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Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

Un article de GrandTerrier.

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Chaque semaine, un nouveau billet annonçant un ou plusieurs articles sur le site GrandTerrier.

Une compilation des billets est publiée en fin de trimestre sous la forme des chroniques du Bulletin Kannadig.

Anciens billets hebdos : [Actualité, archives]

Les anciennes affichettes : [Accroches à la une]

Modifications d'articles : [Journal des MàJs]


Sommaire

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1 Déguignet aka Duguines, engagé volontaire

03.12.2022 - Au départ de la présente analyse, il y a un article écrit par Thierry Nédélec en septembre dernier dans le bulletin « Le Lien » du Club Généalogique du Finistère : « Jean-Marie Déguignet et les engagés volontaires de Quimper en 1854 ».

Ce travail d'investigation est basé sur les registres de recrutement conservés et numérisés par les Archives municipales de Quimper (1 H QUI 55) :

Image:Space.jpgLe paysan bas-breton de 20 ans qui a vécu son enfance à Ergué-Gabéric, Jean-Marie Déguignet, en fait partie (folio 218).

Image:Space.jpgIl raconte les circonstances de son engagement dans ses mémoires (version de la Revue de Paris en 1904 et celle d'An Here en 2001).

Image:Space.jpgLe soldat qui l'accompagne et l'aide dans ses démarches, Jean Ambroise Robique, fils de sabotier au bourg d'Ergué-Gabéric, remplit le même registre 27 ans plus tôt (1827, 1 H QUI 51).

Image:Space.jpgLe même jour, un autre jeune gabéricois, Jean-Marie Quiniou agriculteur à Kervoreden, est recruté aussi le même jour, le 23 août, mais aura moins de chance car il décédera à l'hôpital militaire de Perpignan en 1857.

Image:Space.jpgLes autres engagés, âgés de 17 à 30 ans, sont originaires de la région de Quimper-Chateaulin, avec des affectations diverses et des retours au pays pour les 3/4 d'entre eux.

Image:Space.jpgLes généalogies ascendantes et descendantes de Jean-Marie Déguignet sont détaillées en fin d'article.

Le nom d'engagement de Jean-Marie Déguignet porté sur le registre est « Duguines », patronyme recopié de l'acte de naissance qu'il a produit. Du fait de cette erreur de transcription en 1834, le soldat sera appelé de cette façon pendant toute sa carrière militaire. Ainsi il raconte dans ses Mémoires lors de sa montée en grade : « Soldats, tambours et clairons de la 6e compagnie, vous reconnaîtrez pour votre caporal le nommé Duguines, ici présent, et vous lui obéirez ». Et la fin signature du dernier cahier de ses mémoires est « Duguines - Déguignet ».

Pour bénéficier d'un contrat d'engagement de sept ans, outre son âge (plus de 18 ans), son statut de célibataire et la fourniture d'un certificat de « bonnes vie et mœurs», le candidat Duguines a dû remplir une autre condition plus difficile, la taille réglementaire : « On me saisit par le bras pour me mener sous la toise; je savais bien que je n'avais pas la taille, et je pensais qu'on allait me refuser du premier coup. Mais non, au contraire, on me dit que je ferais un très bon soldat. ».

 

À cette époque pour être incorporé, la taille minimale est de 1,56 m, et son registre indique un centimètre au-dessus : « un mètre 570 millimètres ». Et, d'après l'intéressé, les recruteurs pressés ont dû triché un peu. Le « petit breton », comme l’appelleront ses acolytes plus tard, n'était certes pas grand, mais les autres engagés ne l'étaient pas non plus : Jean-Marie Quiniou faisait 10 centimètres de plus, et son mentor Jean-Ambroise Robique faisait à peine 1 m 61.

En savoir plus : « NÉDÉLEC Thierry - Les engagés volontaires de Quimper en 1854 », « Jean-Marie Duguines au bureau de recrutement militaire de Quimper le 25 août 1854 »

2 Archives nationales et Bibliothèque nationale de France

26.11.2022 - Les plans de classement des 2 sites d'Archives nationales et de celui des Manuscrits de la BnF : correspondances avec les articles GrandTerrier.

Les archives nationales sont réparties sur deux sites : le site de l'Hotel de Soubise à Paris (périodes Moyen-Ages et Ancien régime et le Minutier notarial) et le nouveau site de Pierrefitte-sur-Seine en banlieue nord (archives postérieures à la Révolution française et archives d'origine privée).

I) MOYEN ÂGE ET ANCIEN RÉGIME

Pour ce qui concerne Ergué-Gabéric on notera la série J "Trésor des chartes" (titres domaniaux et diplomatiques de la Couronne), G "Administrations financières et spéciales", O "Maison du roi et de l'empereur" et P "Chambre des comptes et comptabilité"

Série J - Trésor des chartes : une charte apocryphe en latin du duc Conan IV en 1312/1451 mentionnant une aumônerie détenue gérée par l'ordre des Hospitaliers à ARKE/ERKE.

MIC-J//241/Dossier 26, 3e ligne : "Pennharch et de Ploeneth et de Arke"
MIC-J//241/Dossier 26, 3e ligne : "Pennharch et de Ploeneth et de Arke"

Séries G - Administrations financières et O - Maison du roi et de l'empereur : des documents explicatifs sur l'affaire d'escroquerie commise par Jean-Corentin Bréhier en 1776 (cf. compléments du fonds maçonnique de la BnF Richelieu). On note aussi la demande de secours reçue par la Maison du roi via une habile lettre rédigée en breton par la municipalité d'Ergué-Gabéric.

Série P - Chambre des comptes : un gros registre faisant office de copie de l'exemplaire de la Chambre des comptes de Nantes et notant les arbitrages de la Réformation des propriétés incluses dans le domaine du roi.

II) PÉRIODE POSTÉRIEURE À 1789

Les séries des Archives nationales de la période postérieure à la Révolution et concernant Ergué-Gabéric sont essentiellement la série AF "Archives du pouvoir exécutif (1789-1815)", BB "Ministère de la justice", et enfin MC "Minutier central des notaires de Paris".

Série AF - Pouvoir exécutif (1789-1815) : un décret impérial qui authentifie la retour à la paroisse de la chapelle de chapelle de Kerdévot qui avait été vendue et privatisée en tant que bien national à la Révolution.

