Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier - GrandTerrier

Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

Un article de GrandTerrier.

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Chaque semaine, un nouveau billet annonçant un ou plusieurs articles sur le site GrandTerrier.

Une compilation des billets est publiée en fin de trimestre sous la forme des chroniques du Bulletin Kannadig.

Anciens billets hebdos : [Actualité, archives]

Les anciennes affichettes : [Accroches à la une]

Modifications d'articles : [Journal des MàJs]


Sommaire

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1 Les deux blasons de Lezergué

Billet du 25.09.2021 - Après celui de Kerfors évoqué la semaine dernière, voici deux écussons toujours visibles sur le lieu historique de Lezergué.

Ces deux blasons correspondent à des familles nobles locales des XVIIe et XVIIIe siècles. Par contre les occupants nobles précédents, à savoir les Cabellic (la croix potencée) et les Coatanezre (les trois épées), n'ont pas laissé à Lezergué de traces héraldiques sculptées (on trouve par contre leurs blasons respectifs sur les vitraux de la chapelle de Kerdévot et de l'église St-Guinal).

Seuls les Autret de la fin du XVIe auraient gravé un écu écartelé à base de « quatre fasces ondées d'azur » sur une pierre qui aurait disparu au cours du XXe siècle, si l'on en croit le mémorialiste Louis Le Guennec : « Un écusson, encastré dans un talus, est aux armes de Guy Autret de Missirien et de sa première femme, Blanche de Lohéac ».

Dans le même article Louis Le Guennec décrit l'autre blason, bien conservé celui-là (cf. photo), se trouvant au-dessus de la porte de la maison d'habitation construite en 1930 par le métayer Jean Nédélec (alias "Jean Lezergué"). Cette pierre a sans doute été récupérée sur les ruines du château.

Il s'agit des armoiries des Tréouret : « D’argent au sanglier de sable en furie, ayant la lumière et les défenses d’argent. ». Le sanglier est l'emblème héraldique du courage et de l'intrépidité, parce qu'au lieu de s'enfuir comme le cerf, le daim et autres animaux sauvages, il se présente devant les chasseurs pour se défendre.

Le sanglier des Tréouret est de couleur noire (de sable) et ses yeux (la lumière) et ses défenses sont blanches (d'argent). L'écusson est encadré de deux palmes et surmonté des neuf perles d'une magnifique couronne comtale, les Tréouret ayant dénombré plusieurs comtes parmi leurs aïeux.

Louis Le Guennec affirme « C'est par une alliance avec les Tréouret que les La Marche ont eu Lezergué », en héritage des Autret, mais ceci est inexact. On sait aujourd'hui que l'héritier de Guy Autret est son petit cousin Guy de Charmoy, qu'une succession familiale fait passer Lezergué à Jacques du Bot de Talhouet, et ce dernier vend en 1736 Lezergué et ses dépendances au père du constructeur du nouveau manoir, prénommé François-Louis (1691-1738) également.

Par contre, les Tréouret représentent une branche maternelle de Françoise de La Marche, son grand père Louis-René ayant épousé Marie-Rose de Tréouret en 1686.

Sur le haut fronton cintré oriental du manoir « Louis XV », un double blason est resté en place. Il est surmonté d'une couronne, orné d'éléments de heaume ou de cimier, et d'une coquille en dessous.

Le blason de gauche, reconnaissable grâce à sa forme en œuf « recapité », est celui des La Marche : « de gueules au chef d'argent », la partie inférieure étant de couleur rouge (de gueules), le tiers supérieur (le chef) étant blanc (d'argent).

 

Le blason de droite est difficilement identifiable, les motifs étant érodé, mais peut-être le constructeur du château y a exposé le sanglier des Tréouret pour représenter ses quartiers grands-maternels.

* * *


Pour agrémenter la visite historique, voici une belle vidéo de drone, tournée en 2015 par temps lumineux et dégagé au-dessus de ces ruines du château de Lezergué.

La façade toujours debout est majestueuse, et on peut admirer les blasons du fronton oriental, les hautes cheminées intérieures, les restes des murs de l'arrière-cuisine, les portes et fenêtres béantes, le tout sur une musique très relaxante.  :

(cliquer 2 fois sur l'image ci-dessus pour visualiser la vidéo)
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Les armoiries sculptées des seigneurs de La Marche et de Tréouret à Lezergué » et « Vidéo de drone au-dessus des ruines de Lezergué, Zrv 2015 »

2 Un blason azuré de chevalier

Billet du 18.09.2021 - Histoire du blason au greslier d'azur des seigneurs de Kerfors au regard de l'olifant du preux chevalier Roland à Roncevaux.

Pendant longtemps, les Kerfors ont été assimilés à des chasseurs émérites parce que le motif sur leur blason est un cor de chasse. En fait il s'agit d'un « greslier », terme héraldique désignant l'olifant, l'attribut noble porté par les chevaliers lors de leurs déplace-ments par temps de guerre, une trompe au son grêle servant à annoncer leur passage ou à appeler à la rescousse en cas de danger.

Le blason qu'on trouve sur deux vitraux de la chapelle de Kerdévot et aussi sur deux écussons écartelés sculptées sur l'enfeu familial de l'église St-Guinal : « d'argent au greslier d'azur, enguiché et lié de même ».
Image:right.gifImage:Space.jpgENGUICHÉImage:Space.jpg:Image:Space.jpgDésigne l'émail de l'embouchure. Ici d'azur, c'est-à-dire de couleur bleue, comme le reste
Image:right.gifImage:Space.jpgLIÉImage:Space.jpg:Image:Space.jpgCordelettes attachées pour permettre au chevalier de le porter en conservant une liberté de mouvement, ici de couleur azurée.
Image:right.gifImage:Space.jpgORIENTATIONImage:Space.jpg:Image:Space.jpgL'embouchure à senestre (gauche) et le pavillon à dextre (droite), et non l'inverse (cf. les armes des Rolland de la Villebasse, et la transcription erronée inversée dans le livre d'Hervé Torchet sur les Arrière-bans de Cornouaille de 1554 à 1568).

Le manoir de Kerfors, situé au centre de la paroisse d'Ergué-Gabéric, non loin de Lezergué et Kernaou, forme un domaine noble détenu par les seigneurs dudit lieu. Aujourd'hui il ne reste plus rien de l'ancien manoir, si ce n'est un étang vivier et les restes du mur du verger.

