se retourna brusquement et tira sur lui un coup de revolver qui l'atteignit au défaut de l'épaule.
Prévenus par un jeune pâtre témoin de la scène, des voisins accoururent et l'un deux transporta le blessé à Quimper, où il reçut les soins du docteur Renault qui procéda à l'extraction de la balle. Les jours du blessé ne sont pas en danger, mais il devra conserver un assez long repos.
Quant aux deux apaches, ils avaient été vus peu de temps après sur la route de Coray. Espérons qu'ils ne tarderont pas à tomber entre les mains de la justice.
Le Finistère du 14.08.1909 :
Ergué-Gabéric.
Deux filous dangereux - Sous ce titre, nous avons raconté dans notre dernier numéro la tentative de cambriolage de la ferme de Kerourvois par deux malfaiteurs inconnus et l'agression dont fut victime le fermier René Péron, qui reçut de l'un des deux chenapans une balle de revolver au défaut de l'épaule.
Après une première enquête par la gendarmerie de Quimper, M. Lebel, chef de la brigade mobile de Nantes, avisé du drame par le parquet de Quimper, envoya immédiatement sur les lieux deux de ses meilleurs inspecteurs, MM. Chabas et Le Gall. Ceux-ci parvinrent assez facilement à se procurer le signalement des deux malandrins dont l'un portait au visage des traces de variole et était borgne de l'oeil gauche. Muni de ces renseignements, M. Le Gall, qui parle la langue bretonne, se mit en campagne et il apprenait bientôt qu'un individu répondant au signalement ci-dessus avait été vu arrivant tout essoufflé à l'embranchement de Briec, le jour même de l'agression, et qu'il avait demandé l'heure du départ du train de Brest.
A la gare de Quimper, M. Le Gall apprit par les employés que l'homme dont il donna le signalement avait bien pris le train pour Brest. M. Le Gall et son collègue firent de même, et c'est dans cette ville qu'ils retrouvèrent bientôt les deux malandrins. L'un deux, Michel Le Bihan, dit "le grêlé ", âgé de 28 ans, a reconnu sans difficulté s'être trouvé à Ergué-Gabéric, le 3 août, avec un nommé Pouliquen, mais a nié énergiquement être l'auteur du coup de revolver. Son complice, François Pouliquen, âgé de 20 ans, s'est refusé à reconnaître les faits qui lui sont reprochés.
Tous deux sont des apaches qui font partie de la bande de l' « As de Pique » et ont déjà subi de nombreuses condamnations pour vols, agressions et coups et blessures.
Ils ont été écroués dans la soirée de mardi à la prison du Bouguen.
Le Finistère du 21.08.1909 :
Ergué-Gabéric.
Un meurtrier qui se fait justice - Nous avons raconté, dans notre précédent numéro, que les auteurs de la tentative de cambriolage et de meurtre à Kerourvois au commencement de ce mois avaient été arrêtés à Brest où on les avait écroués à la prison du Bouguen.
L'un d'eux, Pouliquen, âgé de 20 ans, qui avait grièvement blessé le fermier Péron d'un coup de revolver, vient d'être trouvé pendu dans sa cellule. Son complice, Le Bihan, vient d'être transféré à Quimper.
Le Finistère du 30.10.1909 :
Audience du mercredi 27 octobre. L'affaire d'Ergué-Gabéric. Tentative de vol qualifié.
4e affaire. Le 3 août 1909, M. René Péron, cultivateur à Kerourvois, en Ergué-Gabéric, revenait des champs, vers 3h 1/2 de l'après-midi, et était arrivé près de sa maison quand son attention fut attirée par le bruit de coups de marteau paraissant venir de l'intérieur de l'habitation ; il pressa le pas et, en entrant dans la cour, il aperçut un individu debout contre la barrière placée à l'angle de la maison.
M. Péron s'avança vers cet homme, qui n'était autre que l'accusé Le Bihan, et le saisit en lui demandant ce qu'il faisait là ; Le Bihan répondit qu'il cherchait du lait. au même moment, un autre individu, le nommé Pouliquen, sortait de la maison par la fenêtre, portant un revolver à la main, et cherchait à s'échapper par la barrière. M. Péron le saisit à son tour, mais les deux hommes se dégagèrent ; Pouliquen poussa M. Péron sur Le Bihan qui s'était accroupi derrière lui pour le faire basculer, et le fit tomber sur le dos. Le Bihan se releva, lui mit le pied sur la gorge. Pouliquen, poursuivi par M. Péron, se retourna et tira sur lui, presqu'à bout portant, un coup de revolver qui lui brisa la clavicule.
Les malfaiteurs avaient été surpris avant d'avoir rien pu soustraire dans la maison ; mais l'examen des lieux montra qu'après avoir brisé un carreau et escaladé la fenêtre, on avait fouillé deux armoires et un buffet ; la serrure de l'une des armoires avait été fracturée et l'un des panneaux défoncé.
Le Bihan et Pouliquen furent arrêtés à Brest. Pouliquen se suicida en prison. Le Bihan reconnut avoir participé au vol, mais il revint, à l'instruction, sur ses précédents aveux, prétendant avoir ignoré le but que poursuivait Pouliquen en entrant dans la maison, dont il se serait lui-même tenu éloigné.