  Série BB - Ministère de la justice : plusieurs procès d'assises dont celle du jeune sorcier Yves Le Pennec qui avait intrigué Stendhal lors d'un voyage en Bretagne.

Série MC - Minutier des notaires : le rentier des terres de Kerveil détenues par la famille d'Acigné et vendues à la marquise de Sévigné.

En savoir plus : « Archives nationales de Paris et Pierrefitte »



On connaît tous les 4 tours du site de Tolbiac à l'est de Paris, ce site étant spécialisé dans la communication des publications et livres imprimés. Pour les documents d'archives proprement dits c'est le site Richelieu dans le cœur de la capitale qui en assure la conservation et la mise à disposition.

En ce qui concerne Ergué-Gabéric on trouve les documents suivants répartis suivant le plan de classement des cotes concernées :

Ms Latin : les trois cartulaires 31, 51 et 56 de l'église de Quimper contenant des actes pour la période 1169-1325 dont la première mention de la grande paroisse ERGE.

Ms Latin 9891, Cartulaire 56 de la BnF-Richelieu, 2e ligne : "decimam de Erge"
Ms Latin 9891, Cartulaire 56 de la BnF-Richelieu, 2e ligne : "decimam de Erge"

Ms Français + NAF (nouvelles acq.) : extrait de la Réformation de la Noblesse de Cornouaille en 1536, preuves de noblesse de François-Louis de La Marche. Et en fonds complémentaires les copies de 1312 et 1451 de la charte en latin du duc de Bretagne Conan IV au profit de l'Ordre des Hospitaliers à ARKE.

Fonds maçonnique. : un dossier d'escroquerie commis en 1776 par un membre de la famille du futur maire gabéricois Salomon Bréhier.


En savoir plus : « Bibliothèque nationale de France, site Richelieu »

3 Inventaire des pierres à buée

20.11.2022 - Ces dalles d'un mètre de circonférence utilisées aux XIXe et début XXe, et peut-être bien avant, comme supports des bailles à laver le linge.

Les premières pierres à laver, différentes des maies de pressoir bien plus larges, ont été signalées dans les années 1970-90 dans les journaux locaux et magazines d'archéologie, et un mystère plane encore car le nombre de ces pierres trouvées sur le territoire gabéricois est important :
à ce jour neuf ont été exhumées (Balanou, Bohars, Kerdilès, Kergoan, Garsalec, Lezergué, Pennarun, Pennervan, Squividan), les dernières photographiées étant celles de Kerdilès, Kergoan et Balanoù (2018), Lezergué (2021) et Pennarun (2022).

Le principe de leur fonctionnement était le suivant :

  • • sur la pierre circulaire rainuré on plaçait une ancienne barrique sans fond dans laquelle on mettait le linge.
  • sur un foyer à côté on faisait bouillir de l'eau dans des grandes chidournes.
  • on versait l'eau sur les couches de linge qu'on saupoudrait de cendre de bois (« ludu tan » en breton), gorgée de potasse.
  • avec un bâton on mélangeait énergiquement le linge.
  • l'eau sale s'écoulait lentement sur la pierre et les rigoles l'amenaient sur l'avancée en dessous de laquelle on mettait un seau.

Les premières eaux pouvaient resservir pour la tournée de lessive suivante, mais ce mélange de cendre servait ensuite d'engrais potassique appelé « ar cloag » et était très recherché par les maraîchers.

Sur Ergué-Gabéric une première pierre a été repérée à Pennervan et décrite en 1973 par un journaliste du Télégramme, puis en 1994-95 par l'archéologue P.R. Giot et le docteur André Kervarec.

Généralement les pierres présentent quatre rigoles perpendiculaires sous la forme d'une croix, et mesurent 93 cm à 1 m de circonférence, 1 m 10 au bout du déversoir, et 20 à 40 cm d'épaisseur.

Madame Billon de Balanoù se souvient : « Dans le temps on mettait les draps et les chemises dans une sorte de lessiveuse avec de la cendre et on faisait la grande lessive trois à quatre fois dans l'année. Le grand-père avait trois douzaines de chemises, et donc ça suffisait. La pierre était surélevée, et par l'écoulement on récupérait l'eau de lavage qui servait à faire plusieurs tournées. »

 

Mais les grandes lessives n'excluait pas un besoin de laver au quotidien. Et ce lavage se faisait dans la buanderie où était la baille à buée. La buée est en fait l'ancien nom de la lessive traditionnelle jusqu'au début du XXe siècle qui a vu sa disparition avec le développement de la lessiveuse en fer.

La plupart des pierres à buées d'Ergué-Gabéric, désormais inutiles, ont été déplacées en ornements de jardins. Mais deux d'entre elles ont été localisées en arrière-cuisine : l'une à Lezergué trouvée il y a 2 ou 3 ans dans les ruines du manoir et transportée dans un hangar, et l'autre toujours en place dans la cuisine du manoir de Pennarun.

Pour ce qui concerne Lezergué le document détaillé de séquestre de 1792 suite à l'émigration des propriétaires nobles de La Marche atteste bien de l'existence de la pierre à laver à l'intérieur du manoir : « Dans la cuisine : une table longue, une armoire à deux battants ... un fut à buée ... ».

À Pennarun la pierre à laver est toujours en place dans la cuisine ancestrale, placée près de l'endroit où l'on chauffait l'eau. C'est une très beau bloc de pierre d'épaisseur de plus de 40cm avec ses rigoles circulaire et en forme de croix et son canal incliné évacuant les eaux usées à l'extérieur de la pièce.

Un appel est lancé à toutes indications de nouvelles pierres à buée dans le cadre d'une sorte d'enquête archéologique de notre patrimoine rural et utilitaire.

En savoir plus : « Inventaire gabéricois des pierres de granit pour bailles à buée »

4 Inventaire des archives ducales

13.11.2022 - Descriptif et classement des Archives départementales de Loire-Atlantique, dont les fonds ont fait l'objet d'articles sur le site GrandTerrier.