On ne compte pas de chevaliers en titre parmi les membres connus de la famille Kerfors d'Ergué-Gabéric aux XVe-XVIe siècles, mais peut-être que d'autres branches collatérales ou plus anciennes ont inclus le droit de porter un greslier  :

 
 ? de Kerfors 
 x Katherine Kerfors (1448-60, +1488)
 ├
 └> Caznevet de Kerfors (1460-88, +1493)
      x Ysabelle de Lesmaes (1479)
      ├
      ├> Charles de Kerfors (1493-96, 1536)
      ├   ├
      ├   └> Pierre de Kerfors (1539)
      ├        ├
      ├        └> Jean de Kerfors (1580)
      ├> Thebaud Kerfors (montre 1481, 1496)
      ├   x Marie Le Gluidic
      └> Katherine Kerfors (1496)
           x Allain Rolland
  À la montre militaire de Carhaix de 1481, on remarque un Caznevet de Kerfors « en brigandine ». Il prend pour épouse Ysabelle de Kermaes, et décède en 1493 (« la levée, l'an dudit déceix »). Il ne succède à sa mère Katerine comme seigneur de Kerfors qu'en 1488, mais il apparaît déjà en 1460, 1471 et 1479 dans des donations ou échanges de terres.

En 1543, Charles de Kerfors rend un aveu ou déclaration de propriété pour son manoir gabéricois et est cité à la réformation des comptes du domaine royal de 1536. Charles décède vers 1537 et son fils Pierre de Kerfors fournit un aveu de succession le 23 mars 1539.

En 1562, Louis de Kerfors, présent à la montre de Cornouaille, dit qu'il fait pique-sèche, c'est-à-dire homme de pied sans cuirasse.

La « Chanson de Roland » est un poème épique de 4000 vers écrit au XIe siècle qui raconte les exploits d'un preux chevalier, Roland, guerrier franc et préfet de la Marche de Bretagne.

Et notamment l'épisode de l'attaque des Sarrasins dans le défilé de Roncevaux. Placé en arrière-garde, Roland refuse de souffler dans son greslier ou olifant pour avertir Charlemagne, préférant mourir en guerrier plutôt que de se déshonorer en appelant à l'aide.

Lorsqu'il ne reste plus que 60 combattants francs en armes, Roland fait sonner son olifant tellement fort qu'il « explose » littéralement (ses veines éclatent) :

Rollant ad mis l'olifant à sa buche,
Empeint le ben, par grant vertut le sunet,
Halt sunt li pui et la voiz est mult lunge,
Granz .XXX. liwes l'oïrent il respundre.

(Roland a mis l'olifant à ses lèvres. Il l'embouche bien, sonne à pleine force, Hauts sont les monts, et longue la voix du cor ; à trente lieues on l'entend qui se prolonge)


Pour illustrer cet épisode légendaire, voici une chanson humoristique pas piquée des hannetons : « La rançon de Roland » par le groupe vocal « Les Quatre Barbus » :

(cliquer 2 fois sur l'image ci-dessus pour passer en mode écoute)
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Le blason au greslier d'azur des chevaliers de Kerfors et la Chanson de Roland »

3 Ur c'haner deus ar vro

Billet du 11.09.2021 - "Un chanteur du pays", ainsi s'intitule l'émission de Radio Kerne du 19 avril dernier dans laquelle Jean Billon nous interprète deux chansons du répertoire de Marjan Mao. Un bon sujet pour reprendre bon pied bon œil les chroniques hebdos du GrandTerrier après la trêve estivale.

Interrogé en breton par Benjamin Bouard, il nous explique son initiation dans les années 1980 au « kan-ha-diskan » et à la « gwerz » grâce à Loeiz Ropars, son apprentissage de la langue bretonne par correspondance, ses souvenirs de fest-noz avec ses compères Christophe Kergourlay et Guy Pensec, et sa passion pour le répertoire de Marjan Mao qu'il a appris sur un CD gravé en boucle sur le lecteur de sa voiture.

Le répertoire de chants traditionnels de Marjan Mao (1902-1979) a fait l'objet en 1979 d'un collectage et enregistrement par le groupe « Daspugnerien Bro C’hlazig » (Les collecteurs du Pays Glazig) constitué de Gaël Péron et Malik ar Rouz (et non Bernez comme dit dans l'interview).

Dans l'émission de Radio Kerne, Jean Billon se prête aussi au jeu de l'enregistrement avec deux chansons de Marjan : « Al Lez-Vamm » (la marâtre) et « Marivonig », morceaux également titrés « Ar breur Mager » (le frère de lait) et « Ar gemenerez hag ar baron » (la couturière et le baron) : cf. la section "enregistrements" (fichiers mp3) dans l'article.

Les deux propositions de titres « Al lez-vamm » ou « Ar breur mager » pour le premier extrait ne sont pas forcément adaptées, car elles ne reflètent pas tout-à-fait le cœur du chant, à savoir les fiançailles d'une jeune fille amoureuse d'un jeune chevalier.

La marâtre est évoquée dans la première strophe : « ul lez-vamm ar gwashañ zo bet ganet » (la pire des marâtres qui soit). Elle l'envoie, telle la Cosette des Misérables, chercher de l'eau à la fontaine avant le lever du jour.

Le chant est connu sous le titre « Al lez-vamm » dans une version du mémorialiste François-Marie Luzel. Interprété par les sœurs Goadec il s'agit d'une toute autre histoire, celle des aventures d'Yves Le Linguer, exécuté sur l'échafaud sur dénonciation de sa méchante belle-mère.

Le sujet du chant « Breur mager » du Barzaz Breiz, collecté dans le pays de Tréguier par Hersart de La Villemarqué est bien plus proche. Cela démarre aussi par une jeune fille allant puiser de l'eau à la fontaine qui se trouble à l'arrivée d'un chevalier venant de Nantes. Les termes qui décrivent cette scène sont très semblables  : « eur c’hoz-podik toull hag eur zeillik dizeonet », « Ann noz a oa tenval », « eur marc’heg o tistrei deuz a Naoned ».

Par contre la version de Marjan est plus courte et sans considérations moralisantes. Il n'est pas question de frère de lait, seule la figure du jeune et chevalier est suffisante et le détail d'une mort au combat n'est pas utile pour expliquer les désillusions de la jeune fille.

Pour le deuxième extrait, dans les archives sonores de Dastum on trouve une douzaine de collectages similaires sous les titres « Ar gemerenez hag ar baron » ou « Ar gemeneres yaouank »,

 

collectées dans le Finistère, en pays pagan, à Lannion et à Rennes. À noter que si les premiers complets sont rigoureusement identiques, les fins et conclusions sont différentes.

