1557 - Aveu pour le village de Quillihouarn au seigneur évèque de chefrente
Déclaration de terres et des rentes associées au seigneur cardinal et évêque de Cornouaille par les trois tenanciers du village de Quillihouarn / Kerlihouarn.
Source : document 1 G 134 conservé aux Archives Départementales du Finistère.
Autres lectures : « Espace Régaires/Domaine féodal épiscopal » ¤ « 1682 - Possessions gabéricoises du seigneur de Coëtlogon, évêque de Quimper » ¤ « 1464-1471 - Dixmes et comptes du temporel de l'évêché de Cornouaille » ¤ « HÉVIN Pierre - Matières féodales et coustume de Bretagne » ¤ « Quillihouarn, Kerlihouarn » ¤
Présentation
Ce document de 1557 étant en très bon état et numérisé en haute définition par les Archives départementales du Finistère, on ne s'est pas privé de le soumettre à plusieurs agents conversationnels d'intelligence artificielle. Tous, ou presque, ont répondu par ce constat : « La transcription intégrale d'un acte notarié aussi ancien est un travail d'expertise qui demande du temps, car l'écriture (une cursive gothique tardive, dite "bâtarde") comporte de nombreuses abréviations et ligatures complexes. »
Par contre les notes au recto de l'acte n'ont pas posé de problèmes, car rédigées vraisemblablement au XIXe siècle par un archiviste formé aux difficultés de la paléographie et qui résume les points essentiels de l'aveu en question.
Aussi armé de cette première lecture, on a numéroté les 67 lignes de l'aveu [1] et transcrit les passages lisibles, afin de dégager des infos complémentaires sur les protagonistes et sur les incidences en terme de droit local féodal :
- Les familles roturières Le Berre et consorts qui exploitent les différentes fermes du village « entier » de Quillihouarn (orthographié Kerlihouarn) déclarent aux deux notaires Le Page et Daniel leurs exploitations agricoles et les rentes féodales dues au seigneur propriétaire foncier : Alain, Hervé, Guyon, Adelice Le Berre et Catherine Quéré.
- Les rentes payées annuellement au seigneur, dites chefrentes [2], sont notées individuellement et détaillés en argent (35 sols au total) et en nature, c'est-à-dire en poules ou « gélines » (2 au total) et en céréales : 12 « quartes » [3] de froment et 2 « renées » [4] d'avoine, la quarte valant 2 litres et la renée environ 9 litres.
- Une dîme épiscopale [5] est également notée dans les notes de l'archiviste (nous n'avons pas réussi à repérer ce passage dans le documents d'origine) : elle est due en « bleds » (blé) et à « la 15e gerbe ».
- Le nom de l'évêque administrateur n'est pas cité par l'archiviste, mais dans le document originale il est nommé expressément « cardinal de Sermonette »[6]. En effet à cette époque, entre 1546 et 1561 il n'y aura pas d'évêque présents à Quimper : les pouvoirs administratifs de l'evéché sont donnés à des cardinaux exerçant à Rome, lesquels se bornent à percevoir les revenus ; en 1557 l'évèque-administrateur de Cornouaille est le cardinal est Nicolas Cajetan de Sermonette (1526-1585).
- Dans l'aveu toutes les dépendances du villages du Quillihouarn sont listées, notamment les « parcs » (champ en breton), c'est-à-dire des parcelles avec la mention de leurs noms en breton, leurs surfaces en « journaux » et de leur nature de terres « chaudes » (cultivées) ou « froides » (pauvres, en friche).
- Depuis les aveux du XVe siècle, le village de Quillihouarn, ainsi que de nombreux lieux-dits de la paroisse d'Ergué-Gabéric, restera pendant longtemps sous la coupe du seigneur-évèque de Cornouaille. En 1682 la liste des dépendances constituant le domaine épiscopal est inchangée : Cleuziou, Kerelan, Salle-verte, Kermorvan, Keronguéau, Crech-Ergué, St-André (Cutullic), Coat Piriou et Quillihouarn.