Bien que distantes de 266 km par rapport à Ergué-Gabéric, les archives départementales de Nantes sont importantes car elles incluent les fonds de la chancellerie de Bretagne d'une part, et ceux de la chambre les comptes d'autre part :
  • Au chancelier, qui apparut dès la fin du XIe siècle au plus tard, incombait le soin de tenir procès-verbal des séances du conseil ducal, et de rédiger, enregistrer et sceller les actes émanant du pouvoir. La connaissance des matières bénéficiales, même distantes, lui appartenait également.
  • Émanation de la Cour ducale, la chambre des comptes de Bretagne est organisée en corps constitué dès la fin du XIV e siècle. Elle est d’abord itinérante, siégeant à Vannes, Redon, Muzillac, Auray… puis Anne de Bretagne, devenue reine de France par son mariage avec Charles VIII, fait décider son installation à Nantes en 1492.

Pour ce qui concerne Ergué-Gabéric, nous avons exploité sur le site GrandTerrier des liasses et registres de deux séries du plan de classement établi par les archivistes de Nantes : la série B "Cours et juridictions d'Ancien Régime" et la J "Fonds d'origine privée". Chaque article détaillé contient un tableau de correspondance des cotes et description des documents et les articles, analyses, transcriptions publiées sur le site GrandTerrier.

B- Cours et juridictions : « article détaillé » ¤ 

On y trouve tout d'abord les registres de chancellerie du duché de Bretagne, avec une déclaration de patibulaires (colonnes de pierre avec traverses de bois pour pendre et expose les condamnés à mort) à Lestonan pour le seigneur de Lezergué, un document en belle écriture cursive de 1510.

Ensuite les archives de la chambre des comptes de Bretagne aux XVe-XVIIIe siècles, émanation de la Cour ducale localisée à Nantes, incluent un certain nombre de liasses ou de registres : des aveux et dénombrements pour des terres nobles (B2008-B2013), incluant celles des Sévigné (B2035), le papier-terrier de la barre royale de Quimper en 1680 pour la Réformation de Colbert (B2040),

 
B19, Lignes 5-6 : « justice patibullaire en ung villaige de Lestonan en la parroesse d'Ergué Gabéric »
B19, Lignes 5-6 : « justice patibullaire en ung villaige de Lestonan en la parroesse d'Ergué Gabéric »

les rôle fiscaux de capitation de la noblesse et du tiers-état (B3486, B3539), et les propriétés nobles épiscopales incluant une deuxième série de quatre piliers patibulaires à Kerelan (B2037) pour les pendus de l'Evêque.

J- Archives privées : « article détaillé » ¤ 

À ce jour, deux documents gabéricois de la série J sont référencés sur le site : une mention hypothétique de 1267 en latin dans les comptes du duché de Bretagne pour un Raoul de Lusuguen/Lezergué, et une collection bien plus récente de plans de l'architecte René Ménard (291J) pour le compte de René Bolloré.

En savoir plus : « Archives départementales de Loire-Atlantique », « Série B "Cours et juridictions" AD44 », « Série J "Archives privées" AD44 »

5 Bulletin Kannadig de la rentrée

Billet du 05.11.2022 - Au sommaire de ce numéro : Séries, empereur, 1918-22, 1940-50, photo, portraits. En version papier : 32 pages ou 8 feuillets A4 recto verso pliés en A5, agrafés et mis sous pli postal dans la quinzaine.

Les séries en question ne sont pas sur Netflix, mais aux Archives départementales du Finistère. Ces séries constituent un plan de classement des documents auxquels sont attribuées des « cotes ».

Ainsi le plus vieux document gabéricois de la série B « Cours et juridictions » (conservée à Brest et non à Quimper) répond à la cote B284 et la date de 1572.

En cette fin d’été indien on s’est attelé à dresser des tables générales par série en y listant tous les articles et sujets « grandterriens » : de cette façon on sait maintenant ce qu’on a traité, et on pourra donc plus facilement repérer de nouveaux sujets d’analyse. Et les tables seront systématiquement mises à jour sur le site.

Soit par exemple le sujet d’archives concernant les initiatives municipales en 1858 lors de la visite de Napoléon III (série O « Domaine et enregistrement », cote 3O595).

Pour la période 1818-22 qui suit la Grande Guerre, on notera le nombre important de suicides dans le secteur ouest de la commune : analyse des circonstances d’après les coupures de presse et les transmissions familiales.

Pour les années difficiles 1940-50 le personnage du recteur Gustave a marqué les esprits, et son journal est un incontournable, ainsi que les souvenirs d’enfance de Jean Guéguen de Lestonan.

La photo des jeunes gens de la classe 1959 est aussi l’occasion de se rappeler des têtes connues et des anecdotes.

Et enfin une artiste d’Odet, Renée Cosima, qui a posé pour les plus grands peintres des années 1950 : Edouard Goerg, Bernard Buffet, Jean Carzou, Paul Kerouedan, Marcel Jacno.

En guise d’illustration de la continuation des sujets d’études et des prochaines découvertes sur le site GrandTerrier, nous vous proposons cette réflexion d’artiste-peintre : “Peindre signifie penser avec son pinceau” » (Paul Cézanne).

 

Image:square.gifImage:Space.jpgLire, feuilleter ou imprimer le bulletin en ligne : « KANNADIG n° 59 NOVEMBRE 2022 »

6 Octroi et/ou secours impérial

29.10.2022 - Où il est question d'une demande de secours adressée à l'Empereur Napoléon III en visite à Quimper le 16 août 1858, et de l'achat municipal d'un drapeau pour acclamer ses majestés impériales. NOTA : La semaine prochaine sort (enfin) le bulletin trimestriel Kannadig !

Durant l'été 1858, l'Empereur des Français visite la Bretagne avec son épouse Eugénie, en passant par les villes de Rennes, Brest et Quimper. Une visite triomphale qui visait à conforter le régime dans une région travaillée par les royalistes légitimistes et les républicains.

Le maire d'Ergué-Gabéric lui envoie à cette occasion une lettre dans laquelle il présente une demande de secours pour suppléer aux multiples dépenses communales : « Votre Majesté connaît maintenant la double cause de leur état de souffrance ; elle connaît, mieux que nous, les moyens d'y remédier ».