La version de Marjan, reprise par Jean Billon, est originale à plus d'un titre :
Image:right.gifImage:Space.jpgsur le vocabulaire : dans toutes les versions on trouve quelques mots un peu « vieux français », comme palefrin, lakez, pavez … ce qui semble attester au texte une certaine ancienneté.
Image:right.gifImage:Space.jpgsur le style et les formes verbales, la version de Marjan est plus riche, utilisant successivement l’impératif, le présent, le prétérite, des extraits de dialogues, et même le futur.
Image:right.gifImage:Space.jpget enfin sur la morale : le texte est clair, enjoué, voire provocateur ; par rapport au style allusif et sérieux des autres versions, la morale de la chanson de Marjan est plus compatible avec l’esprit glazik. Au moins on comprend que la couturière aimait les plaisirs.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus, notamment pour l'audio, les paroles en breton et leur traduction : « Jean Billon ur c'haner deus ar vro, Radio Kerne 2021 » et « Les chants de Marjan Mao, collectage des Daspugnerien Bro C’hlazig en 1979 »

4 Bulletin n° 54 des terres de Saint Guénolé aux noces d’Odet

Billet du 03.07.2021 - Tous les articles publiés du deuxième trimestre 2021 (28 pages A4 ou 7 feuillets A5 recto verso), envoi postal dans les chaumières avant la fin de la pluie. Et annonce d'une petite trêve estivale, rendez-vous à Kerdévot le 15 août, et ensuite sur les ondes à la rentrée de septembre.

Ce bulletin des articles GrandTerrier publiés au cours du deuxième trimestre 2021 démarre par une enquête à quatre volets sur les origines consacrées des villages de Quélennec et de Saint-Guénolé :
Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLes parchemins de l’abbaye de Landévennec de 1447-1516.
Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLes sceaux de cire du XVIIe siècle des seigneurs-abbés.
Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLe vitrail supposé dater de 1554.
Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLes prééminences des seigneurs de Kerfors et Lezergué.

Les deux articles suivants sont également datés des XVIe et XVIIe siècles, l’un sur les arrière-bans du roi de France, l’autre sur un recteur-chanoine digne et discret.

Deux articles pour le XIXe siècle : le premier sur les conditions de ralliement municipal au roi Louis-Philippe.

Le second article rassemble les souvenirs d’enfance du mémorialiste Jean-Marie Déguignet au château de Lezergué, un mélange d’histoire et de légendes.

Ensuite, au début du XXe siècle, trois ans après la loi de la Séparation des Églises et de l’État, l’accueil en fanfare d’un nouveau recteur, suivi du rejet des paroissiens.

Et enfin pour conclure, un double sujet mêlant industrialisation et chroniques familiales :

Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgL’installation en 1837 d’une chaudière à vapeur par le papetier Nicolas Le Marié, et sa production croissante.

Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLe retour de noces à Odet de René Bolloré photographié en février 1911 par le photographe quimpérois Joseph-Marie Villard.


Image:square.gifImage:Space.jpgLire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 54 Juillet 2021 »
 
Pendant les mois de juillet et août, le GrandTerrier se met au vert, à savoir qu’il n’y aura pas de billets hebdomadaires, lesquels reprendront à la rentrée de septembre. Néanmoins on ne change pas le rythme des bulletins trimestriels, celui d’octobre intégrera, à la place des 8 billets manquants, une grande enquête estivale surprise.

5 Les tyrans du manoir de Lezergué

Billet du 26.06.2021 - Souvenirs de jeunesse de 1848 au vieux château de Lezergué en Ergué-Gabéric, cahiers manuscrits formant l'intégrale des Mémoires d'un paysan bas-breton, édition An Here, 2001, et illustrations de la BD de Christophe Babonneau et de Stéphane Betbeder.

Jean-Marie Déguinet a 14 ans lorsque ses parents s'installent dans une petite maison de journalier agricole, un penn-ti jouxtant le manoir de Lezergué : « En ce temps-là, nous quittâmes enfin le Guelenec pour aller demeurer près du bourg, au grand château de Lez-Ergué ».

Le logement n'y est pas pour autant gratuit : « Le propriétaire de ce château faisait payer ces petits pen-ty par un certain nombre de journées de travail, tant pendant les semailles et tant pendant la moisson. ».

Le propriétaire-paysan du château est un dénommé Christophe Crédou (1797-1873), un patriarche tyrannique  : « On ne l'appelait que l'homme noir : Christoc'h Du. Et il était en effet noir partout dans sa figure comme dans l'âme, s'il en avait une. Celui-là aurait bien fait comme l'ancien seigneur de ce château, s'il en avait eu le droit. » (sa fille épousant le premier des Nédelec de Lezergué).

Le souvenir des seigneurs locaux, ceux qui ont construit le manoir, est toujours vivace en 1848 : « Le dernier seigneur de ce château qui s'appelait De La Marche, était, disait-on, le plus terrible et le plus cruel de tant de terribles et cruels seigneurs que les pauvres Bretons ont connu ». Les derniers seigneurs de La Marche sont déclarés émigrés à la Révolution, le père (celui qui fit reconstruire le château vers 1770) sur l'île Jersey, le fils cadet en Guadeloupe, le fils ainé François Louis Armand étant décédè le 10 février 1774 à Lezergué.

C'est sans doute les exploits de ce dernier qui sont évoqués par Déguignet : « Au milieu de la messe, il entrait avec son cheval, et ordonnait au curé de communier la bête, puis faisait le tour de l'église en faisant piaffer son cheval sur les malheureux prosternés qui ne pouvaient bouger ni rien dire. Il entretenait chez lui une quantité considérable de pigeons, qui ravageaient toutes les semences et les moissons des environs, sans que personne puisse se plaindre sous peine d'être pendu immédiatement. Enfin, à force d'en faire, il finit lui-même par se casser le cou en tombant du deuxième étage du château dans le premier. »

L'église mentionnée du domaine noble est la chapelle Saint-Joachim, aujourd'hui disparue et élevée vers 1650 par Guy Autret, le précédent occupant de Lezergué :

 

« Il y avait auprès de là les ruines d'une vieille église où ce seigneur faisait célébrer la messe tous les dimanches, à laquelle tous les paysans d'alentour étaient tenus d'assister sous peine de mort ».

Un autre souvenir d'enfance de Déguignet est le gibet : « On montrait encore l'endroit où il faisait pendre ses manants par haine, par colère ou par plaisir. ». Ce n'est pas une légende, car ces « fourches patibulaires à deux piliers de la montagne de Lestonan » ont vraiment existé au XVe siècle quand les seigneurs locaux avaient « droit de haute basse et moyenne justice ».

Et enfin la légende du fameux trésor de Lezergué : « Et ce trésor, tout le monde savait qu'il existait, mais personne ne savait au juste où il était. Les uns disaient qu'il était sous l'escalier du château, d'autres pensaient qu'il devait être au fond de l'étang [...] ; d’autres disaient enfin qu'il devait être sous le pigeonnier, une énorme rotonde toute bâtie en pierres de taille, qui serait restée debout jusqu'à la fin du monde si on ne l'avait pas démolie.  ».

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Le jeune Jean-Marie Déguignet au château de Lezergué en 1848 »

6 Arrière-bans et montres militaires

Billet du 19.06.2021 - TORCHET (Hervé), Les arrière-bans de Cornouaille de 1554 à 1568, La Pérenne, Quimper, 2021, ISBN 2-914810-25-8 : gros travail documentaire mené par l'historien Hervé Torchet sur trois revues militaires après l'intégration du duché de Bretagne dans le royaume de France.