Transcription
Document original (recto)
24 avril 1557
01 Devant nous Jehan Le Page et Pierre Damiel, notaires et tabellions de la cour de ...
02 ... ont comparus Alain Le Berre, Hervé Le Berre, Alain et Guillaume Guyon
03 ... Adelice Le Berre veuffve de feu Jehan Daniel ... faisant au profit
04 ... aux noms desquels Le Berre confesse ...de sa cour et
05 juridiction ... Jean Le Grannec et Philippe Penarun faisant
06 pour eux Philippe Le Goff ... advouent ... par ces présentes ...
07 ... pour tenir ferme et accomplir et ont ... Hervé Le Berre
08 faisant tant pour ... Catherine et Marie Penanrun enfants mineurs de feux ...
09 ... demeurant au villaige de Kerlihouarn en la paroisse de d'Erguegaberic ...
10 ... en fief de sa cour...
Feuille de relevé (verso) :
24 avril 1557
Ergué Gabéric Quilihouarn 1557
Aveu d'Alain, Hervé, Guyon Le Berre, Adelice Le Berre veuve Jean Daniel, ledit Alain faisant aussi pour Alain et Guillaume Le Berre enfants mineurs de feu Guillaume, Catherine Le Quéré veuve Guyon Penanrun tutrice de ses enfants, et ledit Hervé faisant pour Guillaume, Catherine et Marie Penanrun enfants mineurs de Jean Penanrun ;
Du village entier de Kerlechouarn chargé au seigneur évêque de chefrente.
Sçavoir
Ledit Alain Le Berre et consorts de 12 sols monoie [9], 3 quartes [3] froment, une demie rênée [4] comble [10] avoine et une demie poule.
Ledit Hervé et ses consorts 9 sols monoie [9], trois quartes [3] de froment, une demie rênée [4]comble [10] avoine et une demie poule.
Et la dite Catherine Quéré et ses consorts 19 sols monoie [9], six quartes [3] froment, une rénée [4] comble [10] avoine et une géline [11].
Et pour devoir de dixme [5] de bleds qu'ils cultivent audit lieu la 15e gerbe, le tout au Seigneur Évêque.
Total de la chefrente [2] argent 35 sols monoie [9], froment 12 cartes [3], avoine 2 rénées [4]comble, poule et geline [11] deux.
En fief proche et franc regalle sellon la nature du fief.
NB : A priori le relevé ci-dessus a été effectué par un conservateur ou copiste au XVIIe ou XIXe siècle.
Originaux
- Document ADF 1 G 134
Annotations
- ↑ Aveu, s.m. : déclaration écrite fournie par le vassal à son suzerain lorsqu’il entre en possession d’un fief, à l'occasion d'un achat, d'une succession ou rachat. L’aveu est accompagné d’un dénombrement ou minu décrivant en détail les biens composant le fief. La description fourni dans l'aveu indique le détail des terres ou tenues possédées par le vassal : le village dans lequel se situe la tenue, le nom du fermier exploitant le domaine congéable, le montant de la rente annuelle (cens, chefrente, francfief) due par le fermier composée généralement de mesures de grains, d'un certain nombre de bêtes (chapons, moutons) et d'une somme d'argent, les autres devoirs attachées à la tenue : corvées, obligation de cuire au four seigneurial et de moudre son grain au moulin seigneurial, la superficie des terres froides et chaudes de la tenue. Source : histoiresdeserieb.free.fr. [Terme] [Lexique]
- ↑ 2,0 et 2,1 Chefrente, s.f. : rente perpétuelle payable en argent ou en nature au seigneur suzerain par le détenteur d'un héritage noble. La chefrente était en principe immuable (Yeurch, histoire-bretonne). [Terme] [Lexique]
- ↑ 3,0 3,1 3,2 3,3 et 3,4 Quarte, s.f. : ancienne mesure de capacité valant quatre chopines, soit environ deux litres ; forme féminine substantivée de quart ; source Dict. de l'Académie Française. [Terme] [Lexique]
