1911 - Pétition des électeurs pour le maintien d'une religieuse du St-Esprit

De GrandTerrier

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Six ans après la loi de la Séparation des Églises et de l'Etat, une initiative locale pour la protection d'une religieuse toujours menacée d'expulsion.

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Présentation

Documents conservés aux Archives Départementales du Finistère, sous la côte ADF 1 V 1220, et comportant deux brouillons de lettre du préfet en accompagnement d'une pétition de 5 pages et 193 noms pour le maintien d'une religieuse à Ergué-Gabéric.

Les protagonistes de cette affaire sont :

  • Joseph Chaleil [1], préfet de Finistère de 1910 à 1913 et ancien député de Corse.
  • Louis Hémon [2], député du Finistère de 1876 à 1914 (avec une interruption de 1885 à 1889).
  • Louis Le Roux, maire d'Ergué-Gabéric de 1906 à 1925.
  • Les électeurs d'Ergué-Gabéric. Ils sont 193 citoyens à apposer leur signature ou prêter leur nom.
  • La religieuse de la Congrégation du St-Esprit, en poste à l'école privée Notre-Dame de Kerdévot. Bien que son nom ne soit pas cité, il est plus que probable qu'il s'agisse de Soeur Félicienne [3], qui en 1902 avait été démise de ses fonctions lors de l'interdiction de la congrégation [4], et qui restera en poste à l'école privée jusqu'en 1934.

Certes il n'est pas surprenant que Louis Le Roux, maire conservateur, soit l'initiateur d'une telle pétition. En 1908, lors de l'installation du nouveau vicaire, l'aumônier relevait les liens étroits entre la municipalité et l'église : « Ce n'est pas à Ergué-Gabéric qu'on trouvera, de longtemps, la séparation de l'Église et de l'État ... ». Plus étonnant est qu'un député républicain fasse pression sur le préfet pour la réintégration de la religieuse. En fait, tout en dénonçant l'emprise du cléricalisme, et attaché au Concordat, car le budget des cultes assurait l'égalité entre pauvres et riche, Louis Hémon vota contre la Séparation des Églises et de l'État et défendit ici le maintien en place de la sœur blanche d'Ergué-Gabéric.

Quant au préfet [1], il dut obtempérer, sans doute à contre cœur. Et il garda une dent contre le maire qui selon lui : « Le maire M. Le Roux est un paysan manquant de franchise. Après avoir sollicité l'intervention de M. Hémon auprès de l'Administration pour des affaires concernant sa commune, il a voté et fait voter contre la liste des candidats républicains au Sénat » [5].

Sœur Félicienne

Transcription

Notes du préfet [1], brouillon de deux lettres, l'une au député Louis Hémon [2], l'autre à Louis Le Roux, maire d'Ergué-Gabéric :

Préfecture du Finistère. 1er Bureau. 1ère Division. Objet : Filles du St Esprit.

Minute rédigée par M. M., le 13 décembre 1911.

M. Hémon [2], Député du Finistère.

Vous avez bien voulu m'adresser une pétition d'habitants d'Ergué-Gabéric réclament le maintien de la sœur du Saint-Esprit en résidence dans cette commune.

En vous en accusant réception, j'ai l'honneur de vous faire connaître que je causerai de cette question avec M. le Maire d'Ergué-Gabéric.

Agréez ...


Maire d'Ergué-Gabéric

Je désire vous entretenir de la sœur du Saint-Esprit en résidence à Ergué-Gabéric.

Je vous prie de vouloir bien venir me voir, dès que vous aurez un moment.

Le Préfet [1].

Pétition, p. 1 :

Ergué-Gabéric le 30 septembre 1911

Monsieur le Député

Voyant, avec indignation, que Monsieur le Préfet, par l'intermédiaire de Monsieur le Commissaire spécial de Quimper et contre toute équité, ordonne à l'unique sœur du Saint-Esprit qui nous reste, de quitter la commune, nous avons recours à votre haute influence et à votre bienveillance, et vous prions de vouloir bien intervenir auprès de l'autorité compétente, afin que cette religieuse dont la mission est de se rendre auprès des malades pauvres, puisse continuer dans notre commune son ministère de charité.

Dans l'espoir que vous aurez la bonté de vous intéresser à notre cause, veuillez agréer, Monsieur le Député, avec nos remerciements anticipés, l'assurance du plus profond respect des électeurs d'Ergué-Gabéric dont les noms suivent :

Pétition, p. 2 :

Pétition, p. 3 :

Pétition, p. 4 :

Pétition, p. 5 :

Document

Annotations

  1. 1,0 1,1 1,2 et 1,3 Joseph Chaleil, né en 1865 à Montpellier, décédé en 1920 à Versailles. Député de la Corse de 1904 à 1906. Nommé préfet de la Corse en 1906, il devint préfet de l'Allier en 1909, du Finistère en 1910, de la Dordogne en 1913, de la Saône-et-Loire en 1914 et de la Seine-et-Oise en 1919.
  2. 2,0 2,1 et 2,2 Louis Hémon (1855-1914) est, dans le Finistère, le représentant de la génération des fondateurs de la République. Fils d'un professeur du collège de cette ville, se fit inscrire au barreau de Quimper, fonda le premier journal républicain du département, le Finistère, et, bien que dispensé du service militaire, prit part à la défense de Paris dans un bataillon de mobiles bretons. Député républicain du Finistère de 1876 à 1885 et de 1889 à 1912. Sénateur du Finistère de 1912 à 1914.
  3. Jeanne Marie Le Gall, en religion sœur Marie Félicienne, née le 22 avril 1853, fille de Charles et de Marie Le Vasseur. Nommée religieuse à l'ouverture de l'école ND de Kerdévot en 1898. En place comme supérieure jusqu'en 1934, décédée en 1949 à Ste-Anne d'Auray.
  4. Voir documents « Témoignage de JM Déguignet sur la fermeture de l'école ND de Kerdévot » et « 1902 - Documents sur la fermeture de l'école Notre-Dame de Kerdévot »
  5. Article « 1912 - Fiche préfectorale de renseignements sur une commune réactionnaire ».



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Thème de l'article : Document d'archives sur le passé d'Ergué-Gabéric. Création : Mars 2011    Màj : 6.06.2024