En ce 2e trimestre de 2021, le paléographe Hervé Torchet a publié 218 pages de transcription intégrale des montres (revues militaires) du diocèse de Cornouaille de la seconde moitié du XVIe siècle, auxquelles étaient convoqués les détenteurs de revenus nobles, avec des compléments d'analyses statistiques et de fiches familiales nobiliaires.

Déjà organisées aux siècles précédents par les ducs de Bretagne, les montres de 1554 à 1568 rassemblent dorénavant l'arrière ban du roi de France, ce dans le cadre des mêmes anciens diocèses. Sur le site Tudchentil, Norbert Bernard notait en 2002 : « On pourrait définir les montres comme des revues militaires de la noblesse médiévale et moderne. Les montres ont en effet des fins militaires : elles rassemblent les nobles, regroupés par paroisse et en armes afin d’établir et de corriger la capacité militaire de la noblesse locale. »

Et il donnait l'exemple d'un noble gabéricois : « le cas rare, sinon unique, d’un seigneur, François de Lisiard, seigneur de Kergonan, qui précise dans son "aveu" de 1540 ses obligations, au regard de son bien, en cas de montre : « Lequel a cogneu et confessé, oultre ce que cy devant est contenu et raporté, debvoir et estre tenu faire, pour son seigneur selon la nature du fyé, et fournir deux hommes à cheval quant l’arrière ban se faict en cesdictz pays. »

Le livre d'Hervé Torchet couvre les trois montres qui ont lieu à Quimper-Corentin en 1554, 1562 et 1568. Les sources documentaires utilisées sont d'une part, pour 1554 et 1562) la copie manuscrite de l'historien Guy Autret (1599-1660) conservée au Musée des Champs Libres de Rennes (cf le facsimilé déjà publié sur GrandTerrier), et pour 1562 la copie conservée aux Archives Départementales du Finistère (utilisée entre autres par Norbert Bernard et Christophe-Paulin de Fréminville, manuscrit ADF 1J65 à publier prochainement sur GT).
  Au total plus de 700 nobles bas-bretons sont convoqués en 1554 et 1562, et la moitié environ en 1568. En la place du Tour-du-Chastel les commissaires du roi font l'appel : « Auquel jour aurions faict appeller les nobles par nom et surnom leurs qualités et paroisse, ainsi qu’ils estaient en roles ès anciens livres et registres du greffe d’office au siège présidial de Quimper-Corentin ».

Les gabéricois convoqués sont au nombre de sept en 1554 et 1568, et de six en 1562. Ils sont tous présents, hormis le sieur de Kergonan qui est « deffaut », et se répartissent selon une certaine hiérarchie militaire : un archer (le sieur des Salles et de Lezoualc'h, aïeul de Guy Autret), trois corselets dotés d'une cuirasse légère (les seigneurs de Creac'h-Congar, Kernaou, Mezanlez), un pique-sèche sans aucune cuirasse, homme de pied (le sieur Coatanezre des Salles), et une catégorie à part sans équipement, deux contribuables imposés : (Kerfors et Kergonan).

Les « hommes d'armes », avec un équipement complet de chevaliers, sont la catégorie supérieure des 40 plus riches familles nobles du diocèse avec des revenus annuels supérieurs à 1000 livres. Viennent ensuite les arch(i)ers comme les Autret-Lezsoual'ch avec 500 à 1000 livres. Puis les arquebusiers à cheval avec 200 à 400 livres (aucun gabéricois), et enfin les corselets (appelés brigandine autrefois) et les pique-sèches (remplaçant les hallebardes médiévales) aux revenus situés entre 100 et 200 livres. On observe bien cette hiérarchie "piquesèches-corselets-arquebusiers-chevaliers" sur les champs de bataille de l'époque :

Bataille de Dreux 1562, gravure de Tortorel et Perrissin
Bataille de Dreux 1562, gravure de Tortorel et Perrissin


Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « TORCHET Hervé - Les arrière-bans de Cornouaille de 1554 à 1568 », « 1554, 1568 - Montres de l'évêché de Cornouaille extraites du manuscrit de Missirien » et « 1562 - Monstre de l'Evesché de Cornouaille pour l'arrière-ban du Roy »

7 Un chanoine digne, noble et discret

Billet du 12.06.2021 - La biographie d'un chanoine, recteur de la paroisse d'Ergué-Gabéric pendant une douzaine d'années au début du 17e siècle, un peu moins connu que son illustre "petit cousin", le navigateur découvreur des îles de la Désolation dans le sud de l'océan Indien.

Germain de Kergelen, recteur d'Ergué-Gabéric et chanoine de Quimper-Corentin, est surtout connu via la biographie documentée par Yann de Servigny dans sa monographie « Maison de Kerguelen » publiée en 1997 :

Image:right.gifImage:Space.jpgNé avant 1583 ; ses parents sont Blanche Moisan et Jean de Kerguelen, seigneur de Keranroc'h (manoir de la paroisse de Landrévarzec) et de Kerlès (naguère en Landrévarzec, aujourd'hui sur le territoire de Briec).
Image:right.gifImage:Space.jpgSur l'arbre généalogique de tous les Kergelen on comprend les origines respectives du célèbre navigateur Yves-Joseph de Kerguelen (branche de Trémarec en Briec) qui découvre en 1772 l'archipel auquel il donna son nom, et celles de Germain de Kerguelen, recteur d'Ergué-Gabéric pendant une douzaine d'années au début du 17e siècle.

Image:right.gifImage:Space.jpgGermain, « fils ainé et principal héritier noble » et son frère cadet Louis « héritier présomptif principal », accordent à leurs jeunes sœurs Jeanne et Marie une partie des successions paternelles et maternelles. Documents issus du Cabinet des titres de la Bibliothèque Nationale, plus précisément le dossier bleu n° 373 ou Manuscrit Fr 29918 : f. 275, f. 280a, f. 280b et f. 281.

Image:right.gifImage:Space.jpgEn 1612 et 1615, bien que « recteur de la paroisse d'Ergué-Gabéric, il demeure à Quimper-Corentin du fait de son titre de chanoine, c'est-à-dire membre du chapitre de l'église cathédrale.

Image:right.gifImage:Space.jpgEn 1624, toujours « très digne » recteur d'Ergué-Gabéric, il prend le titre d'official de diocèse. En 1633, toujours chanoine, il est qualifié de grand vicaire de Cornouaille.

Les autres sources biographiques et historiques sont :

Image:right.gifImage:Space.jpgPaul Peyron et Jean-Marie Abgrall, dans leur notice paroissiale d'Ergué-Gabéric, l'incluent dans la liste des recteurs antérieurs à 1789 : « 1635-1645 : Germain de Kerguelen, chanoine, grand vicaire official de Cornouaille » avec une erreur sur la période du mandat gabéricois (1635-45 correspondant plutôt à sa fonction de grand vicaire de Cornouaille).