La double cause est d'une part les faibles ressources communales malgré le rétablissement récent de l'octroi et d'autre part l'entretien de la route départementale qui traverse la commune. Et tous les autres travaux ordinaires : le mobilier de l'église paroissiale, la réfection du mur d'enceinte du cimetière, les réparations et nettoyage du presbytère (« qui, outre son aspect rebutant, révèle une sorte d'ancienne prison féodale ») l'entretien des routes vicinales, notamment celles menant à Kerdévot, chapelle de grand renom et lieu de miracles.

Le style de la supplique, tout en étant un rien alambiqué, contient des formules habiles et faussement naïves pour susciter la générosité impériale : « Partout sur votre passage, des acclamations joyeuses ; partout, des souhaits, des compliments, des bénédictions pour votre auguste personne, pour l'Impératrice et le Prince Impérial ... ».

La lettre met en lumière les aléas de la fiscalité locale, notamment en ce concerne l'octroi. Le 19 février 1791, la Constituante décide la suppression de l'impôt indirect privant ainsi les villes de leur principale ressource, l'octroi sur les marchandises de consommation locale (droits d'entrée), sans solution de remplacement. Tout au long de la première moitié du XIXe siècle les communes françaises ont réclamé son rétablissement, et Ergué-Gabéric dès 1806 la demande de deniers d'octroi fait l'objet d'une délibération municipale.

 
Août 1858, l'empereur et l'impératrice quittant la ville de Quimper pour Lorient. Les flèches de la cathédrale ont remplacé les deux tours carrées deux ans auparavant. Couverture du journal L'Illustration n° 811.
Août 1858, l'empereur et l'impératrice quittant la ville de Quimper pour Lorient. Les flèches de la cathédrale ont remplacé les deux tours carrées deux ans auparavant. Couverture du journal L'Illustration n° 811.

Il faudra attendre août 1856 pour que l'octroi soit mis en place, mais uniquement sur les « boissons enivrantes » à hauteur d'un revenu annuel prévisionnel de 274 francs (avec une consommation importante de 294 hectolitres de cidre et hydromel).

Deux ans après, le conseil municipal vote l'acquisition d'un drapeau tricolore pour l’accueil à Quimper de Napoléon III. On peut s'étonner de son absence locale 69 ans après la Révolution Française. Toujours est-il qu'il est commandé à un tapissier pour la valeur de 18 francs.

La demande de secours de 1858 ne sera pas honorée. Dans sa réponse le préfet fait remarquer que la pétition est « conçue dans des termes très vagues », sans « plans et devis formant le projet des travaux à exécuter ». Et de plus en terme ressources municipales Ergué-Gabéric « a obtenu tout récemment l'établissement d'un octroi sur les boissons, ressource importante qui manque à bien des communes. ». L'aide impériale n'est donc pas octroyée.

En savoir plus : « 1858 - Supplique du maire à Napoléon III en visite finistérienne »

7 Le temps des inventaires bis

22.10.2022 - Le travail d'inventaire de nos articles selon le plan de classement des Archives départementales du Finistère s'est poursuivi cette semaine avec les années révolutionnaires (séries L et Q) et la période moderne (séries M, O, R, T, U, V et X).

Pour commencer on a complété le tableau des articles GrandTerrier de trois séries d'Ancien Régime initiées la semaine dernière et contenant aussi des documents du XVIIIe au XXe siècle :
  • E- Noblesses, villes, état-civil, notaires  : acquisitions de terres à Odet, attestation de quête pour la conservation de la chapelle de Kerdévot, vente ou bail à Kerveady, Kernaou ...
  • H- Clergé régulier, hôpitaux : des fiches de garde ou autres documents administratifs de l'Hospice de Quimper.
  • J- Archives privées  : soit des dépots d'études notariales, soit des fonds d'historiens et archivistes comme Prosper Hémon, Louis Le Guennec, Daniel Bernard, Henri Waquet ...


Ensuite on s'est attaqué aux années révolutionnaires (la série Q incluant aussi quelques archives dites modernes) :

Le recensement complet de la population en 1790 (10L168), la requête d'emprisonnement d'une prostituée qui pollue les fontaines (12L4), la levée du contingent de la Convention (14L27), des correspondances avec le prêtre réfractaire Alain Dumoulin (10L58), la création du canton et l'installation d'une municipalité (10L30 et 10L58) ...

Les documents relatifs aux biens nationaux (expertises des biens confisqués, ventes aux enchères) pour tous les domaines nobles et leurs mouvances, ainsi que les chapelles, église et presbytère, le suivi des nobles et curés exilés (1Q69), la restitution du presbytère à la commune (2Q191), l'affection de certains villages au domaine de la Légion d'Honneur (1Q2393) ...


Et on a évidemment complété par les nombreux documents d'archives des séries thématique de la période moderne :

Les documents relatifs aux maires et adjoints du XIXe siècle, aux élections législatives et municipales avec les républicains et les conservateurs, à la lutte préfectorale contre l'alcoolisme, à l'implantation de la papeterie Le Marié-Bolloré, aux grèves des ouvriers de la mine d'antimoine de Kerdévot-Niverrot, à la légion d'honneur agricole pour Alain Le Berre et le titre de chevalier pour Prosper Le Guay, aux sociétés de chasse (La Saint-Guénolé) ou sportive (Paotred-Dispount), à la chasse aux loups ...

Le dossier de contestation du projet de déplacement du bourg au centre de la commune en 1842 (3O1154), les travaux de voiries et de ponts (à Odet et au Cleuyou), les travaux d'électrification, les premières transformations des maisons d'écoles au bourg et à Lestonan, le refus et le rétablissement de l'octroi (20413*) ...

 
3 O 1154 : Monsieur le Préfet. Persuadés que votre religion ne saurait être assez éclairée sur la grande question qui agite si déplorablement la commune d'Ergué-Gabéric depuis plus de 2 ans
3 O 1154 : Monsieur le Préfet. Persuadés que votre religion ne saurait être assez éclairée sur la grande question qui agite si déplorablement la commune d'Ergué-Gabéric depuis plus de 2 ans

Registres matricules des appelés et des militaires, rangés par classe de conscription : Joseph Le Saux (classe 1903, Indochine, Tunisie et Alger) ; Jean Lazou (classe 1915, guerre 14-18) ; Pierre Tanguy (classe 1911, guerre 14-18) ; Hervé Herry (classe 1914, guerre 14-18) ; Alain Yvon Feunteun (classe 29, guerre 39-45).