- ↑ 4,0 4,1 4,2 4,3 et 4,4 Renée, s.f. : mesure de matière sèche ; se rencontre encore au XVIIIe siècle dans des textes de Bretagne, s'est conservé dans le Finistère avec le sens de mesure pour les blés : renée dont le vingt et quatre font le tonneau (1732, Baronie du Pont, Arch. Finist.) ; source : Dict. Godefroy 1880. En région quimpéroise la mesure est surtout utilisée dans les aveux des XVe et XVI siècles ; source GT. [Terme] [Lexique]
- ↑ 5,0 et 5,1 Dîme, dixme, s.f. : impôt sur les récoltes, de fraction variable, parfois le dixième, devant revenir au Clergé, prélevé pour l'entretien des prêtres et des bâtiments et les œuvres d'assistance. Son taux, théoriquement d'1/10ème, est généralement inférieur ; il est fréquemment proche d'1/30ème dans notre région (source : glossaire des cahiers de doléances AD29), ou d'1/15ème ("à la quinzième gerbe") lorsque le prélèvement est dû aux Régaires de Quimper. La dîme ne doit pas être confondue avec le Dixième et les Décimes. [Terme] [Lexique]
- ↑ 6,0 et 6,1 L'évêque en titre est le cardinal de Sermonette, prélat italien, administrateur en "commende" de l’évêché de Cornouaille : bio incluse dans la Vie des Saints d'Albert Le Grand et de Guy Autret. Pour mémoire l'agent conversationnel Gemini, sollicité en janvier 26, transcrit ce passage en y croyant lire "Cardinal de Bourbon" : Fichier:Quilihouarn1557TranscriptionGemini280126.txt
- ↑ 7,0 7,1 7,2 7,3 7,4 7,5 et 7,6 Terres chaudes, s.f.pl. : terres cultivables, par opposition aux terres froides ; exploitées en rotation triennale, soit blé noir, seigle, avoine (Jean Le Tallec 1994). [Terme] [Lexique]
- ↑ 8,0 8,1 8,2 8,3 et 8,4 Terres froides, s.f.pl. : terres pauvres mises en culture de loin en loin parfois après un brulis, par opposition aux terres chaudes; les terres froides prennent le reste du temps la forme de landes qui servent de pâturage d'appoint, et fournissent divers végétaux utiles : bruyères et fougères pour la litière, ajoncs pour la nourriture des chevaux, genets pour la couverture de la toiture (Jean Le Tallec 1994). [Terme] [Lexique]
- ↑ 9,0 9,1 9,2 et 9,3 Monoie, Monnoye, adj : un sol monoie désigne une petite pièce de monnaie faite de billons, c'est-à-dire de cuivre, tenant un peu d'argent, mais plus ou moins, suivant les lieux (Encyclopédie Diderot). Existence de « livres monnoie » et de « deniers monnoye » à signaler également, en complément des livres tournois qui deviendront l'unique monnaie de compte en 1667. [Terme] [Lexique]
- ↑ 10,0 10,1 et 10,2 Comble, s.f. et adj. : mesure de capacité pour les grains, probablement la mine comble, c'est-à-dire 6 boisseaux ; source : Dictionnaire Godefroy 1880. En région quimpéroise le terme comble est plutôt donné comme équivalent d'un grand boisseau comble, par opposition à un simple boisseau ras. Soit précisément 67 litres pour le froment, 82 pour le seigle, et 80 pour l'avoine [¤source : Document GT de 1807]. La comble se distincte de la raze ; le terme est utilisé aussi comme adjectif pour préciser que la hauteur en son milieu dépasse le bord de récipient de mesure, par opposition à l'adjectif "rase". [Terme] [Lexique]
- ↑ 11,0 et 11,1 Géline, s.f. : poule (dict. Godefroy 1880). Utilisée comme moyen de paiement de rentes ou redevances. [Terme] [Lexique]