 


Image:right.gifImage:Space.jpgPaul Aveneau de la Grancière dans son livre « Pluguffan et notices généalogiques sur la plupart des familles de la Basse-Bretagne » présente Germain en ces termes : « Noble et discret messire Germain de Kerguelen, seigneur de Kermathéano, chanoine du chapitre de Cornouaille ».
Image:right.gifImage:Space.jpgNorbert Bernard dans un article intitulé « Guy Autret et l'église d'Ergué-Gabéric » dans le bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 2002 suggère que l'historien et mémorialiste Guy Autret (auteur d'une généalogie des "Kerguelenen" et résident contemporain à Lezergué) était en lien avec le chanoine : « Germain de Kerguelen était, à l'instar de Guy Autret, très soucieux de ses affaires familiales, ce qui rend très probable qu'ils se soient rencontrés et qu'ils aient pu s'apprécier ».
Image:right.gifImage:Space.jpgEt dans la « La vie du vénérable dom Michel Le Nobletz » que certains attribuent à son disciple Julien Maunoir, prédicateur également, il est question d'une intercession du chanoine : « Messire Germain de Kerguelen, grand vicaire, ayant connaissance des grands trésors de sagesse et de grâce que Dieu avait départis à son serviteur [Michel Le Nobletz], adoucissait l’esprit du Recteur [de Ploaré], et faisait qu'il le laissait catéchiser et prêcher comme auparavant ».

Et on notera au passage qu'en 1651, soit quatre ans après le décès de Germain de Kergelen en 1647, le Père Julien Maunoir est amené à diriger une mission de prédication à Ergué-Gabéric (cf. « Le R.P. Julien Maunoir de la Compagnie de Jésus. », Edm.-P. P. du V., 1869).

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « SERVIGNY Yann (de) - Maison de Kerguelen » et « Germain de Kerguelen, chanoine et recteur (1612-1624) »

8 La chapelle et son domaine congéable

Billet du 05.06.2021 - Dernier épisode de la série "St-Guénolé" via les papiers de l'abbaye de Landévennec (ADF 2H14) : dans quelles conditions, compliquées à souhait, les seigneurs de Kerfors et de Lezergué se sont implantés sur les terres d'abbaye du village de Quélennec.

Sur la carte d'état-major ci-dessous on voit bien la répartition du village de Quélennec en 3 hameaux (petites pastilles rouges) :

Image:right.gifImage:Space.jpgQuélennec Bihan : "le petit lieu planté de houx", appelé aussi Penker Bronnec, près de la route de Griffones.
Image:right.gifImage:Space.jpgQuélennec Bras : "la grande houssaie", vers Bec-ar-Menez , dénommé aussi Quélennec Uhella en regroupement avec le précédent, car tous deux situés "en hauteur".
Image:right.gifImage:Space.jpgQuélennec Izella : "la houssaie du bas", à mi-pente vers Pont-Allen, et à proximité de la chapelle St-Guénolé au point de niveau 116.


L'acte de 1693, signé par le seigneur de Kerfors et deux notaires royaux, porte sur 11 parcelles de terres situées à Quélennec Isella pour une surfaces de 13 journaux, soit environ 6,5 hectares.

Il s'agit d'une double déclaration d'un seigneur local à un noble de rang supérieur et d'un roturier au noble intermédiaire :
Image:right.gifImage:Space.jpgLa première est un aveu de Louis René de La Marche, seigneur de Kerfors, à Jacques Tanguy, seigneur abbé de Landévennec et de Guillevain (en Edern) pour une chefrente annuelle de 14 sols et autres droits seigneuriaux.
Image:right.gifImage:Space.jpgLa seconde est la rente due par un dénommé Rolland au seigneur de La Marche au titre du domaine congéable pour quatre chapons et une somme de 30 livres par an.

Les droits seigneuriaux sont répartis sur les trois acteurs : le noble inférieur doit « Foi et hommage, lods et ventes, rachat, suite de cour et chefrente » et il reçoit de son roturier exploitant « corvée, droit de champart et domaine congéable ».

La rente de ce régime particulier très répandu en Cornouaille (les domaniers ont le seul droit de récupérer le prix des améliorations à leurs fermes en cas de congédiement unilatéral) est ici qualifiée abusivement de « taillée », alors que la Bretagne est exemptée de la vraie « taille » (impôt direct du au roi par les roturiers dans les autres provinces).

  On notera la grosse différence des rentes annuelles : 30 livres de roturier à noble versus 14 sols de noble à noble, soit un rapport de 1 à 43, 20 sols faisant une livre. Certes une partie du surcoût roturier est dû au fait qu'il inclut aussi « les herittages qui sont sittués au fieff du Roy » (en plus des terres de l'abbaye, et détenues aussi par de La Marche), mais néanmoins l'intérêt financier est manifeste pour l'intermédiaire foncier.

Le signataire de l'acte est Louis-René de La Marche, en raison de la succession de son frère ainé Jan de La Marche dont nous apprenons qu'il serait décédé vers 1683-84 il y a « environ neuff à dix ans ».
§ arbre généalogique ...

Ce demi-frère Jan, du premier lit de son père, rend compte de la fondation de la chapelle de St-Guénolé en ces termes en 1680-82 : « Plus connoist estre fondateur d'une chapelle construite en la dicte parroisse en l'honneur de Monsieur Sainct Guenolay pour avoir icelle esté bastie en son fond par la concession de ses prédecesseurs. »

Quand il parle de ses prédécesseurs, il peut s'agir des Autret seigneurs de Lezergué, le manoir voisin de Kerfors. Guy Autret lui-même a défendu avec insistance cette fondation et les prééminences induites dans un acte prônal de 1634 et des lettres patentes royales de 1638. Et les précesseurs des Autret au 16e siècle étaient des Coatanezre.

Et quand les seigneurs de Kerfors et de Lezergué disent que la chapelle de St-Guénolé a été bâtie, vraisemblablement au 16e siècle, « en son fond », c'est en raison de leurs prises d'intérêt sur une partie des terres de Quélennec qui ont appartenu de tout temps aux seigneurs de Landévennec et de Guillevain (Edern).

La partie en question est celle du bas de Quélennec Izella, et celles de grand Quélennec Bras étant exploitées en direct par les abbés : cf aveux de 1447, 1516, 1647 à 1670 des précédents billets Quélennec/St-Guénolé.

La boucle est bouclée ... jusqu'aux prochaines découvertes et révélations d'archives !

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1693 - Aveu fourni par Louis René de La Marche pour Quélennec Isella »

9 L'an 1554 du vitrail de Saint-Guénolé

Billet du 29.05.2021 - Dans la série "St-Guénolé", voici les éléments qui permettent de déterminer la date de la construction de la chapelle au XVIe siècle. Prochainement : les seigneurs de Kerfors-Lezergué et ce lieu saint, d'après des actes 2H14 de Landévennec et du Papier Terrier de 1680.

