L'histoire de Kenavo le petit chat nourricier d'Ergué-Gabéric, La Gazette et autres journaux 1888

De GrandTerrier

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Une histoire de chat et de mise en nourrice dans une famille gabéricoise, racontée par la grande journaliste Valentine Vattier d'Ambroyse.

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Sources : journaux nationaux de la Gazette de France, du Rappel, de la France et du Parisien ; repris dans un entrefilet du quotidien local Le Finistère.

Autres lectures : « 1812 - Enfant gardé chez une nourrice sur la commune du Grand Terrier » ¤ « Les séjours et décès de Jean-Marie Déguignet à l'hospice de Quimper » ¤ « 1845 - Action municipale pour l'envoi d'une mendiante à l'hospice » ¤ 

Présentation

Les premiers journaux qui ont publié cette histoire fin septembre 1888 sont les quotidiens nationaux « Le Rappel » [1] et « La Gazette de France » [2]. Dans ce dernier l'article est signé Simon Boubée (chroniqueur de La Gazette) et cite explicitement la source de son information : c'est une lettre envoyée par Mme Vattier d'Ambroyse, journaliste et écrivaine qui a eu «  l'idée de communiquer à la presse française plusieurs faits fort honorables pour l'espèce féline ».

Les articles ont été repris ensuite dans les journaux « La France » (éditions nationale et régionale) « Le Parisien, et ensuite cinq jours plus tard dans le quotidien du journal « Le Finistère » [3].

Valentine Vattier d'Ambroyse est une femme de lettres, une auteure prolifique pour la jeunesse et les familles et une défenseuse de la reconnaissance du travail des femmes. Elle est la première femme journaliste à avoir intégré l’association des journalistes parisiens. En sus de sa collaboration à de nombreux journaux, elle a écrit et publié des romans et nouvelles, des études historiques et sociales, et six gros volumes sur le littoral français.

Nathalie "Valentine" Basély est née à Brest en 1837 d'un père menuisier-ébéniste qui s'installe à Quimper en 1839. Elle épousera en 1857 un imprimeur nommé Pierre Amand Etienne Vattier d'Ambroyse. La mère de Valentine est Catherine Robique, née au bourg d'Ergué-Gabéric, d'un père sabotier, ce qui explique qu'elle connaît bien cette commune.

Et l'on comprend donc cette phrase du journaliste de La Gazette : « ça s'est passé dans l'enfance de la narratrice dont la famille habitait Quimper ». Et le point de départ de l'histoire : « À grand regret, un petit frère avait été mis en nourrice, à six kilomètres de là, en un endroit nommé Erqué-Gaberic. ». À cette époque les nourrices gabéricoises sont d'ailleurs très réputées dans la région de Quimper, car l'air y était certainement moins pollué que dans la grande ville voisine.

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Au bout d'un an environ, la mère put aller le reprendre : «  Mais, pénétré du principe : Ubi lac, ibi mater [4], l'enfant opposa de la résistance. Il fallut transiger. L'accord se fit sur ces bases : Kenavo, compagnon des jeux du baby, s'en ira avec lui. » Et bien sûr le dénommé Kenavo [5] est un chat dont la présence rassure le petit marmot.

L'animal fit le voyage vers Quimper en charaban en compagnie du petit garçon et sa famille, enfermé au fond d'un panier : « Le panier était couvert et Kenavo ne vit rien de la route tout le long de laquelle il ne cessa d'exhaler sa plainte ».

Et le lendemain le petit chat put s'enfuir de la maison de ville. On en eut la première nouvelle par les appels et les sanglots de l'enfant : « Kenavo ! où est Kenavo ? ». Valentine Vattier d'Ambroyse précise avec son regard de grande soeur : « Comme très certainement il lui avait été impossible de sortir de chez nous avant sept heures, trois heures lui avaient suffi pour reconnaître un chemin que jamais ses pattes n'avaient foulé et faire un trajet de six bons kilomètres. »

Transcriptions

Version La Gazette de France :

Chiens et chats

Je commence à trop connaître les hommes pour ne pas aimer beaucoup les chiens.