Les arrêtés d'inscription ou de classement aux Monuments Historiques, et d'autre part les différents rapports sur les instituteurs et les ouvertures de classes. On trouvera entre autres une enquête sur un instituteur aux idées anti-militaristes et déclarations d'épidémies de grippe, rougeole, dysenterie et teigne dans les écoles.

Les dossiers d'affaires civiles et criminelles du XIXe siècle, dont le plus connu est celui du jeune sorcier Yves Pennec dont Stendhal avait fait une analyse dans ses mémoires de touriste. Les autres procès sont des affaires de meurs, des drames familiaux, un cas de délinquance entraînant l'envoi au bagne, et une condamnation pour exercice illégal de la médecine.

Des dénonciations d'agissement de prêtres auprès des services préfectoraux, des réparations à engager sur le presbytère ou l'église, un demande de réhabilitation d'une religieuse à l'école privée du bourg 9 ans après son exclusion en 1902, et un décret impérial pour l'érection de Kerdévot en chapelle de secours.

Essentiellement la politique préfectorale et municipale contre la mendicité.

En savoir plus : « Espace Inventaires des Archives » - « Archives départementales du Finistère »

8 Le temps des inventaires

15.10.2022 - Une semaine consacrée à l'inventaire de nos articles selon le plan de classement des Archives départementales du Finistère, en commençant par 6 séries d'Ancien Régime. Suite des prochains jours : séries révolutionnaires et modernes, archives de la ville de Quimper, du Diocèse, de Loire-Atlantique, BnF Richelieu, Archives Nationales, Temps Libres de Rennes. Et impression des index thématiques dans le bulletin Kannadig début novembre.

À ce jour le fonds d'archives de GrandTerrier contient 447 articles différents, et pour chacun il y a au moins une pièce d'archives en provenance d'archives municipales, départementales, régionales ou nationales. Pour s'y retrouver, on se servait jusqu'à présent du plan de classement interne du site Interne, par siècles et par années, et unitairement on trouvait les références au classement par série des institutions de conservation.

Il manquait donc l'inverse, pour savoir ce qu'on a déjà traité et ce qui reste à transcrire et analyser : les titres d'articles GT pour chaque liasse, chaque registre, chaque série. Comme les séries des Archives départementales du Finistère constituent au moins 60% de notre fonds, on commence par les séries "Ancien Régime".

Chaque série inclut un tableau détaillé des correspondances des articles GT, ainsi que l'inventaire(s) complet(s) publié(s) par les archivistes départementaux :

Liasses bien fournies et de gros registres incluant de nombreux actes : A34 (confiscation des terres de Kerjestin, propriété des Rohan, nobles "hérétiques"), A38 (aveux nobles du XVe et XVIe siècles, tous manoirs et leurs dépendances), A85 (actes de propriétés nobles des XVe-XVIIe siècles), A187 (Rentier de Kerjestin) ...

1592, A34. "La seigneurye de Keristin adjugée à maistre Daniel Goulezre par la cauption de maistre Hervé Goalezre dudict Kempertin. Pour la some de quatre vingt deux escuz. Et pour ce ..."
1592, A34. "La seigneurye de Keristin adjugée à maistre Daniel Goulezre par la cauption de maistre Hervé Goalezre dudict Kempertin. Pour la some de quatre vingt deux escuz. Et pour ce ..."

Des documents de successions de 1572 (B284, Kerjestin) à 1787 (B295, Parc-Allan), une mise sous écrou en 1698 pour les frères Gélin de Pennarun (B766), une procédure criminelle pour vol à la chapelle de Kerdévot en 1774 (B805, B910), la liste des mouvances de la sénéchaussée (B502, B503), et enfin les originaux des cahiers de doléances en 1789 (10B22).

 

Pour une part extraits des registres paroissiaux et d'état-civil. Ou alors ils sont issus des fonds notariaux : contrat de palmage au Cleuyou (4E23/3), déclaration à Kerho pour Françoise de Guengat (4E226/210), ...

Le plus vieux document en français de cette série est daté de 1389 (2G181, Kerelan), et le plus ancien en latin est de 1439 (2G94, don de cire à Kerdévot), les cartulaires étant par ailleurs conservés en Nantes ou à la BnF. Sinon dans les autres documents il est beaucoup de conflits autour de dîmes ecclésiastiques (cf. notamment les "Dixmes des gros fruits pour Kermorvan et Quillihouarn") et de rentes dues au seigneur évêque de Quimper (secteurs du Cleuyou-Kerampensal et de Créac'h-Ergué).

Les terres dépendantes de l'abbaye de Landévennec au village de Quélennec font l'objet de plusieurs pièces jusqu'en 1693, la plus ancienne étant datée de 1447.

2G94, 1439. "Kerzevot in parochia de ergue gaberic"
2G94, 1439. "Kerzevot in parochia de ergue gaberic"

Le plus vieux document gabéricois de cette série est vraisemblablement la montre militaire de Cornouaille en 1562. Les autres documents les plus intéressants sont trouvés dans les fonds suivants : le chartrier de Kérézellec (32J) pour la seigneurie de La Marche (avec un très beau sceau ducal en 32J81), le fonds de Silguy (49J), les archives de Kernuz (100J) ...

En savoir plus : « Espace Inventaires des Archives » - « Archives départementales du Finistère »

9 Tristes suicides de 1918 à 1922

08.10.2022 - Comme l'a écrit Jean-Yves Broudic dans son livre « Suicide et alcoolisme au XXe siècle en Bretagne », le nombre important de suicides dans notre région peut s'expliquer par les effets traumatiques de la Grande Guerre : ces actes désespérés à Ergué-Gabéric entre 1918 et 1922 semblent l'attester.

À ce jour, on a repéré six suicides localisés à Ergué-Gabéric et évoqués dans la presse de l'époque, ce qui sans aucun doute est loin d'être exhaustif. Le plus étrange est que tous travaillent et/ou habitent dans les villages du secteur ouest de la commune de Poulduic à Odet, en incluant Kerdudal, Kerleur, Squividan et Meil-Poul.