Les documents d'archives connus à ce jour ne donnent pas malheureusement la datation précise de la chapelle :

Image:right.gifImage:Space.jpgEn 1447 et 1516 les terres voisines de Quélennec, et celles du village d'Helen en Edern sont déclarées propriétés du seigneur abbé de Landévennec, mais la chapelle n'y est pas mentionnée.
Image:right.gifImage:Space.jpgEn 1634-38 différents actes et déclarations juridiques autorisent les seigneurs de Lezergué à revendiquer des prééminences sur la « chappelle de Sainct Guehnollay » et sur l'église paroissiale.
Image:right.gifImage:Space.jpgDe 1647 à 1670, les terres de Quélennec sont toujours sous la juridiction des abbés de Landévennec, seigneurs de Guelvain en Edern, et les aveux évoquent à plusieurs reprises « la chappelle de Monsieur Sainct Guénollé ».

D'où le créneau entre 1516 et 1634 pour l'érection de la chapelle Saint Guénolé ou Saint Guezennec (cette dernière appellation est rappelée en 1893 dans le Bulletin de la S.A.F. par le vicaire mémorialiste Antoine Favé) et dédiée au fondateur de l'abbaye de Landévennec. À noter que les anciennes chapelles de Notre-Dame de Helen et de Guelvain, toutes deux en Edern, ont également été bâties au XVIe siècle.

Dans les notices et inventaires patrimoniaux officiels du début du XXe siècle de Peyron et Abgrall et de Couffon et Le Bars aucune hypothèse plus détaillée n'est avancée. Par contre le texte du nouveau répertoire diocésain émet l'idée d'une date précoce du fait de l'arc diaphragme ancien  : « date du début du XVIe siècle (sans doute avant 1530 : chevet plat ; arc diaphragme démodé en 1525). »

Un autre indice est apporté par un témoignage et observation sur les fragments des vitraux de la verrière qui ont complètement disparu au début du XXe siècle. Ce texte est dans un article détaillé de deux pages sur la chapelle publié en janvier 1929 dans le bulletin paroissial Kannadig Intron-Varia Kerzevot (cf fac-similé et transcription complète) : « Au sommet du panneau central, le Christ en croix ; Longin lui perce le flanc ; un soldat porte une banderole sur laquelle on lit la date de 1554. De chaque côté de la croix, se tiennent les deux larrons ; le mauvais larron est contorsionné et un démon violet guette son âme ; au dessus, une tête de dragon, la gueule ouverte. ».

 
Passion à Guimiliau, photo JY Cordier,   © www.lavieb-aile.com
Passion à Guimiliau, photo JY Cordier, © www.lavieb-aile.com
Avec une telle descrip-tion, notamment la tête de dragon qui nous évoque le griffon du Stangala à proximité de la chapelle, on aurait bien aimer voir ce vitrail, peut-être aussi magnifi-que que celui ci-contre dans l'église de Guimiliau.

La date de 1554 est sans doute aussi crédible que 1516-1530, en tous cas pour la finalisation de la maitresse-vitre. Par ailleurs ce texte est illustré par un croquis de Louis Le Guennec, ce qui fait qu'on a pu penser qu'il en était l'auteur.

Mais ses écrits sur la chapelle, avec un vocabulaire et style différents, sont bien plus lapidaires. Nous pensons plutôt que l'article paroissial a été rédigé par le rédacteur du bulletin Kannadig, le vicaire gabéricois Yves Le Goff, ce qui ne lui enlève pas un intérêt historique indéniable.


Croquis de Louis Le Guennec, publié dans le Kannadig de 1929 et à titre posthume dans le livre "Histoire de Quimper Corentin et son canton"
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « L'érection de la chapelle de Saint-Guénolé au XVIe siècle »

10 Les sceaux de Landévennec pour Quélennec

Billet du 22.05.2021 - Après avoir présenté les documents du XVe et de 1516 présentant des terres d'abbaye au village de Quélennec sans la chapelle de St-Guénolé, voici sept archives du XVIIe siècle sur les mêmes terres et la chapelle. Prochainement : la construction de la chapelle au XVIe siècle.

Il s'agit de sept documents datés de 1647, 1649, 1656 et 1670 conservés aux Archives Départementales du Finistère dans le fonds de l'abbaye de Landévennec (série H, cote 2 H 14 ). Dans la même liasse les documents gabéricois sont accompagnés d'autres actes relatifs à des rentes dues à l'abbaye sur les terres d'Edern et de Gouézec.

Ces archives du 17e document sont des déclarations de fermiers au seigneur abbé de Landévennec, successivement Pierre Tanguy, seigneur de Guelvain et des Salles, puis son neveu Jacques Tanguy en 1670, pour des terres situées dans le village de Quélennec et à proximité immédiate de la chapelle de Saint-Guénolé.

De multiples fois des expressions comme « le chemin quy conduict dudit village à la chappelle de Monsieur Sainct Guénollé » ou alors le « « parc an Illis » (champ de la chapelle/église) attestent que la chapelle a déjà été érigée à ces dates pour honorer le saint patron le fondateur de l'abbaye. Il y a aussi plusieurs mentions d'une « fontaine de Sainct Guenollé ».

On notera que ni la chapelle, ni la fontaine, ne sont évoquées 200 ans auparavant dans les aveux de ces mêmes terres de l'abbaye en 1447 et en 1516.

Au passage on remarquera aussi l’orthographe « Gabellic » (rappel résiduel des Cabellic du 11e siècle, transformé plus tard en « Gabéric ») est utilisée pour désigner la paroisse en 1647 et 1670, ainsi que qu'un surprenant « Ergay » en 1649 :

Suite à diverses successions, les détenteurs des « terres profittées » sont différents dans chaque acte au fur et à mesure des successions et héritages. On dénombre à chaque fois 4 familles de fermiers pour l'ensemble des 25 parcelles inventoriées, composées de 2/3 de champs cultivés ou prés et d'un tiers de « courtils » ou jardins.

Les surfaces des champs cultivés et des plus grands « courtils » sont données en « journeaux », soit des journées de travail d'un laboureur avec charrue et chevaux correspondant à un demi-hectare. Les petits jardins sont mesurés « journée à homme bêcheur » c'est-à-dire un 8e de journal ou 6 ares. Si l'on additionne ces superficies on obtient un total de 9,25 hectares appartenant au seigneur abbé de Landévennec.

Pour exploiter ces terres nobles, les détenteurs doivent payer annuellement une rente en argent, à savoir une « chefrente : au total 14 sols et 4 deniers en 1656 et 2 sols et 8 deniers pour les actes partiels de 1647-1670. Ils doivent aussi une dime en nature faite de « bled noir a raison de la saizième et dix septième gerbe ».