Cependant, je trouve qu'on est un peu injuste lorsqu'on oppose leur bonne nature à la nature des chats. Les chats ont du bon et M. Vacquerie nous racontait tout récemment, dans un charmant article du Rappel, les exploits d'une chatte qu'il possède et qui est digne de figurer dans la galerie des animaux illustres.

C'est cet article qui a donné à Mme Vattier d'Ambroyse l'idée de communiquer à la presse française plusieurs faits fort honorables pour l'espèce féline.

Le premier, relatif à l'instinct de retour, s'est passé dans l'enfance de la narratrice dont la famille habitait Quimper. A grand regret, un petit frère avait été mis en nourrice, à six kilomètres de là, en un endroit nommé Erqué-Gaberic. Au bout d'un an environ, la mère put aller le reprendre. Mais, pénétré du principe : Ubi lac, ibi mater, l'enfant opposa de la résistance. Il fallut transiger. L'accord se fit sur ces bases : Kenavo, compagnon des jeux du baby, s'en ira avec lui.

On se passa de l'assentiment de Kenavo qui fut fourré dans un panier. Ai-je dit que Kenavo était un jeune chat ? Le panier était couvert et Kenavo ne vit rien de la route tout le long de laquelle il ne cessa d'exhaler sa plainte. Il était aussi très solide et sa résistance fut mise à une rude épreuve. Le voyageur malgré lui ne fut déballé qu'à Quimper dans l'appartement de ses nouveaux maîtres, dont il se mit aussitôt à faire le tour y déployant toute la circonspection catine, s'effarouchant dès qu'on voulait le prendre. Cependant, réfugié près de son petit camarade, de son pays, il ne tarda pas à se tranquilliser, entra en jeu avec lui, et consentit enfin à s'établir pour la nuit sur un petit tabouret près du lit de l'enfant. Le voici donc apprivoisé, acclimaté. On était aux anges.

Le lendemain matin, il avait décampé.

On en eut la première nouvelle par les appels et les sanglots de l'enfant : « Kenavo ! où est Kenavo ? »

Kenavo courait sur la route d'Erqué-Gaberic, où il arriva avant dix heures, ce qu'au premier jour du marché on apprit de la nourrice venue pour voir son nourrisson.

« Or, comme très certainement — écrit Mme Vattier d'Ambroyse — il lui avait été impossible de sortir de chez nous avant sept heures, trois heures lui avaient suffi pour reconnaître un chemin que jamais ses pattes n'avaient foulé et faire un trajet de six bons kilomètres. »

SIMON BOUBÉE.

Version Le Finistère

« PETITE CHRONIQUE

LE CHAT d'ERGUÉ-GABÉRIC.

Les histoires de chats sont à la mode et MM. Vacquerie [6] et Meunier [7] s'en font volontiers, au Rappel [1], les éditeurs. M. Vacquerie [6] parle de sa chatte et des chats des autres. Aujourd'hui ces derniers occupent la scène :

« Voici un fait relatif à l'instinct de retour. À grand regret, un petit enfant avait été mis en nourrice, à six kilomètres de Quimper, en un endroit nommé Ergué-Gabéric. Au bout d'un an environ, la mère put aller le reprendre. Mais pénétré du principe : Ubi lac, ibi mater [8], l'enfant opposa de la résistance. Il fallut transiger.

L'accord se fit sur ces bases : Kenavo, compagnon des jeux du baby, s'en ira avec lui. On se passa de l'assentiment de Kenavo qui fut fourré dans un panier. Ai-je dit que Kenavo était un jeune chat ? Le panier était couvert et Kenavo ne vit rien de la route tout le long de laquelle il ne cessa d'exhaler sa plainte. Il était aussi très solide et sa résistance fut mise à une rude épreuve. Le voyageur malgré lui ne fut déballé qu'à Quimper, dans l'appartement de ses nouveaux maîtres dont il se mit aussitôt à faire le tour, y déployant toute la circonspection caline, s'effarouchant dès qu'on voulait le prendre. Cependant, réfugié près de son petit camarade, de son pays, il ne tarda pas à se tranquilliser, entra en jeu avec lui, et consentit enfin à s'établir pour la nuit sur un petit tabouret près du lit de l'enfant. Le voici donc acclimaté, apprivoisé. On était aux anges.