La diversité d'âge et sociologique de ces personnes désespérées est notable :

Image:Right.gifImage:Space.jpgdeux fermiers, une fermière, un domestique de ferme, un ouvrier papetier et un vieillard.

Image:Right.gifImage:Space.jpgcinq hommes et une femme, âgé(e)s de 43 ans à 70 ans.

De même les modalités d'exécution et les causes connues de leur états psychologiques sont différentes également :

Image:Right.gifImage:Space.jpgquatre pendaisons, dont trois aux branches d'arbres (noisetier, châtaignier et pommier), une noyade et une défenestration.

Image:Right.gifImage:Space.jpgun pour raison d'alcoolisme, un pour sénilité, un pour délire paranoïaque, une pour neurasthénie dépressive, un pour congédiement de fermage.

Les effets de la guerre sont explicites pour l'un des suicidés, l'ouvrier papetier d'Odet qui habite Scaër : « il avait eu ses facultés ébranlées à la vue d'un train de blessés en se rendant aux armées en 1915 », « interné par l'autorité militaire en 1915, puis réformé n° 2 ».

Pour les autres, les raisons sont moins évidentes, et hormis l'alcool évoqué une fois, il s'agit plus vraisemblablement de la peur de l'avenir et de difficultés à survivre économiquement : « Le malheureux fermier, qui avait déjà cherché en vain à trouver une autre terre d'exploitation, fut très affecté de ce congédiement, et à partir de ce moment devint sombre n'adressant plus la parole à qui que ce soit. ».

Dans la plupart des cas, le non-dit familial est la règle, sans doute par honte et du "qu'en dira-t-on". Cela peut donner lieu, deux ou trois générations plus tard, à des tentatives d'explications sur la façon dont les évènements se sont produits : « Le curé de l'époque a bien voulu faire une messe pour les proches, mais sans le corps qui était resté à l'extérieur de l'église. » ; « n'a pas supporté ce que disait cette rumeur et a mis fin à ses jours » ; « la version de la chute dans le puits à laquelle croyaient fermement certains cousins ». Ou alors c'est l'ignorance complète et l'envie de comprendre 100 ans plus tard.

 

L'histoire la plus triste très certainement, donnant lieu à 5 articles de journaux, est celle de Jeanne Daniel, épouse Douguet, âgée de 48 ans, mère de 17 enfants, qui se pend en février 1921 avec son mouchoir (sic) à une branche de noisetier.

Avec son mari ils étaient fermiers locataires d'une ferme à Kerdudal, et leur bail se termine brutalement quelques mois plus tard le 29 septembre 1922. Corentin Douguet devra vendre matériels et bétail pour s'installer dans une petite maison à Ergué Armel.

Ce congédiement fait écho au propre malheur des propriétaires de Kerdudal 3 ans plus tôt : en avril 1918 Yves Salaün de Kerdudal qui avait construit avant guerre une grande ferme à Kerleur (et donc loué sa petite ferme de Kerdudal) se suicide en laissant une veuve et neuf enfants. Ces derniers mobilisés en 1915-15, il faut attendre 1922 pour que l'héritier de Kerdudal, grand blessé de guerre, ne revienne au pays.

Triste époque décidément !


En savoir plus : « Suicides suite au traumatisme de la Grande Guerre, journaux locaux 1918-1922 »

10 Portraits d'actrice et génériques

01.10.2022 - Quelques tableaux de maîtres commandés par Gwenn-Aël Bolloré et Renée Cosima, son épouse, et insérés dans les génériques de leurs courts-métrages : merci à leur fille Anne Bolloré pour la communication du cliché du tableau Goerg de sa collection privée et pour son témoignage familial éclairé.

À l'époque, dans toutes les salles de cinéma de France, les grands films étaient précédés il y avait de la pub, des actualités et un court-métrage. Et Gwenn-Aël Bolloré et son épouse ont produit ensemble un certain nombre de « courts », la plupart sur les thèmes de la mer, la pêche et l'océanographie. Leur fille Anne témoigne : « Pour chacun de ces films, mon père demandait à un artiste de réaliser un portrait de Maman qui servirait de fond pour le générique. »
L'un d'entre eux intitulé « L'Odet », filmé en noir-et-blanc, démarre par le visage souriant de Renée Cosima. Le tableau original (cf. ci-dessous) réalisé par Edouard Goerg est encore plus attrayant avec ses couleurs chatoyantes : on la voit portant une corne d'abondance ou un grand bouquet de fleurs, et en arrière-plan, en vue plongeante depuis le manoir familial d'Odet, coule la rivière avec ses poissons, un pêcheur et un lièvre.

Edouard Goerg (1893-1969), élève des "bretons" Paul Sérusier et Maurice Denis, est un peintre majeur de l’expressionnisme français, son œuvre se caractérisant par des couleurs profondes et des compositions étranges.

  Dans trois autres courts-métrages filmés en couleur, « Le vire-cailloux », « Derniers voiliers » et « Requins sur nos plages », un autre tableau est inséré en générique, à savoir l'œuvre du peinte Jean Carzou (1907-2000) d'origine arménienne et installé en Provence.

On y voit Renée Cosima posant de profil devant une armada de voiliers. Sa fille l'apprécie moins que le Goerg : « un Carzou, où la silhouette de Maman, sur fond de mâts, me faisait un peu honte tant il avait exagérément moulé ses seins dans un tricot de marin. »

Les autres portraits de René Cosima, tableaux commandés par Gwenn-Aël Bolloré dont on n'a pas les fac-similés, sont les suivants :

  • Bernard Buffet (1928-1999) : « Un portrait où Maman, sur fond de paysage méditerranéen, ressemble à Bernard Buffet. »
  • Paul Kerouedan (1929-2016) : « Maman étant assise sur une table basse dans le salon d’hiver, riche de souvenirs africains, d’où l’on voyait couler la rivière, mais sur ce tableau, elle portait quinze ans de plus qu’elle n’en avait. »
  • et à l'occasion du film long-métrage « Les Naufrageurs », Marcel Jacno (1904-1989),  : « un tableau où la présence de ma mère n’était en rien diminuée par le capuchon de la naufrageuse. »


En savoir plus : « Portraits de peintres et génériques de Renée Cosima-Bolloré »

11 Vive la classe 59

25.09.2022 - Sur le thème « Faire parler les photos anciennes », la parole est donnée aux anciens et leurs descendants. Cette semaine une photo de classe qui n'est pas du tout scolaire, mais celle de jeunes qui se sont rassemblés pour la 1ère fois l'année de leur 20 ans.