  Pierre Tanguy en 1647, 1649 et 1656, et son neveu Jacques en 1670, sont les bénéficiaires de ces rentes et droits seigneuriaux en tant qu' « abbés commandataires » et seigneurs de Guelvain, trève d'Edern, et des Salles en Landrévarzec. Ils ont aussi d'autres honorifiques comme « conseilleur du Roy ausmosnier de la Reine », le premier étant Louis XIV et la seconde Anne d'Autriche.

Trois documents sur 7 sont les originaux assortis de sceaux d'authentification de cire verte sur un support papier attaché par une double découpe, représentant « la cour de Guelvain » et ses notaires, et représentant vraisemblablement les quartiers noble des Tanguy : « D'azur à l'aigle d'or, accompagné de trois étoiles de même ».

Certes la cire s'est dégradée en séchant, et on ne peut plus lire correctement le motif héraldique. Mais il semble que la marque reportée sur le support papier fait apparaître les deux étoiles supérieures du blason.


Blason de Guelvain au bourg de Landévennec, Jean-Yves Cordier
© www.lavieb-aile.com
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1647-1670 - Aveux à l'abbé de Landévennec pour les terres de Quélennec et de St-Guénolé »

11 La loi de Séparation en 1908

Billet du 15.05.2021 - La semaine dernière nous évoquions un cortège de chars-à-bancs accueillant les Bolloré en 1911 (**) : aujourd'hui une cérémonie similaire en 1908 pour l'entrée solennelle d'un nouveau recteur dans sa paroisse, alors que la résistance contre la Séparation est toujours vivace.

Le cortège de chars-à-bancs accueillant solennellement Alain Le Bihan, nommé recteur suite au décès de Jean Hascoët le 15.01.1908, est décrit dans le journal « Le Progrès du Finistère » du 25 janvier : « Une cinquantaine de voitures et une vingtaine de cavaliers se sont portés à sa rencontre au pont du Cleuziou, à la limite de la paroisse. »

Le journal diocésain, la « Semaine religieuse », rend compte de son installation le dimanche : « Charmante fête de famille, dimanche dernier, à Ergué-Gabéric. M. L'abbé le Bihan, entouré de bon nombre des siens et d'environ 25 prêtres, chantait sa première grand'messe dans sa nouvelle paroisse. »

Cette assistance de prêtres lors de la cérémonie n'est rien par rapport à celle de son prédécesseur décédé : 76 prêtres dont 14 chanoines à son enterrement, 40 lors du service de huitaine, et 30 au service anniversaire. Il faut dire que la réputation du recteur Jean Hascoêt est bien
assise depuis les affaires des congrégations et de l'inventaire des biens religieux en 1902-1906. À noter d'ailleurs que sa très belle pierre tombale est toujours exposée dans l'enclos paroissial (cf. ci-contre).

Pendant son apostolat gabé-ricois il mène la rébellion contre les actions républicaines de la séparation des églises et de l'état : la manifestation paroissiale en août 1902 devant les gendarmes venus fermer l'école libre des filles du Saint-Esprit, la résistance dans l'église paroissiale face aux troupes chargées de crocheter la porte pour procéder à l'inventaire.

Jean Hascoët a « l'estime et l'affection de tous ses paroissiens », et le corps politique d'Ergué-Gabéric est derrière lui comme le confirme le témoignage d'Antoine Favé, vicaire 10 ans plus tôt et célèbre mémorialiste, lors de la messe d'installation d'Alain Le Grand : « Ce n'est pas à Ergué-Gabéric qu'on trouvera, de longtemps, la séparation de l'Église et de l'État ... ». Antoine Favé est même soupçonné en 1893 d'avoir influencé une élection en donnant des consignes de vote en chaire.

Dans ces conditions, en 1908, les chances de s'imposer localement pour Alain Le Bihan, dit « Lannig » ou « Tonton Lan », au caractère moins trempé, sont manifestement très faibles.

 

Au bout de quelques mois il est nommé ailleurs, à Lampaul-Guimiliau : « (après 10 ans à Pleuven) il fut mis à l’épreuve à Ergué-Gabéric. Il méritait ce poste et le Grand Ergué méritait un tel pasteur. Mais ils ne se convenaient pas l’un à l’autre. »

Il faut dire qu'un an après le décès de Jean Hascoët, lors de la messe de service anniversaire, 30 prêtres et « un nombre respectable de paroissiens » lui rendent un dernier hommage, et ce n'est pas le nouveau recteur qui est chargé de l'office et de l'absoute. De plus « le conseil municipal presque complet » y assiste, ne respectant pas, semble-t-il, la loi de séparation des églises et de l'état.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « L'installation difficile du nouveau recteur, Progrès du Finistère 1908 »

* * *

** : La carte postale de 1911 a fait l'objet de commentaires des lecteurs suite aux questionnements inclus dans le dernier billet, et l'article a été mis à jour : « Un retour de noces à la papeterie d'Odet »

12 Retour de noces à Odet en 1911

Billet du 08.05.2021 - Une fête mémorable le 18 février 1911 à la papeterie d'Odet où tous les employés de l'usine gabéricoise et de Cascadec sont invités aux noces de leur jeune patron qui s'est marié en grande pompe à Nantes avec la fille de l'industriel Thubé.

L'article qui rend compte de l'évènement de façon détaillée et admirative est publié dans « Le Progrès du Finistère » du 25 février : « La fête qui s'est donnée la semaine passée, était une nouvelle noce, réédition de celle de Nantes, mais dans le cadre breton, et avec tout son charme ».

L'accueil local de la belle-famille nantaise et des Bolloré débute de bon matin par un cortège d'une centaine de chars-à-bancs faisant escorte au coupé et à l'automobile des mariés, sur une dizaine de kilomètres entre la ville de Quimper et les grilles de l'usine d'Odet.

Le photographe quimpérois Joseph-Marie Villard est présent pour immortaliser la longue file des ouvriers et voisins endimanchés aux rênes de leurs chevaux : « M. Villard, de Quimper, avait bien voulu se déranger pour prendre des clichés de la fête ». Les vues sont si typiques que le photographe les fit éditer sous forme de cartes postales.

On a pu dire que ces premières photos ont été prises depuis Ty-Coat, les chars-à-bancs descendant la cote de Keranna-Lestonan. Mais est-ce bien l'endroit ? Les barrières blanches au loin sur la droite sont-elles au bord de la route de Stang-Venn ? Ne devrait-il pas y avoir une route sur la gauche à destination de Keranguéo ? Tout avis éclairé sur le sujet sera le bienvenu.

  Sinon, comme dans tout fête qui se respecte en basse Bretagne, il y a les traditionnels banquets du midi et du soir : « À midi et demi, la grande salle à papier, toute enguirlandée, et présidée par le souvenir et l'image du vénéré et regretté M. Bolloré père, qu'on pourrait appeler le véritable créateur de l'usine, réunissait 300 convives ». Le père de René Bolloré est décédé 7 ans auparavant, le 10 juillet 1904.