Le lendemain matin, il avait décampé.

On en eut la première nouvelle par les appels et sanglots de l'enfant : "Kenavo ! Où est Kenavo ?".

Kenavo courait sur la route d'Ergué-Gabéric, où il arriva avant dix heures ; ce qu'au premier jour de marché qu'on l'apprit de la nourrice, venue pour voir son nourrisson.

Or, comme très certainement il lui avait été impossible de sortir avant sept heures, trois heures lui avait suffi pour reconnaître un chemin que jamais ses pattes n'avaient foulé et faire un trajet de six bons kilomètres ».

Coupures de presse

Annotations

  1. 1,0 et 1,1 Le Rappel était un quotidien français, fondé le 4 mai 1869 à la fin du Second Empire, et qui parut jusqu'en 1933. Au début de la Troisième République, il incarnait une tendance radicale-républicaine. Le journal, qui profitait de la loi du 11 mai 1868 sur la presse, fut fondé par les républicains Victor Hugo, Henri Rochefort, Paul Meurice et d'autres, à la veille des élections générales.
  2. La Gazette est un périodique créé en 1631 avec l'appui de Richelieu par Théophraste Renaudot, médecin de Louis XIII. Disparu en 1915, c’était un des plus anciens journaux publiés en France.
  3. Le Finistère : journal politique républicain fondé en 1872 par Louis Hémon, bi-hebdomadaire, puis hebdomadaire avec quelques articles en breton. Louis Hémon est un homme politique français né le 21 février 1844 à Quimper (Finistère) et décédé le 4 mars 1914 à Paris. Fils d'un professeur du collège de Quimper, il devient avocat et se lance dans la politique. Battu aux élections de 1871, il est élu député républicain du Finistère, dans l'arrondissement de Quimper, en 1876. Il est constamment réélu, sauf en 1885, où le scrutin de liste lui est fatal, la liste républicaine n'ayant eu aucun élu dans le Finistère. En 1912, il est élu sénateur et meurt en fonctions en 1914.
  4. L'expression latine **« Ubi lac, ibi mater »** se traduit littéralement par : « Là où est le lait, là est la mère ».
  5. Kenavo  : de Ken ("jusqu'à ce que") et a vo ("ce sera") ; était suivi autrefois d'un autre terme comme ar wech all, "la prochaine fois". En breton moderne l'expression est utilisée pour dire au-revoir.
  6. 6,0 et 6,1 Auguste Vacquerie est né à Villequier en 1819 ; il fait très jeune la connaissance de Victor Hugo, dont la fille Léopoldine épousera plus tard son frère Charles et dont il est un admirateur passionné. Poète lui aussi, il reste fidèle à l'idéal romantique ; il est aussi l'auteur de drames et de recueils de souvenirs. Dans les années 1869-70, alors qu'il écrit pour le journal Le Rappel, dont il est rédacteur-fondateur, il se brouille avec Zola. Il meurt à Paris en 1895.
  7. Amédée-Victor Meunier, publiciste français, né à Paris en 1817. Il débuta comme journaliste scientifique, dirigea le « Dictionnaire élémentaire d’histoire naturelle » (1842), puis la « Revue synthétique », et divers livres sur les animaux d'autrefois. Il collabora à divers journaux politiques commeLe Rappel.
  8. L'expression latine **« Ubi lac, ibi mater »** se traduit littéralement par : « Là où est le lait, là est la mère ».



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Thème de l'article : Coupures de presse relatant l'histoire et la mémoire d'Ergué-Gabéric Création : Décembre 2012    Màj : 6.05.2026