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[modifier] Levées de dîmes médiévales

Billet du 01.12.2019 - Etude des comptes du temporel et de la dîme ecclésiastique levée dans les paroisses directement dépendantes du Seigneur évêque de Cornouaille, registres conservés aux Archives Départementales du Finistère (1 G 372 et 1 G 373).

Dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 1973, André Lévy a produit une étude pour les 9 paroisses citées dans les quelques 100 folios des deux registres du temporel de l'évêché : Plogonnec, Cuzon, Ergué-Gabéric, Plomodiern, Kerfeunteun (Lautudy), Landudec, Coray, Gourin et Pleyben. Ces documents d'archives sont notamment intéressants pour ses rapports de levées de dîmes.

En 1682, un document décrivant les dépendances gabéricoises dépendant du seigneur évêque de Quimper précise encore : « Luy est aussi deu sur toutes les terres ensemencées en ladite paroisse la dixme à la dixiesme gerbe ». En 1464 c'est déjà le cas, l'évêque est le grand décimateur qui collecte cet impôt à la place du curé desservant, car il est le propriétaire noble de nombreuses terres et fermes pour lesquelles il touche des rentes et droits seigneuriaux.

Les comptes du temporel de 1464 et 1466-71 (l'année 1465 est manquante) sont difficiles déchiffrables du fait de leur calligraphie médiévale et des abréviations comptables. Nous les avons reproduits in-extenso dans l'article, car il est très probable qu'ils contiennent des informations inédites non encore transcrites et analysées.

Nous avons isolé et transcrit les passages sur les levées de la dîme gabéricoise, dont le texte est presque identique d'année en année : « La dixme de Ergué caber fermé à Jehan Pappe : 5 setiers » (1469).

La dîme est un impôt en nature versé aux autorités ecclésiastiques locales sur toutes les récoltes roturières. Elle est normalement perçue annuellement par le curé de la paroisse pour ses dépenses, sauf exception comme à Ergué-Gabéric où elle est collectée par l'évêque (lequel est sensé lui rétrocéder une « portion congrue »).

Pour organiser la perception, l'évêque délègue ses pouvoirs à un fermier qui se rémunère sur les levées. Ces dernières se font directement dans les champs juste avant la récolte, le fermier venant sur place faire les prélèvements, normalement à raison d'1/10 de la récolte, qu'ils revend ensuite avant de reverser le montant net au décimateur.

Pour Ergué-Gabéric, le fermier se nomme Jehan Pappe, en charge pour 5 années entières, et Guillaume Bronnec pour l'année 1468. Les chiffres annuels sont en croissance, de trois sétiers la première année à 6 la dernière, et décomposent pour moitiés en blé de froment et en seigle. Pour l'année 1466 le décompte précis gabéricois est de cinq (v) sétiers et trois (iii) renées.

 
(graphique extrait de l'étude d'André Levy)

Les unités de mesure des céréales collectés en 1464-1471 sont donc doubles : « Deux unités sont utilisées dans les actes : une unité écrite en abrégé R, sans doute la renée : une autre, l'estier, peut-être le setier » (André Lévy).

Notre interprétation est que les collectes de dîmes les plus importantes, pour Plogonnec, Cuzon et Ergué-Gabéric, sont mesurées en setier, de l'ordre de 200 litres (soit un tonneau), alors que la renée est une mesure environ 20 fois plus petite (un 24e de tonneau).

Dans les registres des comptes du temporel, sur les lignes suivant les levées de dîme on note aussi une spécificité : la taille paroissiale qui mériterait également une étude spéciale. Il ne s'agit pas de l'impôt direct classique de l'Ancien Régime, car la Bretagne est exemptée de taille et de gabelle, mais d'un autre impôt collectif collecté par l'évêque grand décimateur.

En savoir plus : « 1464-1471 - Dixmes et comptes du temporel de l’évêché de Cornouaille », « LÉVY André - Les dîmes d'après le temporel de Quimper »