Et là une bonne nouvelle fait l'objet d'une ovation de la part des ouvriers et ouvrières : « Dès le début du festin, M. René Bolloré remercia en termes émus, tous et chacun, et donna, malgré la fête, pleine solde pour ce jour-là, à tout le personnel. ».

Les festivités durent toute l'après-midi : « Des danses succédèrent au déjeuner, danses auxquelles se mêlèrent M. et Mme René, eux-mêmes, ainsi que les membres de leurs familles. On enleva des montgolfières ... ». Et cela se termine après le diner par un feu d'artifices organisé par le chef électricien d'Odet et offert par tout le personnel à leur patron.

Parmi les autres photos de la fête, on notera le groupe de direction de l'époque, tous posant autour de leur jeune patron, la plupart en habits traditionnels bretons : Laurent Le Gall, Abel Briand, Hervé Quintin, Yves Provost, Mlle de Lulliac, René-Jean Rannou, Yves Charuel du Guérand, Jean-Pierre Rolland, Louis Garin, Le Gallès.

Mais la plus impressionnante des photos de Joseph-Marie Villard est celle du personnel regroupé sur les toits des bureaux de l'usine, autour des mariés et leur familles respectives. Tout le monde est là, ouvriers et ouvrières, contremaitres et contremaitresses, les 300 convives du banquet organisé dans « la grande salle à papier, toute enguirlandée ».

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Un retour de noces à la papeterie d'Odet, Progrès du Finistère 1911 » et « 1911 - Fête du mariage de René Bolloré, photos de Joseph-Marie Villard »

13 Quellennec et Saint-Guénolé, terres d'abbaye

Billet du 01.05.2021 - Et si on s'intéressait aux documents relatant la chapelle de Saint-Guénolé au village du Quéllennec ? Ça tombe bien, ils sont rassemblés dans une même liasse aux Archives Départementales, sous la cote 2H 14 et les années 1447, 1516, 1647, 1649, 1656, 1670 et 1693.

Cette semaine, on commence par les deux plus anciens qui, en 1447 et 1516, déclarent des terres à proximité du manoir du Quéllenec (cf. ci-contre, appelé aussi "Keleneg Bras" ou "Ti-Glaz" aujourd'hui) et appartenant foncièrement à l'abbaye de Landévennec, avant qu'on y élève une chapelle dédiée au fondateur de l'abbaye.

Le document de 1447 est un « aveu » en papier parcheminé rigide, difficilement lisible, la note inscrite au verso précisant même : « Titre usé et caractères effacés en partie ». Néanmoins on peut y déchiffrer quels noms propres, et surtout profiter d'une annotation et d'une note de synthèse d'archivistes qui ont pu bénéficier d'un déchiffrement plus facile.

La première note précise : « Aveu du village de Hellen ou Hellen en Edern, et de celui du Quellennec en Ergué-Gaberic. Original sans sceau ».

Le folio séparé de synthèse indique : « Aveu, sans détails, d'une chefrente de 3 sols et 3 sols monnoie assise sur ce village, fourni à l'abbaye de Landévennec par Guiomarch Le Gac et consorts. [...] aveu fourni à la même abbaye par les mêmes déclarants pour le village du Hellen, en Edern ».

Contrairement à la plupart des archives du début du 15e siècle, l'aveu n'est pas rédigé en latin mais en français. Notre tentative de déchiffrement ligne à ligne donne ces noms : « [03] Guiomarch Le Gac ___ [06] abbé ___ de Landevennec ___ [07] de Hellen ___ paroisse d'Edern ___ [13] de Quellennec ___ ». Et, en avant dernière ligne, le millésime 1447 en chiffres romains : « l'an mil iiii.c xlvii ».

En 1447 Jacques de Villeblanche est l'abbé de Landévennec, nommé 4 ans avant à l'âge de 21 ans. Le pape propose même sa nomination comme évêque de Quimper, mais le duc François Ier s'y oppose, préférant la candidature d'Alain de Lespervez, évêque de Dol.

  À cette époque l'abbaye romane de Landévennec détient quelques mouvances nobles éloignées qui lui apportent des redevances. Ainsi ces deux tenues du du Quellenec en Ergué-Gabéric et celle du village du Hellen en Edern.

Au Xème siècle, c'est même toute la paroisse d'Edern qui a été cédée à l'abbaye de Landévennec par Budic, comte de Cornouaille. L'autre point commun entre Quélennec et Hellen est qu'au XVIe siècle deux chapelles y seront érigées, l'une dédiée à Notre-Dame, l'autre à saint Guénolé.

En 1447 le déclarant de l'aveu de Quélennec et de Hellen est Guiomarch Le Gac. Ce détenteur des terres de l'abbaye est sans doute la même personne qui apparait en 1682 pour une « terre autrefois apellée la tenüe du Gac » et qui a donné son nom au calvaire et vierge de pitié de « Kroaz-ar-Gac ».

En 1516 un autre aveu sera rendu à l'abbaye pour les mêmes lieux. Ce document original en papier parcheminé rigide est la deuxième déclaration d'une redevance noble détenue au village de Quélennec au profit de l'abbaye de Landévennec. Conservée avec une note au dos et une synthèse séparée, le document est très peu lisible : « endommagé par le temps ou l'humidité, offrant quelques mots illisibles ». Les noms propres sont difficilement repérables, mais la date est lisible sur la dernière ligne : « l'an mil cinq cens seize. ».

Les archivistes ont par contre fait ces annotations : « Terres aux issues du Manoir du Quellennec, en Ergué-Gabéric, ou Quellennec Bras. Aveu rendu à l'abbaye de Landévennec par Yves de Menguen. Original, sans détail, signé par 2 passes seulement [...] Sans sceau. Sans chefrente ; prochaine seigneurie de lignée, à devoirs de foi et de rachat, le cas échéant. ».

Contrairement au précédent document de 1447, le village du Hellen en Edern n'est pas associé à la présente déclaration. Le déclarant de la tenue de Quélennec en 1516 est également différent, il s'agit d'Yves du Meinguen qui ne déclare pas de "chefrente", mais seulement les droits seigneuriaux de "foi et hommage" et de "rachat" (en cas de succession).

Que ce soit en 1447 et en 1516, la chapelle de Saint-Guénolé n'est pas du tout mentionnée, car érigée quelques décennies plus tard. Nous nous y intéresserons très prochainement grâce aux transcriptions, plus faciles, des neuf autres documents de la liasse 2 H 14.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1447 - Aveu fourni pour Quellennec à l'abbaye de Landévennec par Guiomarch Le Gac » et « 1516 - Aveu rendu pour Quellenec à l'abbé de Landévennec par Yves du Meinguen »

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