L'information établit de la façon la plus nette qu'il a tout au moins fait le guet pendant que son camarade était dans la maison Péron.
Comme Pouliquen lui-même, Michel Le Gall, qui est âgé de 26 ans et se dit ébéniste à Brest, est un malfaiteur dangereux, déjà condamné pour vol, affilié à une bande de repris de justice, appelée la bande de « l'as de Pique ».
L'accusation est soutenue par M. le substitut Brunier. Me Trémintin présente la défense de Le Bihan. Le jury rapporte un verdict affirmatif sur toutes les questions, sans circonstances atténuantes. En conséquence, Le Bihan est condamné à 6 ans de travaux forcés et 10 ans d'interdiction de séjour.
Sources documentaires
- Base Bagne des Archives d'outre-mer
- Journaux
Annotations
- ↑ La Dépêche de Brest est lancée le 18 novembre 1886 avec des moyens très limités et succède à l’Union Républicaine du Finistère créée 10 ans plus tôt. Quotidien, il sera même biquotidien durant des périodes d’actualité forte, comme lors de la première guerre mondiale, avec une édition du matin et une édition du soir. Installé rue Jean Macé à Brest (à l’époque rue de la rampe), à l’emplacement des locaux actuels du Télégramme, La Dépêche de Brest poursuivit son évolution jusqu’au 17 août 1944. Ce jour là, en application de la nouvelle réglementation de la Libération, les biens de la Dépêche furent mis sous séquestre. L’ensemble du matériel est alors loué au Télégramme, nouveau titre autorisé par le Comité régional de l’information.
- ↑ L'hebdomadaire « Le Progrès du Finistère », journal catholique de combat, est fondé en 1907 à Quimper par l'abbé François Cornou qui en assurera la direction jusqu'à sa mort en 1930. Ce dernier, qui signe tantôt de son nom F. Cornou, tantôt de son pseudonyme F. Goyen, ardent et habile polémiste, doté d'une vaste culture littéraire et scientifique, se verra aussi confier par l'évêque la « Semaine Religieuse de Quimper ».
- ↑ « Le Finistère » : journal politique républicain fondé en 1872 par Louis Hémon, bi-hebdomadaire, puis hebdomadaire avec quelques articles en breton. Louis Hémon est un homme politique français né le 21 février 1844 à Quimper (Finistère) et décédé le 4 mars 1914 à Paris. Fils d'un professeur du collège de Quimper, il devient avocat et se lance dans la politique. Battu aux élections de 1871, il est élu député républicain du Finistère, dans l'arrondissement de Quimper, en 1876. Il est constamment réélu, sauf en 1885, où le scrutin de liste lui est fatal, la liste républicaine n'ayant eu aucun élu dans le Finistère. En 1912, il est élu sénateur et meurt en fonctions en 1914.
- ↑ Information et document communiqués par Pierrick Chuto, passionné d'histoire régionale, auteur de nombreux articles (Le Lien du CGF, La Gazette d'Histoire-Genealogie.com ... ) et de livres sur les pays de Quimper et du Pays bigouden. Tous ces livres sont disponibles sur http://www.chuto.fr (paiement CB possible) ou en librairie. [Ses publications]
Livre paru en 2010 : « Le maître de Guengat, "Mestr Gwengad" » (Auguste Chuto né en 1808, propriétaire-cultivateur, meunier et maire). « La terre aux sabots, "Douar ar boutoù-koad" » (Louis-Marie Thomas cultivateur à Plonéis en Basse-Bretagne de 1788 à 1840) est publié en mars 2012. « Les exposés de Creac'h-Euzen - Les enfants trouvés de l'hospice de Quimper au 19e siècle » (le tour de l’hospice civil et les 3816 enfants exposés entre 1803 et 1861, réédité et enrichi en 2019) est sorti en octobre 2013 et réédité fin 2019. « IIIe République et Taolennoù, tome I, 1ère époque 1880-1905 » (l'histoire d'Auguste Chuto prédicateur de Penhars) en février 2016. Le tome 2 de la confrontation des Cléricaux et des laïcs en Cornouaille, « Auguste, un blanc contre les diables rouges (1906-1925) » sort en 2018, et en 2019 c'est le pays bigouden qui est à l'honneur : « Du REUZ en Bigoudénie, Blancs de Plobannalec et Rouges de Lesconil (1892-1938) ». En 2021 : « Bien-aimée Marie-Anne » (belles lettres d'amour de son arrière-grand-père à sa promise). En 2023 : « L'évêque et les danses Kof ha Kof » (l’évêque de Quimper et de Léon de 1908 à 1946 en lutte contre les danses "ventre à ventre"). - ↑ Arrestations de 1908 : cf. étude de Patrick Milan sur le site https://www.retro29.fr/1908-apaches-bande-as-pique
- ↑ Naissance - 08/01/1883 - Douarnenez : LE BIHAN Michel, fils de Yves Joseph, Soudeur, âgé de 28 ans et de Marie Corentine COLIN, Ménagère , âgée de 20 ans, Témoins : laurent le bihan, 26 ans et charles le gall, 50 ans, marins. Mentions marginales : épouse marie bernadette Paul le 15/03/1909 à brest / + 10/10/1958 la tronche (38).