Jusqu'aux années 1970, on a connu la tradition de la "classe", sorte de coterie ou de clan pouvant regrouper quelques dizaines de jeunes gens d'une même commune, baptisée par l'année de leur 20 ans quand ils étaient appelés au service militaire.

Et leur premier rassemblement cette année-là était festif et donnait lieu à une photo souvenir. La classe 1959 photographiée ci-dessous est formée des jeunes gens nés en 1939, mais aussi pour la seconde fois des jeunes filles gabéricoises du même âge (la classe 1958 « d'avant-garde » était aussi mixte).

Merci à Geneviève Salaün, épouse Cosmao, pour nous avoir communiqué la photo de sa classe et identifié les premières têtes connues. Sur cette photo posent 28 jeunes enjoués, la plupart des garçons coiffés d'un béret, et presque toutes les filles d'un large chapeau exotique.

Ils se sont rendus tous bien endimanchés dans le studio d'un photographe professionnel quimpérois et la fête s'est ensuite déroulé à la salle Thomas au Bourg. Comme le voulaient les traditions de l'époque, les gars ont élu la reine de leur groupe, et c'est, parait-il, Denise Istin de Quélennec qui obtint le titre.

Avec les encarts mensuels d'état-civil publiés dans la presse locale et suite à un appel aux anciens, tous les jeunes de la classe de 1959 ont été identifiés (il ne manque qu'un prénom) et leurs villages d'appartenance notés.

  Beaucoup sont du quartier d'Odet, quelques-uns du bourg et de l'ouest du territoire communal, et à l'est ils sont largement moins nombreux.
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1. Fanch Gaonac'h (Kerho) 2. Annick Le Meur (Quélennec) 3. Pierre Floc'h (Poulduic) 4. Jeannine Narvor (Stang-Venn) 5. Louis Le Dé (Kernoaz) 6. Yvette Thomas (Lestonan) 7. Louis Barré (Bourg) 8. Geneviève Salaün (Kerdudal) 9. Corentin Gaonac'h (Kerho)[1] 10. Yves Quillec (Ty-Nevez-Coutilly) 11. Jean-Claude Velin (Keranguéo) 12. Germaine Le Meur (Bigoudic)) 13. Noël Le Moigne (Keranguéo) 14. Annie Le Roux (Kernevez) 15. Alain Letty (Menez-Kerdévot) 16. ? Cossec (Menez-Kerveady) 17. Louise Le Moigne (Bourg) 18. Hervé Yaouanc (Kerellou) 19. Marcel Le Moigne (L'Hotel) 20. Louis Le Roux (Bohars) 21. Marie-Antoinette Le Floc'h (Bigoudic) 22.  ? Vautier (Rouillen) 23. Annick Thomas (Ker Anna) 24. André Bellinger (Keranguéo) 25. Denise Istin (Quélennec) 26. René Feunteun (Munuguic) 27. Monique Huitric (Lestonan) 28. Pierre Bellinger (Keranguéo)

Un appel aux bonnes volontés aux participants ou proches reste d'actualité pour la collecte des anecdotes relatives à leur fête de classe.

Image:Square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1959 - La classe des filles et des gars nés en 1939 »

12 Gustave, Person Bragou Ruz

17.09.2022 - Gustave Guéguen, surnommé "Gustave" par tout le monde, recteur de la paroisse d'Ergué-Gabéric de 1941 à 1956, a tenu un registre-journal dans lequel il parlait de lui alternativement à la 3e personne (« le Recteur arriva à l'heure fixée ») et la 1ère personne (« je viens d'apprendre que ... »).

La fraîcheur de ses observations, ses agacements et obsessions, sont un vrai matériau pour comprendre cette époque de guerre et d'après-guerre. Fanch Ac'h et l'association ont démarré et publié quelques extraits, notamment pour les années 1941 et 1947, et Jean Guéguen a transcrit certaines pages de 1943 et 1944. Mais le travail est loin d'être achevé : un jour prochain il sera peut-être possible d'en publier une version intégrale. D'ores et déjà, voici quelques perles qui peuvent donner une idée des transcriptions déjà réalisées (cf. les textes en ligne).

Le 2 mars 1941, le recteur constate une bonne assistance au pardon de St-Guénolé, mais il ne peut s'empêcher de pourfendre la jeunesses : « Il est toutefois regrettable que certains jeunes gens et jeunes filles, au lieu d'assister aux offices, aient senti le besoin de se réunir trop nombreux dans les granges du voisinage pour des amusements » et il conclut par un « Des arriérés !  »

La rentabilité des quêtes est l'une de ses grandes obsessions, que ce soit pour les grand messes, les messes basses et les pardons : « 5 F. comme offrande à toutes les messes !!! Inconcevable.  » ; « Un pardon qui paie bien. », à savoir le pardon "mud" (muet) de Kerdévot le 10 avril 41.

L'occupation de l'école des sœurs par un cantonnement de soldats allemands en juillet 1943 est racontée avec des précisions quant à la façon dont le déménagements des meubles et des occupantes a été organisée : « Jusqu'à 23 h on a transporté au presbytère dans la cour, les objets les plus hétéroclites. Dans la matinée du samedi le clergé, les abbés ont mis un peu d'ordre dans ce capharnaüm ».

Quand la fin de la guerre se profile, Gustave observe et note un tas d'évènements, l'arrivée des résistants au bourg, avec les drapeaux français qui apparaissent une journée - « deux cafés arborent les 3 couleurs » - et sont retirés ensuite par crainte de l'occupant. Et cet exploit d'un jeune garçon anonyme (?) : « Un scout a hissé le drapeau au sommet de la tour (clocher) sans ma permission. J'ai fait la remarque le lendemain et le jeune est venu offrir ses excuses. »

On notera aussi ce passage où le recteur évoque l’exécution du résistant François Balès, boulanger au bourg : « Cette mort m'affecte beaucoup, car si nous avons de grandes divergences, ce jeune homme s'approchait de moi parce que ma loyauté l'attirait. ». Derrière la carapace on devine une humanité débordante qui sut se remettre en question.

En savoir plus : « Journal paroissial du recteur Gustave Guéguen, extraits 1941-47 »

 
Le jeune Jean Guéguen et l'abbé Pennarun

Jean Guéguen né en 1926 a produit cet article manuscrit dans lequel il fait le portrait du recteur gabéricois de son adolescence : « Notes sur Gustave Guéguen, recteur de la paroisse d'Ergué-Gabéfic (1941-1956) que m'a contées l'abbé Pennarun qui l'a remplacé après son décès, à la tête de la paroisse. Ces récits m'ont été faits dans les années 1960. »

Grâce à eux on apprend que le recteur Gustave Guéguen, pour exercer sa passion du jardinage, mettait systématiquement un pantalon de couleur brique, ce qui lui valut ce surnom de « Person bragou ruz », le recteur au pantalon rouge.

C'est dans cette tenue qu'il fut surpris un jour lors d'une visite des neveux du diplomate Jean François Poncet, l'un de ses amis. Il leur dit quelques mots, partit discrètement se changer, et les retrouva dans sa salle à manger et dit en évoquant le premier contact : « c'est mon frère jumeau que j'héberge et qui entretient le presbytère ! ».

On apprend aussi que la veuve de René Bolloré, pour remercier Notre-Dame de Kerdévot d'avoir protégé ses deux fils René-Guillaume et Gwenn-Aël pendant le conflit, a financé la réalisation de six statues destinées à orner les niches vides du calvaire de Kerdévot. Mais Gustave s'embrouilla avec le directeur des Monuments Historiques et les statues de pierre ont dû être dispersées dans des écoles et autres églises des environs.

En savoir plus : « Gustave "Person bragou ruz" raconté par Jean Guéguen et l'abbé Pennarun »

13 Années difficiles 1940-45

11.09.2022 - Aujourd'hui, jour du pardon de Kerdévot, reprise des billets hebdos avec un texte de Jean Guéguen (1926-2018), lequel a toujours eu à cœur de transmettre aux générations suivantes la mémoire de son quartier et de sa famille, les évènements du passé et les richesses du patrimoine local.

En juillet 2022, en feuilletant l'un des livres de sa bibliothèque, « Le Finistère dans la guerre » de Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, nous avons trouvé ces 11 feuillets manuscrits rédigés dans les années 1990, « quelques soixante années plus tard », dans lesquels il rassemble les évènements significatifs de la période 1940-1945.

Dans ces pages, Jean Guéguen mélange ses souvenirs d'enfant habitant le quartier de Lestonan (son père y était boulanger), sa connaissance de la chronologie des évènements en région quimpéroise et les faits inédits rapportés dans le journal manuscrit du recteur Gustave Guéguen (cf. en article séparé).

Dans les deux feuillets supplémentaires où il détaille l'histoire de l'arrivée de l'armée allemande dans les écoles privées de Lestonan, il signe ainsi son texte : « Jean Guéguen témoin oculaire de l'époque et propos recueillis par le même auprès du Frère directeur François Nédélec ».

De ces souvenirs il en ressort un certain nombre d'anecdotes inédites, dont celles-ci :

  • les premières années : « les contacts étaient surtout d'ordre administratif avec la mairie, surtout en ce qui concernait les réquisitions de fourrages », et en 1941 un accident marquant, « un camion allemand est venu prendre du foin chez Pierre Quéré ... À la sortie de Lestonan, au virage de Lestonan-Vihan, le soldat qui était sur le chargement est éjecté et projeté sur la route. Il sera soigné par Malou Lazou, fille du directeur de l'école publique de Lestonan (tué au front en 1940). »
  • la réquisition de l'école des sœurs du Bourg en 1943 : « Trois officiers allemands se présentent à l'école des sœurs du bourg, ce jeudi 15 juillet. L'école doit être totalement libéré" pour le samedi 17 juillet à midi. Avec le concours de la population du bourg l'école est déménagée et le tout est transportée dans la cour du presbytère. Un vrai capharnaüm dira le recteur. »
 
  • l'arrivée d'un autre détachement à Lestonan : « il est demandé aux Frères de quitter l'école et de laisser leurs appartements tels quels. Le Frère directeur François Nédélec refuse et après une dispute tendue et épique avec l'officier commandant le détachement réussit à garder sa chambre. Interdiction formelle est faite d'évacuer quoi que ce soit de l'école. C'était sans compter sur la roublardise de René Sizorn, garde chasse chez Bolloré, celui-ci s'enferme dans la salle à manger avec le soldat allemand et le "dope" au lambic (alcool fort local) pendant qu'on déménageait le mobilier. »
  • le cambriolage des dossiers STO en 1944 (cf. autres articles sur le site GrandTerrier) : « Ceux d'Ergué Fanch Balès, Jean Le Corre, Pierre Moigne et Hervé Bénéat dérobent les dossiers des réfractaires, les entassent dans des sacs, puis dans la voiture qu'a emprunté François Balès à sa tante et reviennent à Ergué où les dossiers sont brûlés dans le four de la boulangerie familiale. ».
  • l'arrivée des résistants au bourg : « Vendredi 4 août. Dans la soirée, le bourg est en effervescence par l'arrivée de la résistance. Des voitures et des camions descendent des jeunes gens armés de fusils et de mitraillettes. Ces jeunes sont enthousiastes. et veulent "bouffer du boche". Le bourg est pavoisé de drapeaux français et alliés.  »
  • des exécutions choquantes : « C'est la stupeur à Ergué. François Balès a été tué sur les pentes du Menez-Hom. » ; « Auparavant en fin de matinée, un gabéricois, Jean-Louis Le Meur de Kervernic, se rendait à Ergué-Armel. Il fut pris en otage par une colonne de Russes Vlassov  » ; « une centaine de victimes, dont Yvon Benoit de Ti-Nevez-Kernaou qui, quelques jour auparavant, portait le drapeau lors des obsèques de son camarade François Balès. »

Image:Square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Les années difficiles 1940-1945, témoignage de Jean Guéguen ». La semaine prochaine, nous poursuivrons par un portrait du recteur Gustave Guéguen (1889-1956), non apparenté à Jean, avec des extraits de son journal paroissial.

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